Evergon, Kacy Johnson, Janina Anderson & Véronique Ménard @ Never Apart

Expositions de printemps, Spring Exhibitions

Never Apart, 7049, rue Saint-Urbain, Montréal jusqu’au 30 juin/until June 30

 

Never Apart, offre aux montréalais depuis maintenant trois ans un lieu unique, d’une grande beauté, un organisme qui tente d’établir des ponts entre les diverses communautés, espère conscientiser sur les changements sociaux et environnementaux. Avec une attention particulière pour la communauté LGBTQ+, Never Apart s’est installé dans le quartier Mile-Ex et organise des expositions, des performances, des conférences, des ateliers et est ouvert à toutes sortes d’événements. Il ne faudrait pas se laisser rebuter par une adresse un peu difficile à trouver, un horaire un peu capricieux (le centre est ouvert uniquement le samedi de 12h à 17h sauf lorsqu’il y a un événement). Never Apart est un endroit unique et envoûtant. Neomemoire y était fin avril et a eu la chance de voir les quatre expositions de printemps, heureux mélange d’artistes émergeants et établis.

Michael Venus, directeur de Never Apart fera partie de la fournée 2018 de 10 X 10 à Toronto. Un événement où 10 photographes de la communauté LGBTQ+ réalisent 10 portraits de 10 personnalités marquantes dans la communauté.

Never Apart has been offering to montrealers for three years now a unique and beautiful space, Never Apart is an non-profit association trying to establish links between diverse communities, hoping to bring consciousness of social and environmental changes. With a clear attention given to the LGBTQ+ community, Never Apart found home in Mile-Ex neighbourhood, and produces exhibitions, performances, conferences, and workshops and is open to all type of events. Don’t be put off by the hard-to-find location, by the somewhat picky opening hours (it is exclusively open on Saturdays from 12pm to 5pm unless there is an event), Never Apart is this incredibly addictive place you will always want to go back. Neomemoire was there at the end of April and had the privilege to see the four spring exhibitions, a happy mix of emerging and renown artists.

Michael Venus, director of Never Apart will be part of the 2018 edition of 10 X 10 in Toronto. An event where 10 photographers from LGBTQ+ community are asked to photograph 10 influential personalities from the community.

 

 

Véronique Ménard : [DES]Équilibres

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Véronique Ménard, Le tuteur, [DES]Équilibres, 2018

Tous les chemins mènent à l’art. Véronique Ménard avait décidé de se trouver un travail tranquille et sécurisant en bureautique. Mais après 20 ans dans ce milieu, un événement dans sa vie privée, la mort par accident de son conjoint, lui fait faire un virage à 180 degrés. Elle revient donc à ses premières passions, se retrouve et recommence à produire de l’art plutôt que des documents Excel. Son art, sans surprise parle de l’accident en tant que phénomène, mais en véritable artiste, plutôt que de tenter de reproduire sa difficile expérience, elle sublime le propos. L’accident n’est pas nécessairement une catastrophe mais plutôt un déséquilibre, la précarité du stable, l’impermanence des choses. Véronique Ménard fabrique des machines, des installations qui bougent, un peu comme un mobile, mais dont l’action requiert un coup de main, un tour de manivelle. Après une petite hésitation, on se surprend à faire fonctionner la machine, à essayer de comprendre la mécanique, le fonctionnement, et puis non, pourquoi ne pas plutôt profiter du moment? Devant une machine qui fait tourner des parapluies sans toile, des nuages de tissus, des lumières qui font autant le soleil que les éclairs on retrouve notre cœur d’enfant. Une vision fugace de la vision imaginée et naïve des choses. Véritable oasis dans notre quotidien parfois trop réfléchi. Laissons donc l’artiste penser pour nous. L’accident se conjugue parfois avec l’inattendu.

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Véronique Ménard, Le tuteur, [DES]Équilibre, 2018

All roads lead to art. Véronique Ménard had decided to find a quiet life, a stable and secure job in an office. But after 20 years of this, an event in here private life occurred, her partner died in an accident, and here life made a U-turn. She then came back to her first passions, found back herself and start producing art instead of producing Excel documents. With no surprise, her art will talk about the phenomenon of the accidental, but as a real artist she sublimes the topic. The accident is not necessarily a catastrophe but may be the unbalanced, the non-durability of the stability and the non-permanence of being. Véronique Ménard makes machinery, moving installations; sort of mobiles requiring some help, a crank turn. After a short hesitation, here we are activating the mechanism, trying to understand how it works, and, forget it! why not simply enjoying the moment? In front of this mechanism turning umbrellas sans canvas, clouds made of fabric, lights doing the sun and the lightning; we find back our child’s soul. A glance of an imaginary and naïve vision. Real oasis into our much too thoughtful day life, let’s give all the space to the artist to think for us. The accidental rimes with the unexpected.

