Génération 2018 @ Toronto

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Génération2018 en tournée

Dimanche 11 novembre, 20h,   The Music Gallery, 918 Bathurst Street, Toronto

Ensemble contemporain de Montréal | Véronique Lacroix: direction | Chloé Dominguez: violoncelle | Gabriel Dharmoo: commentateur

C’est devant une salle comble et attentive que s’est tenu dimanche le dernier concert de la tournée Génération 2018 à Toronto. Entre stress et tristesse, compositeurs et musiciens de l’Ensemble contemporain de Montréal se réunissaient donc pour une ultime fois avant que ne tombe le verdict du jury et du public de ce grand concours de composition bisannuel qu’est Génération. Et dans l’ordre du programme, voici donc ce qu’on pouvait y entendre.

Patrick Giguère : L’inévitable idéalisme

Idéaliste, Patrick Giguère l’est certes. Son œuvre L’inévitable idéalisme se veut un regard qu’on pourrait qualifier d’anxieux vers l’avant. Une poussée haletante, le compositeur parle en fait d’un mouvement perpétuel. En simplifiant grossièrement, on peut dire que des groupes d’instruments sont réunis par un rythme commun (cellules mono-rythmiques), ces groupes se juxtaposent aux autres, s’harmonisent entre eux ou s’affrontent parfois. Une rythmique presque toujours à contretemps, qui semble très difficile à exécuter, un hop qui se veut aussi un hop la vie. En voulant parler d’idéalisme, en voulant donner à entendre un monde meilleur, Patrick Giguère mettait la barre très haute et nous prouvait par le fait même son idéalisme sincère. Mais il est assez difficile de concilier les millions de façons de concevoir en quoi consiste « un monde meilleur ». Si son œuvre n’a pas obtenu une totale adhésion du public, elle aura tout de même réussi à soulever d’intéressantes questions.

James O’Callaghan : Close / Close

James O’Callaghan est un fin renard. Il arrive, avec des moyens relativement simples à nous confondre totalement quant à nos qualités d’écoute. Il s’amuse à transcrire le bruit ambiant pour un ensemble d’instrumentistes. Il utilise le bruit des villes ou de la campagne, de la rue ou de la maison. Mais il nous fait entendre en parallèle à l’exécution de ces transcriptions, avec différents degrés d’intensité et donc de traçabilité, les enregistrements de ces mêmes bruits. L’orchestre sonne comme un enregistrement synthétique alors qu’on se met soudainement à entendre des notes et des rythmes dans le simple croassement d’une corneille. Pour en rajouter une couche, la bande électro est légèrement modifiée dans sa diffusion selon l’acoustique dans laquelle la pièce est jouée. Fabuleusement prenante, intéressante du début à la fin, Close / Close est un jeu cérébral et auditif qui s’adresse à tous et à toutes. À quiconque a des oreilles: accessible dès qu’on en a compris le principe. Il faut souligner l’apport exceptionnellement dramatique amené par la soliste au violoncelle, Chloé Dominguez. Intensité de jeu, de son, réagissant à fleur de peau pendant la cadence finale à son accompagnement électronique, véritable moment de haute voltige et de haut voltage qui explose au moment où la violoncelliste transforme le son de ses cordes par une note chantée, presque hurlée avant le grand vide. On en tombe en bas de sa chaise.

Sophie Dupuis : Elles ont peint le crépuscule de noir et de blanc

Dans une œuvre dotée d’une somptueuse orchestration, la compositrice Sophie Dupuis nous emporte dans un maelstrom émotionnel. De loin l’œuvre la plus romantique de la cuvée 2018, Elles ont peint le crépuscule de noir et de blanc répond aux attentes. Sophie Dupuis assume un langage plus près de la tonalité traditionnelle que celui de la très grande majorité de ses contemporain.es. La pièce commence d’ailleurs par un accord majeur au piano, ce qui pour certain.es est presqu’un affront, un sacrilège. Sans aucun désir d’entrer dans cette querelle de clochers musico-théoriques, offrons-nous plutôt le plaisir de nous laisser emporter, cette pièce nous prend par la main et nous mène là où elle le désire. On pourrait évoquer ici une ballade. La ballade comme forme musicale comparable par exemple aux ballades de Chopin ou de Brahms. Une pièce avec non pas une histoire mais plutôt une trajectoire. On se promène, on voit des choses; et ces choses seront différentes selon l’endroit où nos pas nous portent. À chacun.e de se construire son propre film qu’on visionne intérieurement à l’écoute de l’œuvre. Dans un adroit finale, plus rythmique et aux harmonies plus dissonantes, la compositrice nous remet d’aplomb. La « rêverie », dans le sens psychanalytique du terme, est terminée, la récréation aussi. Voici donc une œuvre bien fignolée, réussie, qui gagnera à être réentendue en harmonie avec nos promenades secrètes.

