Mitchell/Riopelle @ AGO

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Michell/Riopelle : Nothing in Moderation

Art Gallery of Ontario, 317 Dundas Street West, Toronto, until May 6

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Jean Paul Riopelle, Large Triptych, 1964. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, DC. Gift of Joseph H. Hirshhorn, 1966 (66.4268) © Estate of Jean Paul Riopelle / SODRAC (2018). Photo: HMSG, Smithsonian Institution, Washington, DC, Cathy Carver

 

Sometimes, love story and art history merge. Two icons of the art history spent 25 years together, but not always together, face-to-face or back-to-back it was predictable that the life of these two geniuses was not going to be a long, quiet river. We will never know what attracted them to each other: the personality or the work? But for sure they influenced each other. This is a grand and tumultuous story that this exhibition tells: Mitchell/Riopelle : Nothing in Moderation.

Created by the excellent crew who produced so many remarkable shows from the Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) with the support of the Art Gallery of Ontario (AGO) where it is presented until May 6, no doubt this show is one of the most important offered this year in Toronto. Probably because it is shown at the same time as the very popular Yayoi Kusama’s show, we’ve seen very few articles about it. Even though the AGO has in its collections some magnificent and important paintings by Riopelle, here in Ontario, he is not the star he was and still is in Québec. Sometimes one finds the concept of the two solitudes where it would not be anticipated. In Canada, the group of seven is celebrated, but for what happens later in the XXth century, conceptual art has always been favoured to abstract art. Nevertheless, this show is perfect on many aspects: the choice of the works, the hanging, the texts accompanying the visitors and its sobriety. A remarkable success brought here from the MNBAQ where it was shown last fall.

 

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Jean Paul Riopelle, Landing, 1958. Musée d’art contemporain de Montréal. Purchase (A 68 56 P 1) © Estate of Jean Paul Riopelle / SODRAC (2018) Photo: Richard-Max Tremblay

 

A couple meets and they have respect and admiration for each other. This is the pleasure of the discovery. When Joan Mitchell meets Jean-Paul Riopelle in New York City in 1955, it is quite possible they already knew each other’s work. It is also quite possible they enjoy flirting, both being well known for their tumultuous love life. They look at each other, observe around on every aspect of the new love, probably both from a bodily and an artistic point of view. They have in common the abstraction, a love for large paintings. Not much more. Slowly we will see the lovers merge into each other. Their work is transformed, first paying tribute to their partner to eventually assimilate some aspect of their technique. This relationship gets more and more intense, both on the personal side and in their professional life.

Time goes by, Joan Mitchell and Jean-Paul Riopelle are probably not into a traditional relationship and they probably agreed not being exclusive. One step at a time (who will jump the fence first?) they meet other painters, other artists. Love on first sight or simple emotion towards freshness, their “others” will occupy more and more space into their hearts and their works. We can feel new influences, new passions that don’t necessarily have to be carnal desires, just recall Riopelle’s passion for hunting, passion he will keep until is last breath, hunting that Mitchell abhorred. Their relationship slowly erodes. They have an ending in 1979, but we can observe they had started to separate in their art a few years before. Riopelle will always stay humble towards Mitchell’s work, and when she dies in 1992, he creates this monumental piece Hommage à Rosa Luxembourg. This work didn’t travel to Toronto, but it always is possible to appreciate it in its home, the MNBAQ.

The coupling of paintings recalls the couple of painters and is easily understandable. Is it barely needed to read the notes below these paintings to discover where they used the same colours, similar way to apply these colours, the same subjects. Not only the abundance of the production is not in moderation but also the size of the paintings, those diptychs, triptychs fill all the space to the infinity. The works go out of the border, can be imagined without limits as their relationship probably pushed out the boundaries of traditions and decency. Nothing is too much. This masterpiece of an exhibition, showing masterpieces is already historical.

 

 

Mitchell/Riopelle : Un couple dans la démesure

Musée national des beaux-arts de Québec, 179, Grande Allée Ouest, Québec (exposition terminée)

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Joan Mitchell, Girolata, 1964. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, DC. Gift of Joseph H. Hirshhorn, 1966 (66.3581) © Estate of Joan Mitchell. Photo: HMSG, Smithsonia

Parfois, histoire d’amour rime avec histoire de l’art. Deux icônes de l’art du XXe siècle ont passé plus de 25 années ensemble mais pas toujours, l’un contre l’autre ou dos-à-dos, deux génies de la sorte ne vivent pas un long fleuve tranquille. On ne saura probablement jamais ce qui a d’abord séduit l’autre chez l’un. La personne ou l’œuvre? Mais ce qui ne fait pas de doute est que à la fois les deux personnes et les deux artistes ont eu une influence importante l’un sur l’autre. C’est cette merveilleuse et tumultueuse histoire que raconte Mitchell/Riopelle : Un couple dans la démesure.

