Hip-hop, art contemporain, Dumbo

Neomemoire met en ligne le texte d’opinion de l’artiste basé à Toronto Shogo Okada Hip-hop, art contemporain, Dumbo. Le texte sera publié dans un livre d’artiste en 100 copies numérotées et signées, il sera lancé au vernissage de l’exposition Think Twice à la galerie Wil Kucey à Toronto le 8 juin 2018. 

Voir plus bas les infos sur l’exposition et sur l’achat du livre via le site de neomemoire

 

Hip-hop, art contemporain, Dumbo

D’où je viens ?

 

  1. Osaka, Japon
  2. Du siège de mon BMX
  3. Hip-hop

 

 Je lisais récemment un texte de Keith Haring à propos de la création artistique et une phrase m’a frappé et m’a semblé pertinente: « Je passais 90% de mon temps à l’extérieur de l’école, obsédé par le sexe, ce qui est ensuite devenu le sujet principal de mon travail ». (“Keith Haring” Jeffrey Deitch, Suzanne Geiss,, Julia Gruen In Cooperation with The Estate of Keith Haring, Rizzoli New York, 2008)

Quoique cela puisse paraître simple et irréfléchi, ça a été un texte marquant pour moi et a mis en évidence non pas de me concentrer sur l’aspect sexuel des choses, mais bien de donner toute la place à mes valeurs primordiales dans ma création artistique. Dans ma vie et dans mon travail je dois refléter les passions qui m’animent et sans lesquelles je ne pourrais pas vivre.

 

Qu’est-ce qui me passionne?

 

1 : les animes et les dessins animés

Né au Japon en 1987, où le dessin animé était plus largement répandu qu’en Amérique du Nord, j’ai grandi en les regardant constamment, en passant des heures à en copier les lignes. Je ne m’attardais pas simplement au contenu mais je portais attention aux techniques et aux trucs de design utilisés pour que les dessins prennent vie à l’écran.

2 : hip-hop

J’ai découvert la musique hip-hop à l’école secondaire où j’ai commencé à écouter les artistes du hip-hop les plus connus à l’époque, soit autour de 2002, tels Eminem, Dr Dre, The Diplomats, TDP et bien entendu quelques artistes japonais également. La musique hip-hop a transformé ma façon de penser et établi les valeurs selon lesquelles je vis toujours aujourd’hui. Très jeune, je connaissais l’existence de la musique hip-hop, mais je ne m’y intéressais pas beaucoup. C’est seulement lorsque j’ai commencé à me mettre au BMX, à fréquenter et m’exercer avec d’autres cyclistes, entouré de hip-hop, que j’ai commencé à m’intéresser à ce phénomène. La plupart de ceux qui pratiquaient le BMX étaient plus vieux, plus expérimentés que moi. Ils devinrent pour moi des modèles. Ils arrivaient avec leurs cassettes de musique soigneusement sélectionnées pour mettre de l’ambiance dans l’espace de pratique. La musique choisie influençait et s’harmonisait avec leurs prouesses au BMX. Je réalisai l’importance de l’ensemble et adoptai cette éthique de vie en roulant sur le beat, les échantillonnages et les paroles des artistes hip-hop.

Voilà ce qu’ont été et demeurent mes principales influences. Aussi loin que je puisse me rappeler, j’ai toujours adoré dessiné et réfléchir. Mon art à moi devint ensuite la raison d’approfondir ma connaissance de l’art contemporain.

 

Comment le hip-hop, l’art contemporain et Dumbo peuvent être reliés ?

 

Le hip-hop, c’est beaucoup plus que de la musique. Ceux qui considèrent que le hip-hop est une culture, le perçoivent aussi comme une philosophie, une façon de vivre. Plus tu respectes la façon de vivre hip-hop, qui met en valeur l’individualité, la créativité et la réussite; plus tu seras toi-même. Cette culture transformera ta façon d’interagir avec les autres.

