Toronto Hop

Shogo Okada : Think Twice

Wil Kucey Gallery, 1183 Dundas Street West, Toronto, until June 30 / jusqu’au 30 juin

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Shogo Okada, Untitled, (pink elephant), 2018 acrylic on canvas / acrylique sur toile

Shogo Okada is presenting more than an exhibition at Wil Kucey Gallery. You are more likely invited to enter his world, to discover what inspires him, discover how he builds his artworks. A playful and airy environment that appears to be much profounder than it may look at first sight.

You will first hear the music. Constructed as hip-hop, this music is rather repetitive and sounds electronic: Okada’s music might be considered experimental to unaccustomed ears. He creates new music from samples. A CD of the music you hear at the gallery is included in the book the artist also launched on the opening night of the show. This small book includes as well a text in which he explains his artistic approach. Hip-Hop, Contemporary Art, Dumbo can be read as a manifesto implying the author alone. He describes from what premises he creates his pictorial pieces and these artworks obviously are shown on the walls of the gallery. For the group of silkscreen prints exposed he was inspired by cover art from old vinyl LPs. From these design he extracts a tiny part, a sample, and make a motive, an abstraction out of it. The artist provides us the keys to understand the work by displaying the album covers used for the elaboration of this body of work. Also on the walls, you will find circular paintings, tondi, inspired by the movie Dumbo. Pink elephants, crows and mouse are fairly recognizable. Because they are abstract, aesthetic and flawless, these paintings could be at first considered as design objects. The thinking and the deepness of the approach behind the work are far too important to be ignored and it actually proves what makes the difference between art and design. A few collages, hip-hop type of work if any, complete the exhibition. Childhood memories, magazines images more piled than positioned form an abstract mass, in total opposition from what we usually see in collage practice. A mash-up, a jazz scat, a remix, for sure Shogo Okada’s work is as musical as it is visual.

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Shogo Okada, preston font, 2018 silk screen print / sérigraphie

The walls are partly painted at Wil Kucey gallery in order to make some artwork almost disappear, blurring the thin line between wall and work, design and art, emphasizing its abstraction, but above anything recreating the artist’s realm. Wil Kucey and his partner in crime Vinna Ly have been presenting for more than 15 years emerging artists, help them to face the somewhat harsh and cruel milieu of arts. A more than difficult task, exhausting for sure, which brought them, heartbroken and heartbreaking, to announce that this show would be the last. The gallery will close by the end of the summer. Some very good artists will be orphans of an essential gallery, and Toronto will for sure miss this unique space where daring was the norm. Hopefully, as a phoenix, it will reappear, under another form, somewhere, sometime.

Hear Shogo’s music on his Soundcloud page HERE

Read Shogo’s text on neomemoire HERE

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Shogo Okada, Untitled, collage, 2018 multimedia / médiums mixtes

C’est plus qu’une exposition que présente en ce moment Shogo Okada à la galerie Wil Kucey. Vous êtes plutôt invité à entrer dans le monde de l’artiste et découvrir ce qui l’inspire, découvrir comment il construit son œuvre. Un environnement ludique, aéré qui s’avère plus profond qu’on ne pourrait le croire à première vue.

On remarque d’abord la musique, hip-hop de construction, assez répétitive et électronique, à l’écoute des oreilles non aguerries la qualifierait plutôt d’expérimentale. Shogo Okada construit de nouvelles musiques à partir d’échantillonnages. Un CD de la musique entendue à la galerie est donc inclus dans le petit livre d’artiste qui a été lancé au cours du vernissage de l’exposition. Ce livre propose un texte dans lequel l’artiste décrit sa démarche artistique. Hip-hop, art contemporain, Dumbo peut se lire comme un petit manifeste qui n’implique que l’auteur. Il explique à partir de quelles prémisses il crée son travail pictural abstrait, travail qui est bien entendu présenté en galerie.

Pour le corpus de sérigraphies, Shogo Okada s’est cette fois basé sur des pochettes de disque, vinyle va sans dire. Il en extrait de tout petits détails, sampling, et en fait un motif, une abstraction. L’artiste nous donne les clés qui aident à la compréhension en mettant à notre disposition les pochettes de disques qui ont servies à l’élaboration de ce groupe d’œuvres. Il y a également un groupe de toiles circulaires, des tondi, inspirées du film Dumbo. Éléphants roses, corneilles et souris y sont relativement reconnaissables. Parce qu’abstraites, très esthétique et sans bavures, les toiles tout comme les sérigraphies de Shogo Okada pourraient être perçues comme des objets design. Mais en comprenant la démarche et la réflexion qu’il y a derrière l’œuvre impossible de douter de la qualité artistique de ce travail. Quelques collages, travail hip-hop s’il en est, complètent le tout. Souvenirs d’enfance, photos de magazines plutôt empilés que placés, forment une masse abstraite, à contrario de ce qu’on voit habituellement dans l’art du collage. Un mash-up, une improvisation jazzée, un remix, le travail de Shogo Okada est tout autant musical que visuel.

