Simon Back @ Matter Gallery

la version française se trouve en bas de page

Fisherman (ink and wash on paper) - 2017 - 83.5 x 59.5
Fisherman, 2017 ink and wash on paper / encre et lavis sur papier

Simon Back : Layered Verses

Matter Gallery, 104A-344 Westmoreland Avenue North, Toronto

until August 26 / jusqu’au 26 août

 

Matter Gallery presents this summer a solo exhibition by Zimbabwean painter Simon Back. His paintings paired with a few drawings of ink and wash, are on first sight abstract works. Some shapes, some colors and textures cover partly the canvas as the back is painted in white. And this is exactly where it gets interesting. If there is that much white on his paintings, it is because Simon Back has something to hide. As the painters from classical era did some “repentances” to hide certain mistakes, the African artist superimposes coats, giving us a tiny window, a glance at what was there before, what is now under. If we could x-ray those paintings, we could see many artworks in one. Scratch it, and discover old ideas from the past. Because it is not up-to-date anymore an idea or an emotion does not have to be censured or suppressed, but it have to give space for the new and fresh. Leave the space (almost) empty, give (almost) all the room for the here and for the now. Simon Back does not deny the past, he simply obliterate it a tad.

On the night of the opening, the artistic director of the gallery, Zack Pospieszynski, was telling that the Zeitz Museum of Contemporary Arts of Africa, in Cape Town, South Africa, had selected a few paintings by Simon Back for an exhibition to be hold this fall. But time goes by quickly. Between when the painting was photographed and when the museum asked for it, the original artwork had disappeared, covered with white and repainted over. It finally will be a totally different work that the museum will show. The painting expected still exist, it has just been made invisible by the coats time leaves.

Layered Verses also show some drawings, ink and wash. No one can imagine the artist would eventually cover these drawings with white. He simply would use a new paper. We then suddenly have access to some spontaneity. Are these drafts or preparatory drawings? Actually, does this concept apply to the artist? Isn’t the most interesting aspect of his practice the addition of coats up to the level of saturation, up to when the artist decides it is over? In fact, It is impossible to consider those as sketches, these drawings are far much too accomplished. We find in them every feature the paintings have to offer: same good proportions between masses, uses of colors (when apply), the same feeling of floating, of emptiness and infinity. The differences between drawings and paintings are to be found in temporality. Here the right interpretation of the exact moment wins over maturation, over the view towards the past. These drawings could be seen as Polaroid photos when paintings are edited and carefully retouched photos. The drawings can give an idea of all the artworks we will never see as the artist has decided to cover them. And if he just missed his masterwork…

The artistic director of the gallery succeeded in hanging the toiles very dynamically, which make our sight travel from one work to the other. Drawn on the white background of the paintings, which fades out on the white walls, a fat black line follows a tortuous way and reaches its neighbour, almost touches it. Another line indicates the window, framing the landscape. All this ease the travel of the visitor through the works, gently leading for a complete tour, as this art conveys to reverie, reflection and contemplation.

Toronto is quite privileged to have access, through Matter Gallery, to artists from afar, mainly from Africa and the Middle East. Their mission have some recognition, the gallery even organises some short exhibitions in downtown, in the heart of the financial district at First Canadian Place. Through conferences and gatherings, they excel in the facilitation and the explanation of the artists they represent, artists who have in general quite an important international career even though they are less known from local collectors. Matter Gallery will show at First Canadian Place, from July 16, the work of a Turkish artist I wrote about (just here), a photographer of curved landscapes.