À mon avis toutefois, la plupart des plus récentes productions prétendument hip-hop ne sont pas du tout hip-hop, et c’est pourquoi j’écris ce texte aujourd’hui. Dans le hip-hop, les œuvres (graffitis, chansons, danses) sont importantes, mais tout ce qui les entourent, la mode, la façon de parler et de marcher sont aussi d’autres façons d’appréhender le phénomène. Au fond, être hip-hop ressemble beaucoup à être un artiste. En art contemporain on produit les œuvres et les concepts d’abord, comme en hip-hop, les musiques et les paroles. Mais les façons de les présenter et de les promouvoir sont presque aussi importantes que l’œuvre en tant que telle. En effet, les succès de Run DMC, De La Soul et Wu-tan Clan, Andy Warhol, Jeff Koons, Damien Hirst et Takashi Murakami ne seraient rien sans leur branding.

Même si ce n’est pas toujours évident au départ, le contenu de la musique hip-hop est politique avec une forte conscience sociale et bluesy. Bien entendu, on peut aussi y retrouver des tonnes de contenus légers sans grand intérêt et c’est là un autre (bon) aspect de la musique hip-hop. D’une certaine façon, on retrouve le même type de contenu dans le film Dumbo. Aussi joli et divertissant semble-t-il, Dumbo propage également un contenu social, politique et bluesy. Lorsque tu as une bonne compréhension du phénomène hip-hop et que tu regardes Dumbo avec cette optique en tête, tu comprends à quel point Dumbo est hip-hop.

À mesure que tu évolues, ta compréhension du monde évolue avec toi Cela ne s’applique-t-il pas tout autant à l’art contemporain? Ce que tu as vu au premier contact avec une œuvre d’art va murir avec toi. Au cours de ta croissance, le hip-hop, Dumbo et l’art t’en apprendront de plus en plus à propos de toi, et tout deviendra de plus en plus complexe.

 

Et si nous avions un gros plan sur le gros plan

 

Faire un gros plan d’un objet est assez similaire à faire un échantillonnage d’une chanson originale dans le hip-hop. L’échantillonnage se concentre sur un (ou quelques) extrait ou phrase d’une musique originale. La partie échantillonnée devient un objet abstrait qui sera utilisé pour construire une nouvelle chanson. La chanson originale peut être écoutée comme un tout, alors que la cellule extraite devient quelque chose de nouveau. La source originale est écoutée par les consommateurs de musique alors que l’échantillon est transformé en nouvelle œuvre par les producteurs.

Il est impossible d’innover sans avoir la curiosité de connaître et de comprendre le passé, le présent et le futur. Par exemple la musique hip-hop construite par la technique de l’échantillonnage et du découpage peut être appréciée de multiples façons. Tu peux d’abord l’écouter pour la chanson hip-hop qu’elle est. Ensuite tu peux chercher quelle(s) chanson(s) a été utilisée pour l’échantillonnage, comment ça a été arrangé pour en faire une version hip-hop. Tu connaitras de vieilles chansons ou les redécouvriras avec de nouvelles oreilles. La musique hip-hop fait connaître les anciens succès et assure une plus large culture musicale. Même si la musique hip-hop se conjugue au temps présent, tout l’intérêt réside dans la relation entre les diverses époques musicales des matériaux utilisés par les producteurs/chanteurs/rappers. Dans mon cas, j’ai grandi dans les années 90, lorsqu’une chanson échantillonne une musique de cette décennie, je ressens une certaine nostalgie. Je crois toutefois que si nous écoutons uniquement la musique d’une époque précise, nous évoluerons très peu.