Thierry Tidrow : Sucrer le bec 

L’humour en musique contemporaine n’a pas toujours bonne presse. Ce serait sans compter sur les armes de séductions secrètes que détient le compositeur Thierry Tidrow. Il arrive à nous justifier son titre de façon volontairement facétieuse. Il a d’ailleurs deux titres pour une même œuvre et il ne s’agit pas d’une traduction, mais bien de deux titres différents. Deux façons différentes de voir selon votre culture. Séducteur disais-je ? Sweet tooth ou Sucrer le bec est une suite ahurissante de clichés musicaux. On pourrait croire qu’il s’agit de milliers de citations d’œuvres classiques mixées à 144 BPM. Ça glisse, ça tombe, ça nage, ça crie, ça rebondit, bong bong, ooops on pleure par là, non ça éclate de rire, la tension monte, le rythme se multiplie par deux, par quatre, POW, bang, zap. Cartoonesque à l’extrême, voici une pièce qui joue avec les nostalgies de chacun. On y entendra autant des musiques de jeux vidéo que des petits bouts de Mahler, les courses de Road Runner et les montées d’adrénaline de DJ douche-quelque-chose. En ayant obtenu votre sourire, en ayant flatté toutes les couches de votre mémoire auditive, en ayant conforté vos goûts musicaux, mine de rien Thierry Tidrow réussira là où on s’y attendait le moins: soit à nous faire entendre une musique résolument actuelle, sans que jamais elle ne soit rébarbative à quiconque. Pari doublement réussi donc.

Au moment d’écrire ces lignes, le nom des gagnants du concours Génération 2018 n’étaient pas encore disponible. Même si, comme je l’écrivais ICI, toutes et tous sortent gagnants de cette aventure, certains en sortiront avec les grands honneurs. J’ajouterai sur cette page le noms des gagnants lorsqu’ils seront disponible.

et les gagnants sont :

Prix national du JURY Génération : Close / Close de James O’Callaghan

Prix national du PUBLIC Génération, ex-aequo:

Close / Close de James O’Callaghan et

Elles ont peint le crépuscule de noir et de blanc de Sophie Dupuis

 

 

 

 

Generation2018 : cross-Canada tour

Sunday November 11, 8pm , The Music Gallery, 918 Bathurst Street, Toronto

Ensemble contemporain de Montréal  | Véronique Lacroix: direction |Chloé Dominguez: cello | Gabriel Dharmoo: host

Full house last Sunday for the last concert of the Canadian tour of Generation 2018 in Toronto. Stressed out and sad at the same time, musicians from the Ensemble contemporain de Montréal and composers gathered for an ultimate time before the national jury and the audiences decide of who, between the four composers, will win the awards of this biennale competition. In the order of the program, here is what we could hear:

Patrick Giguère : L’inévitable idéalisme

Idealistic? Patrick Giguère certainly is. His work, L’inévitable idéalisme wants to be a look towards the future, an anxious grasp of what is beyond, a panting run. The composer described his work as a perpetual movement. To make things overly simple, this piece is made of groups of instruments moving in a similar rhythm, mono rhythmic cells. These groups run beside or together, sometimes gather. The rhythmic is almost always on up-beats and seems very difficult to perform. These up-beats act as an uplifting asset. Because he talks about idealism, because he wants to offer a better world, Patrick Giguère raises the standards pretty high, which also is a way to prove how idealistic he is. But how difficult is it to conciliate the millions of ways to consider what is “a better world”? If his work did not gain total adhesion from the audience, it has at least raised some interesting questions.

