Tap this : A Queerated Opera Series @ Tapestry Opera

Tapestry Opera, an institution commissioning and producing operas from contemporary composers, and Pride Toronto, which offers during June a program of cultural events around the huge annual manifestation LGBTQ2, joined together to present a series of concerts/operas with an exclusive queer thematic. It was a first for Pride Toronto to have opera in their program, as it also was a first for Tapestry Opera to produce a series entirely dedicated to queer music and musicians. Neomemoire saw two of those brilliant shows.

Tapestry Opera, une institution qui commande et produit des opéras de compositeurs contemporains et Pride Toronto qui offre pendant tout le mois de juin une série d’événements culturels autour de la grande manifestation LGBTQ2 annuelle se sont joint pour présenter une série de concerts et opéras autour d’une thématique exclusivement queer. C’était une grande première pour Pride Toronto d’avoir de l’opéra contemporain à sa programmation et pour Tapestry Opera de produire une série entièrement consacrée à la musique et aux musiciens queer. Neomemoire a vu deux de ces brillantes productions. 

 

Queers Crash the Opera

Soprano : Teiya Kasahara, mezzo: Cathatin Carew, tenor: Derek Kwan, bass; Alain Coulombe, host and pianist /présentateur et pianiste: David Eliakis

Ernest Balmer Studio, 9 Trinity St., Studio 315, June 7 2018, 7pm / 7 juin 2018, 19h

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Teiya kasahara, soprano, Catharine Carew, mezzo, Derek Kwan, tenor, Alain Coulombe, bass

My largest fear going to this concert was to get to hear unsuccessful singers who, instead of having a career had a cause to fight for. On the contrary, I had the privilege to hear artists who had chosen to sing in this intimate venue a repertoire specifically written by or for queers, singers who had chosen Tapestry Opera that night over Salzburg, New York or London. Great artists with a brilliant career living for the time of a concert their true them.

The program included opera excerpts and songs. The singers were at their best when they had something substantial to chew on. We will then not insist on the songs by Reynaldo Hahn and William Bolcom, or on the excerpt from the opera Three December by Jake Heggie. The great and moving moments, the unforgettable performances came from more complex and more developed pieces.

Tears were first pulled by the magnificent song Ne ver’, moj drug by Tchaikovsky. The oldest piece of the evening, heard with a queer perspective. Tchaikovsky was a closeted homosexual for all his life and was asked to commit suicide to save his “honour”, a crazy story that still could happen in this strange country Russia is. Listened then with new ears, the song takes all its sense. “Don’t believe, my friend, when in a surge of sorrow / I say I don’t love you anymore”. The tenor Derek Kwan sang this melody with intensity, inhabited by the beauty of the poetry and the music. Came after what was to me the most poignant part of the evening: Song #1 from Four Songs on Poems by Walt Whitman. The bass Alain Coulombe sustained this music in the extreme low register, a melody having very few different notes, the piano echoing the voice: what a beautiful music, what a masterful performance. Composed in 2006, this cycle of songs by composer James Rolfe is certainly not easy for singers. It requests an outstanding vocal control, but mostly ask from the musician a deep intensity, a rare density. Alain Coulombe gave himself totally and offered us a moment we recovered from with some difficulties.

Then came two duets: one for the girls and one for the boys. Both have the same premises: an older person, more mature and a bit disillusioned meet someone much younger, naïve who knows maybe more what she/he wants and knows how to get it. She Sees Her Lover in The Light of Morning, from Craig Galbraith showed the mezzo Catharin Carew at her best. Twining and excited she has to convince “the most beautiful woman in the World” that she will not leave before breakfast tomorrow morning. Nice moment concluded with a big French-kiss. She is a keeper! The boys meet in a bar. The disco mirror ball might create some sort of an ambiance, but the music by Andrew Staniland doesn’t succeed in reproducing the somewhat creepiness of a gay nightclub, it mostly shows stress and pressure. But the performance by Alain Coulombe and Derek Kwan is convincing, we believed in this love story. They start singing besides each other and end facing, a simple but efficient way to stage the feelings.