D’une certaine façon, la musique hip-hop est la meilleure façon d’avoir une large culture musicale car elle reprend des thèmes du passé, les paroles expriment le présent et envoient un message pour demain. Lorsqu’on comprend la source originale, on ne perçoit plus l’œuvre de la même façon. Tout ça peut s’appliquer à l’art contemporain. On apprend de l’histoire, on créé et critique pour cultiver le futur. Mes créations en arts visuels sont bâties de façon similaire à la musique hip-hop, seul le langage utilisé est différent (audio versus visuel). C’est pourquoi j’aime le hip-hop et ma façon d’être hip-hop moi-même.

Dans le film Dumbo, le gros plan est souvent utilisé de façon très efficace. Lors d’une scène où la souris Timothy parle avec Dumbo, l’éléphant dépasse du cadre permettant d’avoir un plan rapproché de Timothy. L’éléphant devient presqu’un fond visuel pour Timothy et on peux difficilement reconnaître Dumbo si on vois cette scène hors contexte. Bien entendu, cette technique met l’accent sur la petitesse de Timothy qui se retrouve à parler devant un fond gris (Dumbo). L’image prend tout son sens seulement lorsqu’on a compris ces paramètres. Ce qui me ramène à ce que j’expliquais plus haut : si on comprend le gros plan de Dumbo l’image prend un sens totalement différent.

 

Comment les champs de couleur de l’art abstrait peuvent être comparé au gros plan et à la technique de l’échantillonnage

 

On peut aussi appliquer la logique du gros plan et de l’échantillonnage à la peinture aux champs de couleur (colorfield painting). Les artistes mettent en valeur les champs de couleurs et les formes, les étendent sur toute la surface de l’œuvre pour que l’image semble faire partie d’un univers infini. Lorsqu’on veut souligner l’expansion de l’œuvre de l’intérieur vers l’extérieur, une façon efficace de le réaliser est d’utiliser la technique du gros plan/échantillonnage. Les contenus des champs de couleur tendent à être vague parce que leurs motifs originaux ne sont pas assez concrets. Avec la méthode du gros plan, on peut partager la source originale et aider à la compréhension de la relation intérieur-extérieur de l’œuvre. Pour mieux comprendre voir plus bas, un gros plan abstrait de Dumbo. Je crois que celui qui regarde ne réalise pas la présence de Dumbo tant que je ne leur donne pas d’indices. Mais lorsqu’il connaît la source originale, l’image à l’intérieur de la peinture s’étend vers l’extérieur dans l’imaginaire de celui qui regarde. Je considère donc que mon travail est une réinterprétation du colorfield painting. Plus bas, j’expliquerai comment trouver les indices…

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Sur la production à partir de l’échantillonnage

 

Le travail basé sur l’échantillonnage (que ce soit dans la musique hip-hop ou dans les arts visuels) est une bonne façon d’explorer la voix et le style unique d’un artiste. Par l’utilisation de matériaux déjà existant suivie de l’édition et du mixage, on créé une composition personnelle. Ce qui, pour celui qui regarde ou qui écoute, devient l’aspect le plus passionnant. Même si en général on accorde plus d’importance aux œuvres créées à partir de rien, ce qui demeure intéressant dans la création à partir d’échantillonnage est la façon dont l’œuvre d’origine a été modifiée dans sa nouvelle utilisation, pour ainsi la percevoir comme une œuvre nouvelle et unique. Lorsque l’œuvre est exclusivement conçue à partir de matériel déjà existant, le style de l’artiste s’en trouve renforcé parce que le résultat final provient de l’imagination de l’artiste, de sa façon unique de penser.

 

À propos de la métaphore des oreilles de Dumbo

 

La musique hip-hop, l’art contemporain et le film Dumbo ont tous en commun de faire usage de la métaphore. On sait que dans les paroles de chanson hip-hop et dans l’art, tant historique que contemporain, l’utilisation de la métaphore représente un élément essentiel. Plusieurs métaphores apparaissent dans Dumbo, les oreilles de l’éléphant étant la plus connue.

