Hockey Noir, l’opéra on stage

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Véronique Lacroix (direction), ECM+, Marie-Annick Béliveau (Madame Lassale), Pascale Beaudin (Bigowski) PHOTO : Maxime Boisvert

Hockey Noir, l’opéra Jane Mallett Theater, Saint-Lawrence Center, Toronto  Friday May 11

Presented in Toronto with Continuum Contemporary Music and Toronto Comic Arts Festival (TCAF)

 

ECM+, 6 musicians (string quartet, percussions et synthesizer), Véronique Lacroix, conductor

André Ristic, music | Cecil Castellucci, lyrics | Kimberlyn Porter, illustrations | Marie-Josée Chartier, stage direction

Pascale Beaudin, soprano | Marie-Annick Béliveau, mezzo | Michiel Schrey, tenor | Pierre-Étienne Bergeron, baritone

Serge Maheu, projection designer | Cheryl Lalonde, scenography and costumes |Martin Sirois, lights | Marie-Josée Chartier, storyboard images | Maude Gareau, stage management

 

It is quite exceptional to witness the birth of a new opera. In order to celebrate the 30th anniversary of the Ensemble contemporain de Montréal (ECM+), there couldn’t be a better choice. The ensemble has all the tools and the experience to bring such a project to success. The audience was certainly not disappointed.

This opera is staged on the ice of our national sport, hockey, uses the imagery of a comic book with the beautiful illustrations by Kimberlyn Porter and was written like a film noir. Surprisingly, all these disparate elements gather successfully in a coherent performance. Any doubts about the feasibility of the project were forgotten after the show.

André Ristic music’s is not heard on a daily bases, so it might need some references to give an idea of what it sounds like. His most important mentor for this opera could be Mozart. Not because Ristic’s music sounds classical or tonal, but by the way he writes operas. As in Mozart’s operas, the libretto is filled with misunderstandings and turns of events, there is the unavoidable male character sung by a soprano who will eventually dress as a woman (Bigowski), it shows the fights between the rich and the poor, but before anything there is a musical structure that could be compared to the Mozart’s writing. Ristic’s opera has a short overture, duos, quartets and big arias. From Mozart he could also have borrowed the virtuosity of the melodic lines. Some Maurizio Kagel could also be recalled. Some of his grotesque, the exuberant instrumentation and also one of Kagel’s favourite themes: social criticism. About the vocal melodic lines, Alban Berg could be a reference for stretched vocal range, large intervals in the melody, but also a certain decadent romanticism flavour.

Ristic uses a very efficient orchestration, allowing a large sound palette. First there is a string quartet, which can sound as rich as an orchestra but also as soloists. The electronic keyboard reproduces many sounds, noises and has the chic to create a retro-futuristic version of the organ we typically hear in arenas. A set of percussions completes the ensemble. It is only when the show is over that the listener realizes how close the music was to the story, the characters. So close and natural we eventually forgot it was there, it became just a different way for the characters to express themselves. Isn’t it how a successful opera should be written?

Cecil Castellucci wrote a libretto being both sombre and comic. Even if there are murders, corruption and broken lives, she plays funnily with so many languages, that language becomes a fifth character. The juicy Québec’s slang (joual), the well intentioned “à la française” speaking and the too Quebecer English of Madame Lasalle is purely uproarious. It recalls the writings of the most famous author from Québec: Michel Tremblay. Lasalle’s man, Romanov the Mafioso, speaks English but his bad words are constantly censured by a loud BIP really well integrated in the music score. Bigowski, star hockey player and central character of the show speaks a French tainted by his English roots, a French he probably learned playing hockey in the backyard alleys. Finally the good guy, Lafeuille, hockey player doing his last season has a quite neutral French with some of the typical Québec’s accent. The English surtitles seen in the Toronto production unfortunately couldn’t translate every subtleties and the humour of the original text, but the music succeed to translate the richness of the characters.

What is to be remembered once more with this project by ECM+ is the rare quality of being able to bring so many diverse elements and make them feel coherent and perfectly understandable. So much that the final product seems obvious. Every performer, singers and musicians, were equally excellent in their performances. Maybe Marie-Annick Béliveau shined a bit more; she is very convincing in the role of this broken but still upstart woman. She dazes the audience with the virtuosity of her performance. Véronique Lacroix’s conducting is clear as always, she gathers everyone, including the audience, and gives to this opera the big Stanley cup. Hopefully this show will be redone in a near future. This opera could find a larger audience, not only because it talks about hockey, but simply because it is good.