 

 

Kacy Johnson : FEMALE

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Kacy Johnson, FEMALE, 2018

Qui a-t-il de plus beau, de plus vulnérable et de plus révélateur que le dos du corps humain. Partie du corps sur laquelle nous avons bien peu de contrôle, partie de notre corps que les autres voient plus aisément que nous le puissions nous-même. Ici point d’artifice ou de travestissement, sans retouche ni maquillage cette partie du corps montre l’autre côté des apparences. En voulant montrer la femme sous un aspect différent, où le jugement et les aprioris sont évacués, Kacy Johnson offre une galerie de portraits de femmes qui se montrent en toute quiétude, sans fausse pudeur. La photographe travaille sur cette série depuis 2013, documente la femme dans toutes ses origines et ses âges, documente le corps dans toutes ses formes. L’exposition chez Never Apart présente 10 de ces photos sur environ 300 qui ont été produites jusqu’à maintenant. Le visiteur se promène avec le sentiment de pouvoir contempler sans timidité, reçoit l’offre qui lui est faite d’apprivoiser ces vies inconnues. Parce qu’aucun (pré)jugement n’est possible, aucune discrimination viable devant le dos, le visiteur perd ses repères et retrouve son innocence, sa curiosité. Mais sans y faire trop attention, on en apprend beaucoup sur ces anonymes.

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Kacy Johnson, FEMALE, vue de l’installation/installation view, 2018

What could be more beautiful, vulnerable and revealing than the back of the human body? This is the part of our body we have no control on, the part of our body that is more easily seen by others than by ourself. Here there is no artifice, no perversion, no touch-up nor make-up, this part of the body shows the other side of appearances. As she wanted to show the women on a different angle, without judgement and preconceptions, Kacy Johnson offers a gallery of portraits of women showing themselves peacefully without any false modesty. The photographer has been working on this series since 2013, documenting women form all origins and ages, documenting the body in all its shapes. The exhibition at Never Apart shows 10 photos out of the 300 she already made up to date. The visitor contemplates shamelessly, accepting the offer to tame these unknown lives. Because any prejudgement is possible, any discrimination viable facing the back, the visitor loses his/her landmarks and finds back her/his innocence and curiosity. Without noticing, we will learn a lot about these anonymous.

 

Janina Anderson : Cut-Outs

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Janina Anderson, Cut-Outs, 2018

Comme beaucoup d’artistes, Janina Anderson se questionne sur son identité, sur la vôtre. Sujet brulant s’il en est, considérant combien les populations migrent, combien il est tout à fait normal d’avoir comme l’artiste, des parents de deux nationalités et des grands-parents de quatre origines différentes … Pour exprimer son propos l’artiste a utiliser une source inépuisable d’images: les photographies du National Geographic. En effet, les personnages qui peuplent les pages glacées du plus que centenaire magazine sont toujours présentés, surtout dans la période choisie qui va des années 50 à 70, comme des objets de curiosité, des phénomènes éloignés de nous. Un peu comme si toutes ces personnes photographiées n’étaient pas vraiment humaines.

Janina Anderson a découpé les contours de ses personnages, les a agrandis par 1000% et les présente dans un environnement vide, suspendus ou collés aux murs, sans grand lien entre eux sinon qu’ils sont tous des humains surpris en pleine activité probablement banale. Le visiteur se retrouve entouré d’une petite foule, joyeuse semble-t-il, heureuse semble-t-il. Mais, ils ne sont pas réels, ils ont la densité des nos amis.es Facebook, de nos connaissances de camps de vacance. Le collage et/ou la superposition de ces images réunis finalement des inconnus, appelle à une reconsidération de nos relations interpersonnelles, relativise l’importance de nos préoccupations. Nous rappelle que nous en savons bien peu sur ceux qui nous entourent.

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Janina Anderson, Cut-Outs, 2018

As many artists, Janina Anderson questions herself on identity, hers and yours. Important topic amongst many, considering the number of migrating populations, considering it is totally normal to have two parents from two different origins, four grandparents from four different origins… To communicate her theme, the artist uses an inexhaustible source of images, the photographs of the National Geographic. Indeed, the figures populating the glossy pages of this more than a century old magazine, mostly those from the 50s to 70s chosen here, are frequently considered as objects of curiosity, far from us phenomenon. A bit as if all these peoples photographed here were not really humans.

Janina Anderson cuts out these characters, enlarges by 1000% the final image and shows them into an empty space, suspended from the ceiling or fixed to the wall, not showing any link between each other, asides they all are humans being caught in a banal activity. Here we are, surrounded by this little crowd apparently happy and joyful. But they are not real, they have the density of our Facebook friends, of our summer camp friends, calling for a reconsideration of our interpersonal relationships, putting in perspective the importance of our concerns. This reminds us how little we know about each other.

