Une soirée à l’encan / A Night at the Auction

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Vente aux enchères / Auction Toronto

Glenn Gould Studio (CBC building) Toronto

jeudi 31 mai, 19h / Thursday May 31, 7pm

 

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Roland Poulin, Sans titre / Untitled 1992 Techniques mixtes sur papier / Mixed media on paper 145,5 X 127cm

 

On a vu la scène des dizaines de fois. Une salle archibondée, une ambiance survoltée, tous et toutes tentant de se faire remarquer par celui qui est sur scène avec un marteau, qui hurle à toute vitesse et ajoute des millions par dizaines au prix de vente. Soudainement du fond de la salle quelqu’un au téléphone lève la main et emporte la mise. Nous venons de comprendre qu’un richissime anonyme qui n’est pas sur place vient d’acheter une toile qu’on ne reverra plus jamais. BY Dealers m’a demandé d’être cette personne au téléphone. Je n’allais pas dire non! J’espérais secrètement participer à l’achat d’une œuvre d’art, même si elle n’aboutirait pas sur les murs de mon salon.

BY Dealers est consisté d’un groupe de marchands d’art et de propriétaires de galeries, ce qui est une exception en soit. La plupart des maisons d’encan, du moins au Canada, se spécialisent en encan. Ils ne connaissent pas nécessairement l’histoire qu’il y a derrière une œuvre, l’importance ou non qu’elle a eu dans la production de l’artiste. Ils en connaissent la provenance et on fait vérifié l’authenticité au besoin mais sans plus. Ils pourraient vendre des voitures de luxe, des bijoux… BY Dealers sait donc un peu plus de quoi on parle. De là la très belle sélection d’œuvres canadiennes d’après-guerre et le très beau catalogue complet, avec l’histoire de chacune des œuvres et des artistes. Ils ont présenté les œuvres, ce qui était en soit une exposition de haut calibre, au Centre des congrès à Montréal et au Convention Center à Toronto. L’encan se déroulait au Glenn Gould Studio, dans l’édifice de CBC à Toronto. Une vraie salle donc, avec au centre un mur pivotant où les œuvres sont fixées en toute vitesse.

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Jean LeFébure, Guerre froide, 1962 Huile sur toile \ oil on canvas 55 X 81cm

Les encans ne se passent donc pas vraiment comme au cinéma. Le commissaire priseur, celui qui tient le marteau, le galeriste Wil Kucey ce soir là, parlait à un rythme normal. Tous et toutes avaient le temps de réfléchir de prendre des décisions éclairées. Une salle très peu remplie, et ceux et celles qui allaient répondre au téléphone, ou plutôt téléphoner à de potentiels acheteurs sont assis sur la scène. En fait, la plupart des ventes à l’encan organisé par BY Dealers se sont faites en ligne. Les acheteurs se branchent, suivent l’encan en diffusion continue et participent aux enchères en cliquant sur le montant. Ma tâche ne consistait qu’à appeler un seul client, dans la banlieue de Montréal. J’appelle donc la personne en question, bien entendu pas sur mon téléphone mais sur une ligne fixe sur place. Quelle ne fut pas ma déception de me faire dire que finalement, ça allait se faire en ligne. J’ai donc passé la soirée au cœur de l’action à observer l’encan.

En fait, tout au long de la soirée, j’ai navigué de surprises en surprises. Dans les coulisses du théâtre, des dizaines d’œuvres traînent partout (74 pour être précis). On ne réalise pas tout le brouhaha que peut faire le déballage des œuvres en quatrième vitesse, juste à côté de moi, séparé par un simple rideau de scène noir. Excitant quand même. Ensuite, et il semble que ce soit normal, plusieurs œuvres ne trouvent pas preneur. Mais ma plus grande surprise est venue dans le prix des œuvres d’art. On s’imagine que tout est dans les six chiffres en montant. Non. Plusieurs pièces sont parties pour moins de 10000$; de grands, voire très grands formats pour moins de 20000$. En fait, les prix de départ sont souvent très comparable à ce qu’on trouve en galerie pour des artistes beaucoup moins connus, donc pour des valeurs beaucoup moins sûres. Le très émouvant et très grand Roland Poulin, une de mes pièces préférées, obtenu pour 5500$, le très beau Guerre Froide de Jean LeFébure pour 9000$. Évidemment avec des ventes dépassant les 2 millions, certaines pièces se sont envolées pour pas mal plus. Un Michael Snow adjugé à 90 000$, un Jean-Paul Lemieux à 575000$ ou Le no10, Lafleur de Serge Lemoyne qui s’est envolé pour un bon 120000$. Ce que je retiendrai de cette expérience? Il n’est peut-être pas nécessaire de faire partie du 1% des plus riches de la planète pour participer à ces encans. Peut-être qu’une bonne connaissance de l’histoire de l’art, un peu de flair et l’aplomb d’acheter ce qui est moins populaire et recherché suffiront.