Dark Star Requiem relates the HIV-AIDS crisis. My first reaction was a big: oh no, they won’t do that to us again! But I was wrong, the composer Andrew Staniland is here at his peak and created an exceptional music, it tears pain cries. The soprano Teika Kasahara, probably the most powerful singer heard that night, delivers with a staggering intensity this music. Only piece where we could hear all four voices together, a small choir accompanying the soprano’s solo, this was for me the end of the concert, or this should have been. I couldn’t really be open to listen what followed, which was anyways much less interesting.

The pianist David Eliakis, who had selected the music, managed to get some orchestral sounds from the grand Bösendorfer, a piano that was a bit too noisy considering the size of the venue. Always relevant in his playing as in his presentations, David Eliakis has a lot to do for the success of this event. A historical show because it was a first, remarkable for the quality of what we got to hear.

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David Eliakis, pianist

Ma plus grande crainte avant d’aller à ce spectacle était de tomber sur un groupe de chanteurs qui à défaut d’avoir une carrière intéressante avaient des convictions. Tout au contraire, j’ai plutôt eu la chance d’entendre des artistes qui ont choisis de chanter dans ce cadre intimiste un répertoire qui était spécifiquement écrit pour ou par des queers, qui ce soir là ont choisi Tapestry Opera au lieu de se produire à Salzbourg, New York ou Londres. De grands chanteurs à la carrière florissante qui viennent, le temps d’un concert, vivre et exprimer leur différence.

 Le programme était composé d’extraits d’opéras contemporains et de chansons. Les artistes étaient à leur mieux lorsqu’ils avaient quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent. On retiendra donc moins les chansons de Reynaldo Hahn, de William Bolcom ou encore de l’extrait de l’opéra Three December de Jake Heggie. Les grands moments d’émotions, les interprétations mémorables sont venues des musiques les plus abouties et les plus complexes.

Les larmes ont commencé à couler pendant la magnifique chanson Ne ver’, moj drug de Tchaïkovski. Certes la pièce la plus ancienne de la soirée, cette fois-ci écoutée avec une perspective queer. Tchaïkovski a été un homosexuel dans le placard toute sa vie, on lui a demandé de se suicider pour sauver son « honneur », une histoire qui pourrait encore se passer de nos jours dans cet étrange pays qu’est la Russie. Écoutée donc avec une oreille informée, la chanson prend tout son sens. « Ne me crois pas, mon ami, quand dans un excès de chagrin / Je dis que je ne t’aime plus ». Le ténor Derek Kwan a chanté cette mélodie avec une sobre intensité, habité et emporté par la beauté du texte et de la musique. Vint ensuite ce qui à mon avis a été le moment le plus émouvant du spectacle, Song #1 extraite des Four Songs on Poems by Walt Whitman. La basse Alain Coulombe a soutenu cette musique dans l’extrême grave, une mélodie dotée d’une très courte tessiture, le piano faisant des effets d’écho: quelle musique et quelle interprétation. Datant de 2006, ce cycle de chansons du compositeur James Rolfe n’est certes pas à la portée de tous les chanteurs. D’abord elles demandent un contrôle vocal hors du commun, mais surtout exige de l’interprète une intensité, une densité rare. Alain Coulombe s’est livré, s’est mis à nu, et nous a offert un moment dont il était un peu difficile de se remettre.