 

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Pierre-Étienne Bergeron (Lafeuille), Michiel Schrey (Romanov) PHOTO : Maxime Boisvert

Hockey Noir, l’opéra, Théâtre Jane Mallett, Toronto, Saint-Lawrence Arts Center, vendredi 11 mai

Présenté à Toronto par Continuum Contemporary Music et Toronto Comic Arts Festival (TCAF)

 

ECM+, 6 musiciens (quatuor à cordes, percussions et synthétiseur), Véronique Lacroix, direction

André Ristic, musique | Cecil Castellucci, livret | Kimberlyn Porter, illustrations | Marie-Josée Chartier, mise en scène

Pascale Beaudin, soprano | Marie-Annick Béliveau, mezzo | Michiel Schrey, ténor | Pierre-Étienne Bergeron, baryton

Serge Maheu, design de projections | Cheryl Lalonde, scénographie et costumes | Martin Sirois, éclairages | Marie-Josée Chartier, storyboard images | Maude Gareau, régie

 

Il est plutôt exceptionnel d’assister à la naissance d’un nouvel opéra. Pour célébrer le 30è anniversaire de l’Ensemble contemporain de Montréal + (ECM+), on ne pouvait rêver de mieux. Ils sont probablement les mieux équipés et les plus expérimentés pour mener à bien un tel projet. Le public n’aura pas été déçu.

L’opéra s’approprie le sport national canadien, le hockey, fait dans la bande dessinée avec les très belles illustrations de Kimberlyn Porter, adopte le ton du film noir et nous offre au final un tout cohérent très bien exécuté. On ressort un peu surpris mais absolument convaincu que tout ça avait du sens finalement.

 La musique d’André Ristic n’est pas jouée au quotidien, il nous faudra donc aller chercher un peu dans les compositeurs qui l’ont peut-être influencés pour la décrire. Le premier et plus important mentor serait Mozart non pas parce que la musique de Ristic soit tonale ou classique, mais par sa façon d’écrire l’opéra. Comme dans les opéras de Mozart le livret regorge de quiproquos, on y trouve l’inévitable personnage masculin chanté par une soprano qui se costumera éventuellement en femme (Bigowski), il y a les luttes de pouvoir entre les riches et les pauvres, mais surtout il y a une structure musicale qui rappelle l’opéra classique. On entendra une courte ouverture, des duos, des quatuors et de grands airs. De Mozart on retrouve également beaucoup de sa virtuosité vocale. Un peu de Maurizio Kagel peut être également évoqué. On retrouve sa truculence, l’exubérance instrumentale et un des thèmes chers à Kagel: la critique sociale. En ce qui concerne les mélodies on se rappelle d’Alban Berg pour les tessitures étirées au maximum des possibles, les grands écarts d’intervalles, mais aussi un certain romantisme teinté de décadence.

 La formation qu’a choisi Ristic est fort efficace car elle permet une très large palette sonore. Au premier plan le quatuor à corde qui peut sonner comme un orchestre ou comme un soliste. Le clavier électronique reproduit plusieurs sons, bruits et surtout nous ramène l’orgue des arénas dans une version actualisé rétro-futuriste. La percussion complète l’environnement. On se rendra compte seulement une fois l’opéra terminé combien la musique sert le propos, elle en est presque oubliée, devient une nouvelle façon de s’exprimer. Voilà le gage d’une partition d’opéra réussie.

 Cecil Castellucci a construit un livret à la fois sombre et comique. Même s’il y est question de meurtres, de corruption et de destins rompus, le jeu des langages devient un cinquième personnage fascinant. Le joual bien gras, le « bien perlé » à la française ou l’anglais québécisé de Madame Lasalle provoque de nombreux éclats de rire, évoquant l’écriture de Michel Tremblay. Son homme, le mafioso Romanov parle anglais. Mais lorsqu’il se fâche, ses jurons sont censurés par un tonitruant BIP qui s’intègre allègrement dans la partition. Bigowski, l’étoile du hockey et protagoniste autour duquel tout se joue est un anglophone qui parle un français cassé appris au fond d’une ruelle. Enfin le bon gars, Lafeuille, joueur près de la retraite parle un français québécois assez neutre. Les surtitres anglais vus à Toronto ne pouvaient pas rendre toutes les subtilités et les drôleries du texte d’origine, mais la musique traduit la riche personnalité des personnages.

 Ce qu’on retient encore une fois avec ce projet de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+), c’est la rare qualité de mettre tous ces ingrédients ensemble, les rendre parfaitement cohérents, compréhensibles. Que le produit final relève presque de l’évidence. Tous les interprètes, chanteurs et musiciens sont égaux dans l’excellence des performances. Seule Marie-Annick Béliveau brille plus brillant, elle convainc dans son rôle de femme brisée et arriviste à la fois, elle impressionne par la justesse et la virtuosité de son interprétation. La direction de Véronique Lacroix, d’une grande clarté comme toujours, ramasse tout le monde, public inclus, et nous mène vers ce qui se révèle une grande victoire digne de toutes les coupes Stanley. Espérons que ce spectacle sera repris, il doit l’être en Belgique en novembre, pourquoi ne pas en profiter pour le montrer une fois de plus à Montréal? Un spectacle qui pourrait aisément rejoindre un large public, non seulement par le thème du hockey, mais parce qu’il est réussi. Tout simplement.

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Marie-Annick Béliveau (Madame Lasalle) PHOTO : Maxime Boisvert

 

about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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