 

 

Tent_
Tent, 2017 acrylic on canvas / acrylique sur toile

 

Matter Gallery nous présente ces jours-ci une exposition solo du peintre zimbabwéen Simon Back. Ses toiles, accompagnées de quelques dessins à l’encre et au lavis, sont à première vue abstraites. Des formes, des couleurs, des textures couvrent en partie la surface dont le fond est peint en blanc. Et c’est ici que les choses deviennent intéressantes. S’il y a autant de blanc sur ses toiles c’est parce que Simon Back nous cache quelque chose. Un peu comme les peintres classiques avec leurs « repentis », l’artiste africain superpose les différentes couches tout en laissant parfois voir juste une petite section de ce qu’il avait fait dessous. Si on y faisait un rayon-x on y verrait donc plusieurs œuvres dans chacune. Œuvres tiroirs où chacun s’ouvre sur une une idée dépassée, du passé. Une idée, une émotion qui n’est plus d’actualité, qu’il faut non pas censurer ou supprimer, mais qui doit tout de même laisser place à une nouvelle idée, une nouvelle émotion. Laisser le champ (partiellement) libre, laisser (presque) toute la place à l’aujourd’hui et le maintenant. Simon Back construit l’avenir en ne reniant pas le passé. Il l’oblitère simplement un tout petit peu !

Le directeur artistique de la galerie racontait le soir du vernissage que le musée Zeitz d’art contemporain d’Afrique, au Cap en Afrique du Sud a sélectionné quelques toiles de Simon Back pour une prochaine exposition. Entre le moment ou la toile a été photographiée et le moment où le musée a fait sa demande, la toile originale avait disparu, recouverte de blanc, et repeinte par-dessus. Ce sera au final une toute autre oeuvre que présentera le musée. On sait que cette toile contient celle espérée rendue invisible par les couches de temps.

L’exposition Layered Verses présente également des dessins, des encres. On ne peut toutefois pas s’imaginer l’artiste couvrir un dessin de blanc, il utilisera plutôt un autre papier. On a donc soudainement accès une certaine spontanéité. Est-ce que ce sont des esquisses, des dessins préparatoires? En fait est-ce qu’un tel concept peut exister chez cet artiste? Ce qui fait tout l’intérêt de sa pratique n’est-il pas justement cette juxtaposition des couches jusqu’à saturation ou jusqu’à ce que l’artiste décide que le moment est venu d’abandonner la toile? Impossible en fait d’y voir des brouillons; ces dessins semblent aussi aboutis que les peintures. Même qualité dans la répartition des masses, dans l’utilisation des couleurs (le cas échéant), même impression de flottement, de vide et d’infini. La différence entre les dessins et les peintures réside donc dans la temporalité. Ici, la gestuelle, l’interprétation juste du moment présent l’a emporté sur la maturation, sur la mise en abîme du passé. Ces dessins pourraient être des photos Polaroid comparés aux toiles qui seraient des photos retouchées et léchées. Et on se met à imaginer toutes ces œuvres qu’on ne verra jamais, que l’artiste a décidé de recouvrir. Et si il était passé à côté de son grand œuvre…

Le directeur artistique de la galerie, Zack Pospieszynski a réalisé ici un accrochage qui transporte le regard d’une œuvre à l’autre. Sur les toiles au fond blanc qui se dissout sur le mur blanc, de grasses lignes noires suivent une voie tortueuse et rejoignent la toile voisine, y touchant presque. Une autre ligne noire nous indique la fenêtre, elle encadre le paysage. Voilà une astucieuse façon d’alléger le voyage du visiteur en le prenant par la main et l’incitant gentiment à faire tout le tour, car ces œuvres portent à la rêverie, à la réflexion et la contemplation.

Toronto est bien privilégiée d’avoir, grâce à la galerie Matter, ce contact avec l’art contemporain étranger, principalement d’Afrique et du Moyen-Orient. Le mandat qu’ils se sont donnés commence à porter ses fruits, la galerie organise désormais des expositions de courte durée dans le cœur financier de la ville, au First Canadian Place. Par le biais de conférences et de rencontres, ils excellent à expliquer le travail de ces artistes qui, quoique reconnu.es à l’international, sont méconnu.es des collectionneur.es locaux. La galerie Matter présentera d’ailleurs, à compter du 16 juillet prochain, un artiste turque dont je parlais ICI, Aydin Büyüktas, photographe de paysages incurvés.

Plough_
Plough, 2018 acrylic on canvas / acrylique sur toile

 

about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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