Imaginé par l’excellente équipe du Musée National des beaux-arts du Québec (MNBAQ) qui a déjà produit tant d’expositions remarquables, avec l’appui de l’Art Gallery of Ontario (AGO) où elle est présentée jusqu’au 6 mai, cette exposition est sans l’ombre d’un doute un des événements culturels les plus importants à être présenté à Toronto. Peut-être parce qu’elle a lieu au même moment que la très populaire et très médiatisée exposition de Yayoi Kusama, peu d’articles ont paru sur le sujet. Il faut comprendre qu’ici en Ontario, Riopelle n’est pas la star qu’il a été et est toujours au Québec. Parfois le concept des « deux solitudes » se manifeste là où on ne l’attendrait pas. Au Canada anglais, on retient surtout le groupe des sept. Pour ce qui suit au XXe siècle, on privilégie largement l’art conceptuel à l’art abstrait. Riopelle y est donc peu célébré, même si l’AGO possède quelques tableaux importants et magnifiques… Pourtant, tout ici est parfait: le choix des œuvres, l’accrochage, les textes qui éclairent le visiteur, la sobriété. Une grande réussite qui reprend la première mouture de l’exposition au MNBAQ présenté à l’automne dernier.

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Joan Mitchell, Piano mécanique, 1958. National Gallery of Art, Washington, DC. Gift of Addie and Sidney Yates (1996.142.1) © Estate of Joan Mitchell Photo: National Gallery of Art

 

Un couple se rencontre : respect de l’autre, ébahissement, plaisir de la découverte. Lorsque Joan Mitchell croise Jean-Paul Riopelle à New York en 1955, il est fort probable que les deux artistes connaissaient le travail de chacun. Il est fort probable également que ces deux personnages se soient prêtés au jeu de la séduction, chacun ayant la réputation d’une vie amoureuse tumultueuse et riche en rebondissements. Ils s’observent, examinent tous les contours et les aspects de l’autre. Tant au physique qu’à l’artistique. Au départ, leur travail est assez différent. Ce qui les réuni est l’abstraction et une tendance aux grands formats. Mais sans plus. Tranquillement on verra les amants se fondre l’un dans l’autre. Leur travail se transforme, d’abord rendant hommage à celui de leur partenaire pour ensuite en assimiler certains aspects. La relation s’intensifie donc, tant dans leur vie personnelle que dans leur vie professionnelle.

Le temps fait toujours son œuvre. Mitchell et Riopelle ne forment certainement pas un couple traditionnel, ni exclusif. Peu à peu, qui des deux le fera le premier? ils sautent la clôture, rencontrent d’autres peintres, d’autres artistes. Coup de foudre ou simplement émois de la nouveauté, ces « autres » prendront de plus en plus d’espace dans leurs cœurs et dans leurs œuvres. Dès la fin des années 60, on peut constater aisément la distance qui s’établie tranquillement entre les deux productions. On pressent d’autres influences, d’autres passions qui, faut-il le préciser, ne sont pas toujours charnelles, on n’a qu’à penser à la passion qu’a eu Riopelle jusqu’à la fin de sa vie pour la chasse, la chasse que Mitchell abhorrait. La séparation se consumera lentement, pour devenir définitive en 1979 dans leur vie, mais un peu plus tôt dans leur art. Riopelle restera, fait rare, humble et admiratif devant le génie de Mitchell. Lorsqu’elle décède en 1992, il créera ce monumental Hommage à Rosa Luxembourg, œuvre qui n’a malheureusement pas fait le voyage jusqu’à Toronto, mais qu’il est toujours possible de voir au MNBAQ en complément à l’exposition.

Le couplage des tableaux faisant écho au couple d’artistes se comprend aisément. On perçoit sans avoir besoin de lire les cartels, les traits communs, les couleurs inhabituellement utilisées, les éléments empruntés à l’autre. La démesure se trouve non seulement dans l’abondance de la production, mais aussi dans l’immensité des œuvres, ces diptyques, ces triptyques qui emplissent l’espace tout en le rendant infini. Les œuvres sortent du cadre, peuvent s’imaginer sans limites, comme leurs sentiments ont probablement parfois dépassés les limites du convenable et les barrières des traditions. Rien n’est trop. Ce chef-d’œuvre d’exposition, exposant une suite de chef-d’œuvre, passera à l’histoire.

 

 

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