Bharti Kher @ DHC/ART

scroll down for English version

IMG_6411
Six Women, (detail) 2013-2015, plâtre, bois/plaster, wood, Avec la permission de Hauser & Wirth/Courtesy of Hauser & Wirth

Bharti Kher : Points de départ, Points qui lient

commissaire : Cheryl Sim

DHC/ART Fondation pour l’art contemporain, 451 et 465, rue Saint-Jean, Montréal, jusqu’au 9 septembre 2018

 

Il n’y a pas à dire, les points ont la cote en ce moment. Alors que l’exposition aux millions de polka dots de Yayoi Kusama vit ses derniers jours au Art Gallery of Ontario (AGO) à Toronto, tout récemment s’ouvrait l’exposition aux millions de bindis de Bharti Kher à DHC/ART Fondation pour l’art contemporain à Montréal. Là ne s’arrête peut-être pas la comparaison entre les deux artistes. Kusama et Kher nous submergent littéralement dans une mer de petits pois, petits ronds, petits points. Toutes deux, elles en recouvrent des surfaces, des sculptures et en font la matière première de tableaux. Bien entendu, les points chez Kusama ont une connotation plutôt décorative. Tandis que le bindi (du sanskrit bindu, qui signifie point) chez Kher possède plusieurs significations.

Le bindi est ce point, très souvent rouge, que les femmes indiennes portent sur le front. À l’origine dessiné avec une poudre de pigments, de nos jours le bindi est plus souvent qu’autrement un autocollant. Placé juste au-dessus du nez, entre les sourcils, à la place du sixième chakra ou encore à la place du troisième œil, le bindi prend différentes significations selon qui le porte : l’appartenance à un groupe religieux, principalement hindouiste ou bouddhiste ou encore la situation maritale pour une femme. La couleur rouge, dans la culture indienne, exprime surtout la joie, la prospérité. Mais il va sans dire que le bindi est surtout un objet décoratif, un bijou collé au centre du front. Il prend désormais différentes formes: goutte, voire spermatozoïde; et différentes matières s’y ajoutent: des pierres précieuses, de l’or, etc. Bharti Kher donne au bindi toutes ces significations et les transpose vers un message socio-politique, en détourne son utilisation pour en faire le matériau premier de ses œuvres.

IMG_6400
Portrait : Reena (detail) 2013, Saris, résine, béton/Saris, resin, concrete—-Heroides VI (detail) 2016, bindis avec laque automobile sur tableaux/bindis and automobile laquer on board

Elle tapisse de bindis des cartes géographiques modifiées (plaçant par exemple l’Europe dans l’hémisphère sud) en fait des trajets, recouvre carrément les continents, ou en fait un motif géométrique. Évoquant à la fois un colonialisme à tout va et un colonialisme d’ex-colonisés. Rappelant la fragilité des acquis territoriaux, la réversibilité des dominances culturelles. Voilà ce qui explique le titre de l’exposition: Points de départ, points qui lient. Mais les bindis sont aussi la matière de grands et magnifiques tableaux abstraits où un jeu des couleurs et des superpositions crée un aspect tridimensionnel presque d’hologramme. Ces pièces immenses fascinent, intriguent et on prend plaisir à les examiner longuement. De grands bijoux d’une certaine façon. Mais c’est lorsque les bindis recouvrent des sculptures, pour la plupart des ready-made, que la signification sociale prend le dessus. Dans des pièces comme The night she left, où on voit une chaise renversée sur un escalier alors que tout est recouvert de bindis en forme de spermatozoïde, on se rappelle cruellement que le bindi est aussi utilisé pour définir la situation maritale de la femme. Cette thématique féministe se retrouve dans de très nombreuses pièces au cours de l’exposition. Certaines pièces, n’utilisant pas le bindi mais des saris torsadés et figés dans la résine font de très belles sculptures certes, mais font un peu mal à voir. Ce vêtement si beau en apparence restreint le mouvement. Enroulé autour du corps, il peut être perçu comme un vêtement de contention, une gaine. Kher a nommé cette série Portraits… Le commentaire féministe atteint enfin son acmé avec l’installation Six Women, où l’artiste nous donne à voir six plâtres qui ont été moulé sur des femmes, travailleuses du sexe, sur des corps normaux qui ne répondent pas nécessairement aux normes occidentales, aux tendances préconisées par les faiseurs d’images. Touchant et douloureux à la fois, ce monument a l’ordinaire, simple dans sa conception habitera le visiteur par-delà sa visite.

L’exposition se termine par une des pièces les plus connues de l’artiste: An Absence of an assignable Cause. La reproduction d’un immense cœur de baleine bleue recouvert de bindis verts. Le cœur sans raison, le cœur jeune (vert) qui ne s’est pas encore donné, le cœur qui ne bat que pour soi. Cette immense pièce a probablement été une des plus complexe à réaliser et est admirable dans tous les sens du mot, mais elle fait un peu bande à part dans le contexte de cette exposition, elle est d’ailleurs d’une époque plus ancienne dans la production de l’artiste.

