Mathieu Laca @ Thompson Landry

J’ai voulu rencontrer Mathieu Laca quelques jours avant sa toute première exposition solo à Toronto pour que le public puisse connaître un peu mieux son travail et ses influences. La galerie Thompson Landry dans le quartier de la distillerie présente 10 portraits d’écrivains célèbres.

Le peintre a par ailleurs écrit un texte de présentation pour cette exposition, Face à face, que vous trouverez sur neomemoire ICI

 

I thought I should meet the painter Mathieu Laca a few days prior to his first solo show in Toronto. Because locals do not know him very well, we went through his career and his influences. Thompson Landry Gallery, in Distillerie District ,will present 10 portraits of famous writers.

The painter wrote a text to introduce his exhibition, Face to Face. You can read the text on neomemoire HERE

scroll down for the English translation of the interview

 

 

Quel est l’élément déclencheur ? Comment es-tu arrivé à faire de la peinture ?

L’élément déclencheur, quand j’étais adolescent, c’est dans le cours d’art plastique à l’école secondaire. Au début, je n’étais pas vraiment sérieux, je faisais mes devoirs de mathématiques pendant le cours parce que c’était facile pour moi. Mais j’ai eu un professeur qui était assez allumée, Rachel Villeneuve, elle a vu que j’avais un certain potentiel. Je faisais des dessins très torturés, très expressionnistes, elle m’a donné des moyens. Couplé au fait que j’ai rencontré Jean qui lui a fait la même chose mais du côté de la littérature. Les deux se sont mis ensemble et m’ont mis sur un projet d’exposition à la maison des arts de Laval. J’étais libéré de certains cours, comme mathématique et morale, j’avais un petit studio dans l’école et un budget. C’est ainsi que j’ai créé une installation pour mon exposition. J’ai fait de grands dessins, et c’est en faisant un de ces grands dessins que j’ai eu une révélation. Il y avait un personnage très torturé qui s’extirpait d’une espèce de marée noire. En le faisant, je savais que c’était vraiment bon, j’avais l’impression que pour la première fois je pouvais m’exprimer, que c’était vraiment moi, que je disais quelque chose avec ça. C’était un moment intense et à ce moment là je me suis dit que j’allais faire ça dans la vie. Ça été clair depuis ce matin là, à l’âge de 17 ans.

As-tu étudié à l’université ?

J’ai fait un CEGEP en arts plastiques à Lionel-Groulx. Ensuite, à l’université Concordia, j’ai fait un baccalauréat en arts visuels avec majeur en peinture et dessin. Mes professeurs les plus influents ont été Robert Murray, Marion Wagschal et Irene Wittome.

Quelles sont tes influences artistiques ?

Francis Bacon est la plus importante. S’il y a des peintres que j’aime actuellement, je préfère en rester à Bacon et Giacometti.

Quelles étaient tes premières expositions à titre professionnel ?

J’ai exposé à Québec dans le cadre d’un festival gay, j’avais proposé un solo sur le thème du Songe d’une nuit d’été. C’est ma première exposition solo d’importance. Ensuite j’ai eu une galerie à Ottawa qui aimait beaucoup mes œuvres très provocantes. J’exposais régulièrement parce qu’ils organisaient des expositions collectives à chaque à chaque mois. J’avais toujours de nouvelles œuvres à présenter. Les gens ont commencé à me remarquer, et j’ai commencé à vendre quelques toiles à cette époque là.

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Mathieu Laca, Esclave, 2010 huile sur lin / oil on linen 92cm X 77cm

À cette époque là, c’était des sujets plus provocants en fait ?

Oui. C’était très coloré, baroques, il y avait une surabondance de motifs. C’est parce que quand j’ai fini l’université, j’étais un peu en révolte face à l’esthétique très sérieuse, très épurée à laquelle je réagissais un peu en faisant l’inverse. En y mettant beaucoup de motifs, beaucoup de couleurs, même des thèmes très provoquants. C’était un peu une forme de rébellion visuelle.