Suivirent deux duos, celui des filles et celui des gars. Les deux ont un peu les mêmes prémisses, une personne un peu plus âgée, mature et disons un peu désabusée, rencontre quelqu’un de beaucoup plus jeune, plus naïf mais qui sait un peu plus ce qu’il/elle attend de la vie et fera tout pour l’obtenir. She Sees Her Lover in The Light Of Morning, de Craig Gailbraith a montré la mezzo Catharin Carew à son meilleur. Volubile et excitée, elle a la tâche de convaincre « la plus belle femme du monde » qu’elle ne la laissera pas tomber avant le petit-déjeuner. Beau moment qui se termine par un gros french-kiss. Les gars se rencontrent dans un bar. Si la boule disco au-dessus de nos têtes met un peu d’ambiance, la musique d’Andrew Staniland rend plus ou moins bien l’ambiance parfois un peu glauque des boîtes de nuit. On ressent plutôt un immense stress, une pression indue. Par contre, l’interprétation d’Alain Coulombe et de Derek Kwan a convaincu, on croit à cette histoire d’amour. Ils commencent d’abord par chanter côte à côte pour terminer la pièce l’un en face de l’autre dans une simple mais efficace mise en situation.

Dark Star Requiem a pour thème principal le VIH-SIDA. Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire: ah non pas encore. Mais attention, ici le compositeur Andrew Staniland a créé quelque chose d’exceptionnel, cette musique a priori rébarbative, arrache des cris de douleurs. La soprano Teika Kasahara, probablement la chanteuse la plus puissante entendue au cours de ce concert, livre avec une intensité sidérante cette musique. Seule pièce où l’on pouvait entendre les quatre voix ensemble, en un petit chœur accompagnant le magnifique solo, ça a pour moi été la fin de ce concert, et aurait dû l’être. Je n’ai pas pu entendre paisiblement ce qui a suivi, qui était de toute façon moins intéressant.

Le pianiste David Eliakis, qui avait fait la sélection musicale, a sorti des sons orchestraux d’un grand Bösendorfer un peu trop bruyant pour la grandeur de la salle. Toujours pertinent, autant dans son jeu que dans ses présentations, David Eliakis a visiblement beaucoup à voir dans le succès de cette soirée. Un spectacle historique parce premier du genre, remarquable par la qualité de la musique que nous y avons entendu.

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Cocktales with Maria

Maria Toilette : Joel Klein,    Vadge : Kristina Lamieux   The Morekeys de Shade : Karen Lee-Morlang   Composer : Isaiah Bell,

Ernest Balmer Stidio, 9 Trinity st., Studio 315, June 8 2018, 9pm / 9 juin 2018, 21h

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Joel Klein (Maria Toilette)

Bedtime for the kids: Explicit content. What Joel Klein, Maria Toilette, offers is pure provocation but also, everyone must admit, a lot of guilty or not pleasures. The title of the show is to be taken literally; these are cock (and ass) tales. We will get ultra detailed descriptions of sexual encounters between more than willing and shrewd men. About first emotions for the muscled summer camp instructor or about nights of debauchery in peep-shows, Maria Toilette will show no filter nor modesty and will never lie. Character of integrity and honesty, she takes a deep pleasure stripping these tales. Some of them are so dirty (once again take the word to its first definition) that it almost stinks in the concert hall. Other stories ask for a bit of education for a maybe not so aware audience, so some sex toys will be displayed on the piano and she will use them eventually to demonstrate how things can be done. Everyone laughs a lot, some more than the others, maybe by discomfort…

Joel Klein, a tenor with more of a baritone register, had a classical training. Probably more or less comfortable in a stern classical environment he found here a niche, a role to his grandeur. One could question though if, for this show, he shouldn’t use a more cabaret type of voice, more grounded, earthy and a bit broken, assuming entirely its vulgarity. On the other hand, the singer deals with the music composed by Isaiah Bell, which sits between two chairs. We first hear a truly cabaret style music, recalling the Berlin of the 20s. But the composer runs around, colors his score with some Schoenberg or Debussy reminiscences. This give the felling that the composer wanted his music to sound more actual and added notes over what was already written. This being said, the audience is totally caught by the story and the character and will never hear this. The music is there to underline boldly the text, this very bold text. All the attention is given to the deliciously decadent diva singer.