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Shogo Okada, Untitled, 2018 Silkscreen print /sérigraphie

La galerie Wil Kucey a peint une partie de ses murs pour y incruster certaines pièces, brouillant la mince barrière entre oeuvre et mur, art et design, en souligne l’abstraction et recrée l’univers de l’artiste. Wil Kucey et sa complice Vinna Ly présentent depuis plus de 15 ans la relève artistique, aident ses artistes à murir et à affronter le monde parfois implacable et cruel de l’art. Une tâche plus que difficile, et épuisante; ce qui fait que nous assistons le cœur brisé à la dernière exposition de la galerie Wil Kucey. Ce lieu unique et essentiel à l’écosystème de l’art à Toronto fermera ses portes au cours de l’été. De très bons artistes se retrouvent ainsi orphelins. Ne reste plus qu’à espérer que tel un phénix, la galerie renaîtra sous une autre forme, une autre formule.

Vous pouvez écouter la musique de Shogo sur sa page Soundcloud ICI.

Vous pouvez lire le petit manifeste de Shogo sur neomemoire ICI,

 

 

Kristiina Lahde : Out of Line

MKG127, 1445 Dundas Street West, Toronto, until June 23 / jusqu’au 23 juin

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Kristiina Lahde, Spiral Study (Archimedian) 2018 discarded file cards, cartes de fichiers désuètes

A few meters away, we find MKG127 gallery presenting new works by Kristiina Lahde. The artist uses everyday objects, mostly from the office or the library. She reshapes, modifies them, providing them a new unexpectedly poetic aspect. The arbitrary is still planned though. As a conceptual artist, Kristiina Lahde certainly doesn’t collect every object she finds. She must first evaluate and imagine their potential. In Twist and Turn for example, she transforms these little paper clips, gives them dozens of different silhouettes to end up photographing them. The compilation of all those photos looks like a choreography, the paper clip moves before our eyes. The movement dissected within a long sequence of small frames recalls the roll of a film. All the possibilities are seen.

Subtly reminding us how quickly some object get obsolete, the artist uses discarded library file cards to create spirals and circles. Having somewhat the shape of a shell, they more than anything recalls the infinite spiral of knowledge. The consciousness and maybe the desperation facing the extend of human intelligence, each card being a representative of a book, a thesis, an idea, a discovery. All these to be read, to be understood.

One can dream and build his/her own interpretation for every and each artwork here. Besides being appealing, the body of work is understandable without the necessity of a long explanation. An aesthetic based on intellectualism. The gallery of Micheal Klein, MKG127 majorly represents conceptual artists and offers here an exceptionally beautiful corpus, somewhere between conceptualism and abstraction. Kristiina Lahde easily catches the visitor’s attention with the flawless and refined presentation of her brilliant work.

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Kristiina Lahde, Twist and Turn, 2018 (detail) ink jet prints on paper / impressions au jet d’encre sur papier

À quelques mètres de là se trouve la galerie MKG127 où on présente le travail de Kristiina Lahde. L’artiste utilise des objets du quotidien, provenant principalement du bureau, de la bibliothèque. Elle retravaille, modifie, donne une nouvelle forme à ces objets engendrant un aspect poétique inespéré. L’improbable est toutefois planifié. Artiste conceptuelle, Kristiina Lahde ne récupère évidemment pas tout ce qui lui tombe sur la main. Il lui faut d’abord évaluer et imaginer le potentiel de ces petits objets. Elle transforme par exemple ces petits trombones, leur fait prendre des dizaines de silhouettes différentes, pour ensuite les photographier. La compilation de toutes ces images donne à voir une petite chorégraphie, le trombone bouge sous nos yeux, le mouvement décortiqué et la succession de petits cadres évoquent la pellicule de film. Tous les possibles semblent y être.

Avec des piles de vieux cartons d’index de bibliothèque, nous rappelant au passage la vitesse avec laquelle certains objets deviennent obsolètes, l’artiste forme des spirales et des cercles. Prenant un peu l’aspect de coquillages, ils évoquent surtout l’étourdissante spirale du savoir, la conscience et peut-être le désespoir devant l’étendue de la connaissance humaine, chaque carte représentant un livre, une thèse, une idée, une découverte. Tout ce qu’il y a à lire, tout ce qu’il y a à apprendre.

On pourrait ainsi rêver, bâtir son interprétation personnelle devant chaque œuvre présentée ici. Voici un travail qui peut se comprendre sans le besoin d’une explication élaborée et qui surtout fait plaisir à regarder. Un esthétisme de source intellectuelle. La galerie de Michael Klein, MKG127, qui présente principalement le travail d’artistes conceptualistes offre ici un corpus particulièrement esthétique, à mi-chemin entre conceptualisation et abstraction. Kristiina Lahde rejoint ainsi aisément le public par le raffinement et la présentation impeccable de son travail lumineux.