 

 

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Mathieu Laca, A.Y. Jackson, 2011 huile sur lin / oil on linen 47cm X 36cm

 

 

Comment et pourquoi as-tu commencé à faire des portraits ?

J’ai commencé à Ottawa, à la galerie dont je parlais. Il y a eu une exposition sur le thème : I Killed the Group of Seven. J’ai fait un portrait de chacun des membres du groupe des sept en les déformant, les défigurant un peu. Il y a eu un intérêt et moi j’adorais faire ça. Alors j’ai continué à en faire régulièrement. C’est devenu mon activité principale. Le style a évolué, mais à la base c’est là que ça a commencé.

Je sais que ton style a beaucoup évolué. Entre autres, à un moment donné tu utilisais les pigments d’époques, etc. Tu ne fais plus ça aujourd’hui ?

Non. C’était pour une série particulière que j’avais faite, sur les maîtres anciens. Je voulais peindre Rembrandt, Velasquez, Goya en utilisant des pigments que eux auraient utilisés à l’époque. C’était une belle expérience de mélanger des couleurs sur ta palette en te disant que Rembrandt avait cette même couleur, que Velasquez a utilisé ce rouge précis, vermillon véritable. Mais ça m’a couter tellement cher ! Un petit tube de 150 ml, c’est 150$. Ça vient d’une mine en Chine, c’est du poison pur.

Tu as donc évolué vers des portraits de gens connus, parce qu’au départ, tu faisais des gens tout court.

Je continu à faire des portraits de gens autour de moi, de gens anonymes, mais j’ai beaucoup de demandes pour faire des personnages connus. Ça explose vraiment, j’ai une liste d’attente de plusieurs mois. Depuis 2-3 ans, il y a un élément qui a vraiment ajouté à l’intérêt que les gens ont pour mon travail, c’est la texture. C’est un élément majeur qui me permet de créer toutes sortes de nuances. Je peins plus épais, ensuite je balaie avec de grosses brosses, j’ajoute des glacis. On dirait que ça a créé plein de nuances de couleurs. De plus, j’ai commencé à peindre avec des teintes beaucoup plus rabattues que ce que je faisais au début. Au début c’était très vif. Maintenant, c’est des nuances de gris.

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Mathieu Laca, Michel Tremblay, 2018 huile sur lin / oil on linen 122cm X 122cm | collection privée / private collection | photo : Guy L’Heureux

Pour mieux connaître Mathieu Laca, j’ai pensé lui faire une petite partie du fameux questionnaire de Proust.

  • Mon rêve du bonheur : Je suis très heureux actuellement
  • La couleur que je préfère : Turquoise de cobalt foncé. Tu sais que j’ai une couleur à mon nom chez Kama Pigments : un orange rabattu
  • La fleur que je préfère : Fleur de chicorée, la petite fleur bleue que l’on voit sur le bord des autoroutes.
  • Mon auteur favori en prose : Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra
  • Mon poète favori : Rimbaud : Les Illuminations
  • Mon peintre favori : Francis Bacon
  • Mon compositeur favori : John Adams
  • Ma devise : « Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » de Nietzsche
  • Un mot, une expression qui devrait être éliminé : « C’est spécial »

 

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Autoportrait anonyme II, 2018 huile sur lin / iol on linen 92cm X 137cm photo : Guy L’Heureux

 

 

What decided you to be a painter?

At first, it was when I was a teenager, in my arts class in high school. I was not very serious about it because this was very easy for me; I used this time to do my mathematics homework. But I had a brilliant teacher, Rachel Villeneuve, who saw some potential in me. I was doing some very tortous, expressionist drawings. She gave me some means, added to what Jean (another teacher) was already doing for literature. They got together, and put me on a project for an exhibition at the Maison des Arts de Laval. I was exempted from certain classes, as mathematics and religion; I had access to a small studio and some founding. So I created an installation for my exhibition. I did very large drawings and as I was drawing one of them I had some revelation. There was a very tortured character trying to get out of a black tide. Doing this, I knew it was good work. It was an intense moment and this is when I told myself that this was what I was going to do all my life. It was clear to me from this morning on, I was 17.