James O’Callaghan : Close / Close

James O’Callaghan is a smart guy. He succeeds with relatively simple means to totally confuse our skills in listening. He enjoys transcribing for the ensemble of instruments some sound fields. He uses ambient urban or rural noises, taken both in and outdoor. As we hear the musicians performing his transcriptions of noises, he also let us hear, with some variations in the intensity and the traceability, the recordings of those same noises. The orchestra suddenly sounds as a recording and we suddenly hear notes and rhythms in the croak of a crow. To add a layer to our confusion, the electronic soundtrack is slightly modified accordingly to the concert hall it is being played in. Fabulously poignant, interesting from beginning to end, Close / Close is a cerebral and an aural game dedicated to everyone. Approachable to anyone who has ears, as long as the basic is understood. I have to do a special mention for the exceptionally dramatic input from the soloist cellist, Chloé Dominguez. Her sound, her intensity and her highly emotional reaction to her electronic accompaniment in the final cadenza made of this piece a moment of high voltage and high wire music. The entire thing explodes at the end as the cellist switched the sound of the string to the sound of her own voice, a note sung almost screamed just before the great zero. And we just felt out of our chair.

Sophie Dupuis : Elles ont peint le crépuscule de noir et de blanc

In a sumptuously orchestrated piece, the composer Sophie Dupuis brings us into an emotional maelstrom. From far the most romantic work in the 2018 edition of Generation, Elles ont peint le crepuscule de noir et de blanc totally fills the expectations. Sophie Dupuis undertakes a language closer to traditional harmony than most of her contemporary colleagues. The piece actually begins with a major chord on the piano, which for some constitutes a sacrilege, an offense. With no desire to enter into a fight about those diverse musical sectarianisms, why not simply let us be carried by this music, which anyways takes us by the hand and transports us where it wants. One could recall here a ballad. A ballad as a musical form, comparable to ballads by Chopin and Brahms as an example. A piece without a story line but with a trajectory. We wander, we see things, and those things are different accordingly to where our steps bring us. Free to invent our own inner viewed film as we listen to the work. With a clever finale, more rhythmical with more dissonant harmonies, the composer brings us back to reality. The “reverie”, in its psychoanalytic meaning, is over, as the recess. This is a well-refined work, successful, which will be pleasantly be reheard accordingly to our secret stroll.

Thierry Tidrow : SWEET TOOTH 

Humour in the contemporary music milieu is not always well received. This would be without counting on the secret seductive weapons the composer Thierry Tidrow holds. He first succeeds in a facetious justification of the title of his piece. Or should we say its titles? Different in French and in English, he did not want to simply translate but to write two titles according to the culture it is heard in. Did I say he was a seducer? Sweet Tooth or Sucrer le bec consist of a staggering string of musical clichés. One could believe this was made of thousands of quotations of classics mixed at 144 BPM. It slides, it falls, it swims, it screams, it bounces, bong bong, ooops, it cries there, no, it is dead laughing, the tension raises, the rhythm multiplies by two, by four, POW, bang, zap. Cartoonesque to the extreme, this is a piece that plays with everyone’s nostalgias. One will hear bits of music for video games when someone else will hear leftovers by Mahler, a run of Road Runner and an adrenaline shot from any DJ Douchesomething. As he got from you a smile, as he flattered every layers of your musical memory card, as he comforted you in your musical taste, at the end of the day Thierry Tidrow succeeds where nobody expected. He succeeds in making us listening to a genuinely actual music without making it sound cumbersome to anyone.

Ended with laughter, this concert was the end of the Canadian tour of Generation 2018. I wrote these lines as the winners were not announced yet. As I was saying HERE, even though everybody wins at this event, some will come out of this with the great honors. I will add here the names of the winners as soon as they will be out.

And the winners are :

Generation National JURY Award  : Close / Close by James O’Callaghan

Generation National AUDIENCE choice Award : ex-aequo :

Close / Close by James O’Callaghan and

Elles ont peint le crépuscule de noir et de blanc by Sophie Dupuis

 

à propos de l’auteur:

Normand Babin est pianiste, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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about the author:

Normand Babin is a pianist, working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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