Les oreilles de Dumbo sont une malformation et sont perçues comme une faiblesse. Lorsque Dumbo tente de courir, il s’enfarge sur ses oreilles, sur sa faiblesse. Ce désavantage est pour lui un problème. Cette métaphore est hip-hop dans son traitement parce que le hip-hop demande l’honnêteté envers soi-même. Éventuellement, Dumbo reconsidèrera ses oreilles à son avantage, simplement en changeant sa perception. Même s’il peut désormais voler, ses oreilles sont demeurées les mêmes, et plus important, il demeure lui-même. En d’autres mots, on peut appliquer la philosophie du hip-hop pour grandir : le faible Dumbo devenant l’éléphant volant.

 

Éléphants roses et motif à pois

 

Même si peu de gens en connaisse la source originale, une des métaphores des plus intéressantes et célèbres dans le film Dumbo est celle des éléphants roses. « Voir des éléphants roses » est une façon d’évoquer les hallucinations dues à l’intoxication à l’alcool ou à la drogue. Cette image est apparue pour la première fois dans le roman John Barleycorn écrit par Jack London en 1913. Mais après que l’expression ait été reprise dans le film Dumbo en 1941, on oublia rapidement la source originale. La scène de la parade d’éléphants roses dans Dumbo est tellement célèbre, je me devais de faire des œuvres autour d’éléphants roses. Ces œuvres sont abstraites mais aussi d’une certaine façon figuratives. Tous peuvent y reconnaître un éléphant rose (ça n’a pas à être Dumbo). Lorsque que l’éléphant est identifié, un lien peut être établi avec certaines de mes peintures. Celui qui n’aura pas encore compris la thématique de mon travail y verra soudainement plus clair.

Dumbo a également influencé mon travail en sérigraphie. Plusieurs artistes tels Damian Hirst et Yayoi Kusama ont créé des œuvres avec des motifs à pois, et ce motif abstrait peut prendre plusieurs sens métaphoriques. Mes œuvres aux motifs à pois se réfèrent à plusieurs objets dans le film Dumbo. Les pois peuvent représenter des gouttes d’eau, de la pluie, des larmes, le motif du tissu des clowns dans le film ou encore des bulles de Champagne ou de savon. Tous ces objets, rendus abstraits deviennent des pois. J’aime également ce motif car il évoque le blues et la douceur.

 

Comment comparer une souris à un éléphant

 

Souvent mon travail est construit à partir de séries précédentes pour instaurer une façon d’appréhender les métaphores. À première vue, toutes les œuvres de cette série sont abstraites et il y a très peu de clés qui aident le spectateur à comprendre de quoi il s’agit. Il faut alors l’aide et les indices provenant d’autres œuvres. Mes peintures circulaires (tondi) ont des dimensions différentes en relation avec chacune et ceci peut être expliqué par certains aspects du Bouddhisme Zen. Dans le Bouddhisme Zen, on s’explique la théorie de la relativité bien simplement. Admettons que vous soyez dans une pièce où la température est de 18℃. Si vous arrivez de l’extérieur où le mercure montait à 30℃, vous trouverez que cette pièce est bien fraiche. Par contre, si à l’extérieur il ne faisait que 0℃, vous trouverez cette pièce bien chaude. La pièce est toujours la même et la température également, mais vous aurez une sensation différente selon les différentes conditions dans lesquelles vous y entrerez. Dans le film, la dimension des personnages varie beaucoup. Comme parfois les éléphants sont deux fois plus gros on peut s’imaginer comment la dimension des mes peintures est un élément important et aussi une extension de la théorie du gros plan. J’ai donc opté pour des dimensions contrastantes entre les oeuvres. La pièce de Timothy est la plus petite, les corbeaux sont plus grands mais plus petits que Dumbo. Quant à lui, Dumbo est plus petit que Jumbo, alors que Jumbo est le plus grand de tous.

 

Pourquoi le hip-hop, l’art contemporain et Dumbo sont si important maintenant?