 

Group exhibition : Meditation

Stephen Andrews, Ross Bleckner, Marlene Creates, Maura Doyle, Janet Morton, David Rasmus, Mélanie Rocan, Adrian Stimson

Paul Petro Contemporary Art, 980 Queen Street West, Toronto

until July 7 / jusqu’au 7 juillet 2018

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David Rasmus, Untitled (Tim), 1989    C-print on paper / impression sur papier

The group of artists represented by Paul Petro is quite impressing. The fairly small space is often the theater of grand exhibitions. This is exactly that type of event you will find in this group exhibition Meditation. This pretty loose theme incites a slow observation, a dreamy walking around. From these paintings, these photographs let us be overwhelmed by our thoughts, our reflections. Could we ever meditate without contemplation. Here the answer is no.

The photographic flower-portraits of David Rasmus seem to be printed both in black and white and in color. The character, partly shaded by the flora looks more like she/he was than is. Contrary to a herbarium, here this is the flowers, the leaves that are responsible to collect the traces, the auras of the human. The character becomes the light of its own shadow. The concept basically is an incitement to contemplation: don’t we all want to know more about and see this person. Facing David Rasmus’ works, four beautiful photos of a hand touching a tree trunk by Marlene Creates also recall the healing power of nature over human sorrow.

Even though the work of Mélanie Rocan is usually quite colourful, she gives us as object of meditation a black sun and its the black rays. This hallucinatory painting, although its small size, catches the visitor’s attention. A sort of naïve art, taking our hand as a kid would, and lead us, without any surprise exactly where we thought we were going. Here we fall for the powerful attraction of simplicity, the voluntary bewitchment before the expected. Starting from the simple and basic, our mind can be freed, go wandering, meditate. In the same vein, a box, placed on the floor seems to have its interior covered with icing, a night blue varnish, letting us fantasize a jewel box. We would like to sit on the floor, enter our head into the box and visit this castle miniature, this dollhouse with a gleaming inside. With this box of surprises, this Pandora’s box, Stephen Andrews invites us to romanticize the shiny inside of a matte and drab outside.

The wise selection of artworks has not been done from works made out of a meditation but of works stimulating the meditation. Paul Petro invites us to enter his gallery, which actually has the appearance of a house, to discover other’s houses, other’s castle, other’s world and other’s spirit. Our thoughts impregnate these images, escape, go to the next image, interact with the latter and invent a trajectory to the concave.

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Mélanie Rocan, Rays, 2017 oil on canvas / huile sur toile

La cohorte d’artistes représenté.es par Paul Petro est plutôt impressionnante. Le lieu, assez exigüe, donne souvent place à de grandes expositions. C’est exactement ce qui nous est donné à voir en ce moment avec le collectif Meditation. Thème peu contraignant, il encourage le regard lent, la déambulation rêveuse. Partons de ces toiles, ces photographies et laissons-nous envahir par nos pensées, nos réflexions. Peut-on parler de méditation sans parler de contemplation. Ici : non.

L’impression à la fois en noir et blanc et en couleur des photos portraits avec fleurs de David Rasmus leur confère un aspect fantomatique. Le personnage, partiellement éclipsé par la flore semble avoir été plutôt qu’être. Au contraire de l’herbier, c’est la fleur, la plante qui est le gardien de la trace, l’aura de l’humain. Le personnage devient la lumière de son ombre. Concept qui porte certes à la réflexion, la contemplation, car on ressent après tout le désir profond de voir ces humains. Juste en face des œuvres de David Rasmus, quatre magnifiques photographies de Marlene Creates représentant une main touchant un tronc d’arbre nous rappellent le pouvoir que possède la nature à guérir la douleur humaine.

Mélanie Rocan, dont le travail est en général très coloré, offre ici un soleil aux rayons  noirs. Une toile hallucinatoire qui, quoique de petite dimension, happe le visiteur. Un art naïf qui nous prend par la main, comme un enfant saurait le faire, et nous dirige sans surprise là où on s’y attend. Le pourvoir d’attraction de la simplicité, l’envoûtement volontaire devant l’attendu. À partir du simple, du basique, l’esprit peut se libérer, partir en cavale, méditer. Dans le même ordre d’idée, une boîte posée au sol semble recouverte à l’intérieur de glaçure, d’un vernis bleu nuit, nous laissant imaginer une boîte à bijoux. On voudrait se mettre à quatre patte, y entrer notre tête, aller visiter ce château miniature, cette maison de poupée à l’intérieur rutilant. Une boîte à surprise, une boîte de Pandore. Stephan Andrews nous invite à imaginer le microcosme scintillant dont l’extérieur est mat et morne.

La judicieuse sélection des œuvres a été faite non pas en fonction d’un travail né de méditation, mais bien dans le but d’inciter à la méditation. Paul Petro nous invite donc à entrer dans sa galerie, qui a d’ailleurs tout d’une maison, pour y découvrir d’autres petites maisons, d’autres mondes, d’autres esprits. Notre pensée s’imprègne de ces images, s’évadent, se tourne vers l’image suivante, interagit avec celle-ci, s’invente une trajectoire en concave.

 

about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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