 

Evergon : The Ramboys : a Bookless Novel

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Evergon, Rite of Passage,  copyright : Evergon

Grand maître de la photographie au Canada, Evergon nous fait le plaisir de nous laisser entrevoir une petite partie de sa mythique série des Ramboys. Tout en continuant d’autres projets, Evergon a produit ce groupe de photos entre les années 1985 et 1995. Cette série n’est pas nécessairement terminée, il pourrait, selon ses dires, y revenir un jour. Les boys  photographiés ont été des amants, des connaissances et éventuellement, parce que la crise du SIDA frappait lourdement l’entourage de l’artiste, de ses étudiants qui étaient en mesure de comprendre et d’accepter le concept. Commencée en format polaroid géants, l’artiste a ensuite travaillé dans le noir et blanc grand format, éventuellement de plus petit format couleurs. À l’image du sujet traité ici, la photographie se fait sale et sans retouche, à des années lumières du monde photographique actuel où tout a été refait, des couleurs en passant par le recadrage, où tout est filtré et numérisé. D’abord photographiés en studio, les ramboys ont pris le chemin de la ruelle, des lieux de plaisir et de chasse. Les magnifiques masques ont été confectionnés à Venise, certains de ces artéfacts font par ailleurs partie de l’exposition. Les œuvres montrées ici font toutes parties de la collection de l’artiste et n’avaient pas été vues en public depuis plusieurs années, certaines étant même montrées pour la première fois.

Les ramboys sont des être mythique mi humains mi béliers qui ont une sensualité exacerbée, une sexualité désinhibée. Ils forment une meute, jouent et chassent ensemble. Ils sont un peu la revanche des marginalisés sur les majorités oppressives. Un clan dont beaucoup rêvent de faire partie. Ils exaltent notre imagination, nos fantasmes, ils deviennent des demi-dieux, des objets de désir, à la fois proie et chasseur. Corpus provoquant et choquant pour certains, les ramboys ont frappé l’imaginaire de bien des générations de garçons et d’hommes qui aiment les garçons et les hommes. Les boys ont une reine-mère, personnifiée par la mère de l’artiste, magnifiée, déifiée, permissive et indulgente. Queer avant l’heure, Evergon est cet artiste qui aura vu avant tout le monde l’intérêt à mettre en image la fantasmagorie d’une frange de la population. Si son œuvre tourne en général autour de la sexualité entre hommes, du fantasme et du fétichisme, il traite aussi souvent du vieillissement du corps, le sien et celui de sa mère qui prend a une place relativement importante dans son œuvre.

Never Apart nous offre une exposition généreuse, première véritable rétrospective de cette série. La série des ramboys pose un jalon important dans l’histoire de l’art LGBTQ+ au Canada. Ni ce corpus ni l’artiste n’ont bénéficié de la diffusion à la hauteur de l’œuvre, c’est donc une certaine injustice de l’histoire de l’art que Never Apart répare aujourd’hui. Une exposition qui déjà, est aussi mythique que les ramboys qu’on y voit.

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Evergon, Ramboy sniffing boot, copyright : Evergon

Recognized as one of the most important maestro photographer in Canada, Evergon gives us the chance to have a look at a small part of the mythical series of his ramboys. Evergon produced this group of photos as he was continuing on other projects between 1985 and 1995. This series is not necessarily finished, there could be more additions to it. The boys seen on those photos were lovers, acquaintances and eventually, because AIDS hit strongly his surroundings in those years, some of his students, those who would understand and accept the idea behind this series. He began with giant format Polaroid photos, then went to large black and white to finally do some normal size color images. Accordingly to the topic here, photos are somewhat messy and dirty, they have no touch-ups, miles away from the actual photography technic where everything is redone, coloured, reframed, filtered and digitalised. At first the ramboys were photographed in studio, he later decided to go on site: backyard alleys and other pleasures or hunting areas. The masks were made in Venice and some are presented as artefacts in the exhibition at Never Apart. Every piece showed here is part of the artist’s collection, many of them are shown for the first time.

The ramboys are mythical beings, half human half ram, they have an extravagant sensuality and an inhibited sexuality. They are a pack, they play and hunt together. They are in a certain way the revenge of the marginalized on the oppressive majority, a clan that many would join happily. They exalt our imagination, our fantasies, they become half gods, objects of desire, prey and predator at the same time. This corpus is provocative and offensive to many, but the ramboys hit the imagination of generations of boys and men who love boys and men. The ramboys have a mother-queen, personified by the mother of the artist. She is deified, magnified, she is permissive and lenient. Queer ahead of his time, Evergon is this artist who understood before everyone the benefit to document the fantasy of a small part of the population. If his work is mostly about men to men sexuality, fantasy and fetishism, he also is concerned with the aging of the body, his body and his mother’s body having a relatively large space in his work.

Never Apart gives us a generous exhibition, first real retrospective of this series. The ramboys is a series that can be considered as a milestone in the LGBTQ+ art history in Canada. Neither this corpus nor the artist ever had the diffusion and the recognition deserved, so in a certain way, Never Apart repairs an injustice of the art history with the presentation of this corpus. This exhibition already is as legendary as the ramboys showed here are.

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Evergon, Rite of passage, copyright : Evergon

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