 

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Alfred Pellan, Folies-Bergères, 1973 Encre de Chine sur papier, Indian ink on paper, 33,5 X 24,4cm

 

We all have seen this scene plenty of times. An overcrowded room, an overexcited ambience where everyone tries to get the attention of the guy on stage holding a hammer, yelling and adding millions by dozens to the final sale price. Suddenly someone on the phone at the back or the room lift his/her hand and wins. We all understand a crazy rich anonymous from abroad person just bought a work of art we will never see again. BY Dealers asked me to be this person on the phone. I certainly was not going to say no, wishing secretly I would participate in the purchase of a famous art work, even though this would never be hanged on the walls of my living room.

BY Dealers is made of a group of art dealers and gallery owners, which is exceptional. Most of auction houses, at least in Canada, are specialized in auction. They don’t necessarily know where the history behind or the importance in the artist’s production of the works they sale. They know where it comes from, have checked the authenticity if needed, but not much more. They could sale luxury cars or jewels as well… BY Dealers know better what they are talking about. This explains the excellent selection of Canadian post-war artworks, this explains also the beautiful catalogue they produced, very complete with the history of each work, each artist. They showed the works selected through a high-quality exhibition, at the Centre des congrès in Montréal and at Convention Center in Toronto. The auction was hold in the Glenn Gould Studio at CBC in Toronto, a real concert hall with a real stage and with a pivoting wall where works are hanged quickly as they are being sold.

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Paul-Émile Borduas, Naissance d’un totem, 1954 huile sur toiles / oil on canvas 30 X 25cm

Auctions do not really happens as in movies. The auctioneer, the one holding the hammer, that night was Wil Kucey, director and owner of the eponym gallery in Toronto, and he was speaking at a normal speed, giving time to everyone to think, make decisions. The room was not very crowded and those who were to be on the phone as I, were on stage. Actually most of the sales were done online. The buyers follow the auction on streaming, click when they want to bid. My task was to call a buyer from the region of Montréal. I called this person, obviously not from my phone but from a landline provided. Unfortunately, I was said that this would be done online finally. So the only thing I had to do was to observe the auction from a very privileged spot.

All night long, I was surprised and amazed. In the wings of the stage, dozens of artworks, 74 to be specific, were unpacked very quickly. No one can imagine all this agitation and excitement there, just there besides me, only separated by a black curtain. I was also surprised by the fact that many pieces were not sold, it seems this is normal. But my most important surprise was for the prices of the artwork. We all imagine everything will be in the hundred of thousands and up. Well: no. Many were sold for less than 10000$, some large, even huge pieces for less than 20000$. Actually, prices are close to what we can see in art galleries for artworks from much less renowned artists, so much less of a secure value. The beautiful and moving large drawing from Roland Poulin, one of my favourite pieces, was gone for 5500$, the great Guerre Froide by Jean LeFébure for 9000$. Of course, if they made more than 2 millions $ sales that night, some prices reached the sky… Green Skirt by Michael Snow for 90000$, a Jean-Paul Lemieux was sold at 575000$, Le no10, Lafleur by Serge Lemoyne for 120000$. Nevertheless, what I will not forget from this experience is that it maybe is not essential to be part of the 1% of the richest on the planet to participate in those auctions. Maybe what is needed is a good knowledge of art history, some natural flair and the nerve to choose what is less popular and wanted.

 

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Marc Séguin, A Stroll in the Parl (detail) 2003 Huile sur toile / Oil on canvas 274,5 X 408,5cm

 

à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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