À partir du bindi, cette exposition nous prend par la main et nous mène à constater (une fois de plus) les inégalités entre les genres, entre les cultures, entre les classes sociales. Les œuvres de Bharti Kher, diversifiées, sont toutes impeccable au plan de l’esthétisme et de leur réalisation, s’incrustent dans notre mémoire, s’imposent en nous.

IMG_6429
An absence of assignable cause, 2007. Fibre de verre, bindis / Fibreglass, bindis, 173 x 300 x 116 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin, Courtesy of the artist and Perrotin

Bharti Kher : Points de départ, Points qui lient

curator : Cheryl Sim

DHC/ART Foundation for Contemporary Art, 451 & 465 Saint-Jean street, Montréal, until September 9, 2018

 

It seems dots are quite a trend these days. As the millions of polka dots Yayoi Kusama’s show at the Art Gallery of Ontario (AGO) is about to close in a couple of weeks in Toronto, in Montréal opened recently the millions of bindis Bharti Kher’s show at DHC/ART Foundation for Contemporary Art. But the connection between Kusama and Kher might be deeper than it looks at first sight. Both uses all those little points, little dots, little circles. Both cover furniture, areas, sculptures and use dots as first material for big tableaus. Of course dots in Kusama’s works are more of a decorative matter when the bindi (bindu in Sanskrit, meaning points, dots) in Kher’s work takes different meanings.

The bindi is this dot, frequently red, we can see on Indian women’s forehead. Originally made of pigments powder, nowadays the bindi is most of the time a self-adhesive. It is positioned right above the nose, between eyebrows, where the sixth chakra is to be found, or where the third eye should be. The bindi takes different meanings considering who wears it: it can be to express a religious affiliation, mostly for Hindus and Buddhists, or it could also be to show the marital status of a woman. Red in Indian culture goes for joy, prosperity. No need to say though that the bindi are mostly used as a decorative object, a jewel in center of forehead. It can have other shapes than the dots as drops and even spermatozoid. Different materials can also be added to it, such as gems, gold, etc. Bharti Kher uses the bindi in all those shapes and meanings, transpose it into a socio-political message, and finally use it as a material for her artworks.

IMG_6425
The Night She Left (detail) 2011, Escalier en bois, chaise en bois, sari, bondis/Wooden staircase, wooden chair, sari, bindis

She covers modified geographic maps (maps showing Europe in South hemisphere for example), with bindis as she draws trajectories, covers entire continents or make geometric op art motives. She recalls an extroverted colonialism, a colonialism imposed by ex-colonialized people. She remembers how fragile is the recognition of territories ownership, how easily cultural dominance can be reversed. Here is a way to explain the titles: Points de depart, points qui lient (Starting points, linking points). Bindis are also used to make fabulous abstract tableaus, playing with colors and creating a third dimension, almost a hologram by superimposing them over each other. These large pieces are fascinating, intriguing and the visitor will enjoy observing them. They are in a certain way huge jewels no one could wear. However it mostly is when bindis cover sculptures, mainly ready-mades, that a social significance is to be found. The Night She Left shows a chair turned upside down on a stairway, all covered with bindis in the shape of spermatozoids. We then remember that bindis are also stuck on women’s forehead to show their marital status, the male domination… This feminist conversation occurs frequently all through the exhibition. Some pieces do not use the bindi but some twisted saris solidified with resin, making beautiful but hard to look at sculptures. This garment may appeared beautiful, but it seriously restraint movements. Wrapped around the body it can be seen as a girdle, a straightjacket. This series of saris sculptures are Portraits. The feminist rhetoric is brought to its peek with the installation Six Women where the artist shows a group of moulds of plaster made on women’s bodies. Sex workers, these women have a normal body, far from the occidental standard, not answering to the tendencies imposed by branding and marketing makers. Touching and sorrowful at the same time, this monument to the ordinary carries a clear concept and will haunt the visitor long after the visit.

One of the most recognizable works of the artist is also shown at DHC/ART. An Absence of an Assignable Cause is the reproduction of the huge heart of the blue whale, the largest heart existing, covered with green bindis. The heart without a purpose, the young (green) heart that has not been given to anyone yet, the heart beating for itself. This gigantic piece, simple in its conception was probably difficult to accomplish. It is beautiful in every sense, but is a bit apart from the other works showed here, it also was produced in a previous period in the artist work.

Not to be missed when in Montréal, the show starts from the very casual bindi and brings us to realize (one more time) the discrepancies between genders, cultures and social classes. The work by Bharti Kher is diversified, always perfectly produced on an aesthetic point of view. Her work entrenches in our memory, fills our soul.

IMG_6405
Six Women, 2013-2015, plâtre, bois/plaster, wood, Avec la permission de Hauser & Wirth/Courtesy of Hauser & Wirth

 

 

à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

site web

 

 

about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

web site

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s