 

Un autre point commun entre le hip-hop, l’art contemporain et Dumbo est leur potentiel éducatif sans rigidité. Tous traitent de sujets sérieux: sociologie, politique et éducation, mais l’approche n’a rien de traditionnelle et est beaucoup plus détendue. La musique hip-hop est décontractée et cool; lorsqu’on observe une œuvre d’art pour la première fois, le regard est attiré par les couleurs et les formes avant de s’intéresser au concept derrière l’œuvre; l’aspect visuel de Dumbo excelle à raconter une histoire et à élaborer ses thèmes. En d’autres mots, s’il est attirant pour le spectateur, le contenant peut d’abord être apprécié, ensuite seulement les thèmes, les concepts et les idées sous-jacentes peuvent être approfondies. Je crois que la meilleure façon de provoquer une réflexion profonde chez le spectateur est de l’apprivoiser avec une émotion pure. Le premier regard que posera le spectateur sur l’œuvre l’incitera à y chercher plus de contenus.

De nos jours, à cause des technologies et de nos appareils numériques, nous perdons notre habileté à penser par nous-même. Par exemple, un des éléments les plus stimulants dans la musique hip-hop est de découvrir des albums qui n’ont jamais été utilisés par d’autres artistes hip-hop, ou de faire des arrangements d’échantillons classique en leur donnant une touche personnelle. Mais en cette époque d’Internet, trop se contentent d’utiliser les mêmes matériaux et de copier le même style de production indéfiniment. C’est très loin du hip-hop et ils semblent oublier la partie la plus amusante (et essentielle) du hip-hop : la découverte. Pire encore, les fans de cette musique prennent pour acquis que c’est là le meilleur de la production et propagent la chose comme un virus. Les artistes qui suivent une tendance pourraient se servir un peu plus de leur imagination. Ajouter plus d’eux-mêmes dans leurs créations favoriserait l’évolution de la culture et de la musique hip-hop.

Parce nous pouvons tout chercher et tout trouver sur Internet, notre capacité à mémoriser, comme nous pouvions le faire il n’y a pas si longtemps, décline. Nous avons un accès constant et facile à toute information, donc il n’est plus nécessaire de se remémorer quoique ce soit. Quand j’étais enfant, comme nous n’avions pas encore le téléphone cellulaire, je pouvais me rappeler les numéros de téléphone que j’appelaient fréquemment: la maison de mes parents, ma famille, mes amis. Nous ne faisons plus ça désormais. De plus, nous faisons de moins en moins la différence entre le monde réel et le monde virtuel. Obtenir plein de likes sur les médias sociaux n’a rien de comparable à un vrai succès dans la vraie vie. Ça n’est rien de plus qu’un critère d‘évaluation sur Internet que beaucoup tendent à confondre avec la réalité. Il en va de même pour la censure. Serions-nous plus rigide que nous l’étions il n’y a pas si longtemps? Une des raisons pour lesquelles on pouvait être autrefois plus souple est que nous faisions une distinction claire entre la fiction et le concret. Aujourd’hui la sensibilité est exacerbée. La scène des éléphants roses ne pourrait peut-être pas être montrée comme elle le fut en 1941. Je crois que rien ne peut être mauvais tant que nous éduquons nos enfants adéquatement et composons avec l’information de façon intelligente. Perdre ses habiletés, particulièrement celle de penser par soi-même, pose un grand danger pour l’humanité. Au fond qu’elle est la différence entre l’humain et les animaux si ce n’est que la capacité à penser? Ne sommes-nous pas en train de la perdre? Mais, je persiste à croire à un futur meilleur… qui va de Dumbo, en passant par le hip-hop pour aller directement à l’art contemporain!

Shogo Okada

 

 

Le livre Hip-hop, art contemporain, Dumbo par Shogo Okada sera disponible:

 

à la galerie Wil Kucey, 1183 Dundas Street West, Toronto    25$

 

 

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