The piano accompaniment is hold firmly by Karen Lee-Morlang, The Morekeys de Shade. Dressed as an amazon or a dominatrix, she gives and takes back her riding whip at every bow to a strange and neurotic babushka overwhelmed by submission. Third character here acting as stage manager, Kristina Lemieux, Vadge, will not play piano nor sings but will eventually perform a hilarious dance with the diva.

The audience, as perverse as expected, begs for more, ready to lick Maria Toilette’s stilettos in order to enjoy more, they want this show to be harder and longer. We will get out of this brothel crazily horny or feeling overfed depending on how much each can take… Squirting in all directions this juicy show should have a long career, should last much longer than all these premature or not ejaculations that were told to us by that sleazy queen.

 

 

Allez coucher les enfants! La proposition de Joel Klein, Maria Toilette, relève de la provocation pure, mais aussi, il faut bien l’avouer, comble bien des plaisirs, coupables ou non. Il faut prendre le titre du concert au pied de la lettre : contes de queues (de culs). On aura droit à des descriptions ultra détaillées de rencontres sexuelles entre hommes consentant et en général plutôt dégourdis. Des premiers émois au camp de vacance devant le moniteur musclé, aux soirées de putasserie dans les peep-show, Maria Toilette ne sera jamais pudique ou hypocrite. Intègre et honnête, elle prend un plaisir profond à dévoiler ses/ces histoires. Certaines sont tellement sales (encore une fois prendre le mot au sens littéral) que ça pue presque dans la salle. D’autres nécessitent certaines explications pour un public qui serait peut-être néophyte, aussi quelque jouets trainent sur le piano et elle les utilisera éventuellement pour faire de petite démonstration disons assez bien imagée. On rit beaucoup, certains rient plus que d’autres, le malaise peut-être…

Joel Klein, ténor à la tessiture plutôt barytonne, a une formation classique. Probablement plus ou moins à l’aise dans un répertoire et un environnement classique, il a trouvé ici une niche, un rôle à sa mesure. On pourrait par contre se demander s’il ne devrait pas utiliser une voix plus cabaret. Tout le spectacle nous transporte dans un Berlin interlope des années 20, et peut-être qu’une voix plus grasse, un peu cassée, plus vulgaire conviendrait mieux. Il faut toutefois préciser que la musique d’Isaiah Bell nage entre deux eaux. Au départ, on se croirait vraiment au cabaret, par ce qu’on voit et ce qu’on entend. Mais la musique prend certains détours, se mâtine de sonorité de l’école de Vienne ou d’accords debussystes, on a un peu l’impression que le compositeur, voulant faire à tout prix contemporain aurait rajouté des notes, des accords par-dessus ce qui avait déjà été écrit. Le public toutefois n’y verra que du feu. La musique sert d’abord et avant tout à souligner en caractère gras, le très gras propos. Toute l’attention est portée sur le chanteur/chanteuse, diva délicieusement décadente.

L’accompagnement est assuré avec beaucoup de poigne par Karen Lee-Morlang, ici appelée The Morekeys de Shade (lisez à vois haute et vous entendrez « marquise de Sade » avec un fort accent anglais). Revêtant la tenue d’amazone ou de dominatrice, elle remet sa cravache, son fouet, en fait un jouet qui sert à faire mal, après chaque salut à une espèce de babouchka à l’air névrosée et écrasée par la soumission. Ce troisième personnage fait office de régisseur, Kristina Lemieux, Vadge, et ne chantera pas ni ne jouera du piano, mais va plutôt danser en un hilarant duo avec la diva.

Le public, pervers à souhait, en redemande, prêt à licher les stilettos de Miss Toilette pour jouir un peu plus de ce stupre. On sortira de là soit débordant.e de désir, soit un peu trop rassasié.e comme après l’absorption de trop de sucre. Spectacle juteux, giclant à tout vent, on peut lui prévoir une carrière qui durera beaucoup plus longtemps que les éjaculations, précoces ou non, qui nous sont racontées ici.

 

 

 

about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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