Did you study after?

I went to CEGEP (college in Quebec). After I went to Concordia University. I graduated in Visual Arts with major in painting and drawing. My most influential teachers there were Robert Murray, Marion Wagschal and Irene Wittome.

Who are your most influential artists?

Francis Bacon is the most important for sure. There are some painters alive that I like too, but I stick to Bacon and Giacometti.

What were your first professional exhibitions?

I showed in Quebec city in a gay festival. I proposed a series around the theme of A Midsummer night dream. This was my first important solo exhibition. After that, I worked with a gallery in Ottawa. They liked very much my more provocative works. I showed there regularly as they organized a group show every month. So I always had new works to show. People started to notice my work, I slowly started to sale a few paintings.

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Mathieu Laca, Trophée, 2010 huile sur lin / oil on linen 79cm X 107cm

At this era, themes were much more provocative, don’t they?

Yes. It was colourful, baroque, there was an overabundance of motives. All this because when I finished school, I was a bit upset by the serious and clean style in trend. I reacted doing the opposite. It was in a certain way a visual rebellion.

 

 

 

 

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Mathieu Laca, Frank Johnston, 2011 huile sur lin / oil on linen 47cm X 36cm

 

 

 

How and why did you begin to make portraits?

I began in Ottawa, in this gallery I was talking about. There was a show on the theme: I Killed the Group of Seven. I did a portrait of each member of the group, distorting and disfiguring them a bit. There was some interest and I loved doing that. So I started to do portrait regularly. It became my major activity, the style has evolved but this is where it started from.

I know your style has evolved a lot, I also know that at a certain point you were doing portrait with the original pigments used in the era of the painter portrayed. Aren’t you doing this anymore?

No. It was for a specific series I did about old masters. I wanted to paint Rembrandt, Velasquez, Goya using the same pigments they would. This was a beautiful experience to mix colors on my palette telling me Rembrandt would get the same color, Velasquez this red, vermillion. But this was too expensive. For a little tube of 150 ml, it was easily 150$, and it comes from a mine in China: it is pure poison!

So you evolved to portraits of well-known people, compare to any people at the beginning?

I still do portraits of people around me, anonymous people. But I have many commissions for famous people. It really exploded, and I now have a waiting list for many months. Over the last 2 or 3 years, I added texture to my painting, which brought a lot of interest into my work. It is a major element allowing me to create all kind of nuances. As I paint thicker, I can after use big brushes, add icing. It seems it created all sort of nuances in the colors. Also I started to paint with more folded colors. In my beginning, colors were really bright. Now it is more shades of gray.

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Mathieu Laca, Margaret Atwood, 2018 huile sur lin / oil on linen 122cm X 107cm | photo : Guy L’Heureux

I wanted to know more about Mathieu Laca, so I used a bit of the famous Proust questionnaire

  • Your idea of happiness : I am very happy actually
  • You favorite color : cobalt turquoise deep. Did you know I have a color under my name at Kama Pigments, it is a folded orange
  • Your favorite flower : chicory flower, this little blue flower we can see on the side of highways
  • Your favorite author : Nietzsche for Thus spoke Zarathoustra
  • Your favorite poet : Rimbaud for the Illuminations
  • Your favorite painter : Francis Bacon
  • Your favorite composer : John Adams
  • Your motto : « One must still have chaos in oneself to be able to give birth to a dancing star » from Nietzsche

 

 

 

Mathieu Laca : Face to face / Face à face

Galerie Thompson Landry, 32 Distillery lane, Toronto

du 21 juillet au 12 août, vernissage le 21 juillet à 14 heures en présence de l’artiste

from July 21 to August 12, opening on July 21 at 2pm, artist attending

 

Mathieu Laca :  web      Facebook       Instagram

Thompson Landry :   web    Facebook    Instagram 

 

 

à propos de l’auteur:

Normand Babin est un pianiste professionnel, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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about the author:

Normand Babin is a professional pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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Un commentaire

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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