Louise Bessette @ Toronto

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Louise Bessette : Un piano autour du monde

présenté par Music Toronto

Salle Jane Mallett au St-Lawrence Arts Center,  27 Front Street Est, Toronto, 27 novembre 2018, 20 heures

John Adams : China Gates (Chine)
Qigang Chen : Instants d’un opéra de Pékin (Chine, Pékin)

Percy Grainger : Colonial Song  (Australie)
Charles Ives: Sonate no. 2 “Concord, Mass., 1840-1860” (USA, Concord, Massachusetts)
III- The Alcotts
Maurice Dela : La vieille capitale (Canada, Québec)
I- Prélude – Veille sous la porte Saint-Jean
II- Chanson – Ballade des petites rues
III- Divertissement – Danse sur la terrasse

Wim Statius Muller : Valse “Avila Beach” (Curaçao)
Heitor Villa-Lobos : Bachianas Brasilieras no. 4 – Suite  (Brésil)
I- Preludio

Jeffrey Ryan : Mirari (Les sept merveilles du monde)

Michael Blake : 38ª Hill Street Blues (Grahamstown, Afrique du Sud)
Claude Debussy : Estampes (Espagne, Granada)
II- La soirée dans Grenade

Christophe Moyreau : La Canadienne (Canada)
Philippe Hersant: Le carillon d’Orléans – d’après les Cloches d’Orléans de Christophe Moyreau (1753) (France, Orléans)

Franz Liszt: Ave Maria “Les cloches de Rome” (Italie, Rome)
Modest Moussorgsky: Les tableaux d’une exposition X- La grande porte de Kiev (Kiev)

Il était un peu surprenant de voir une salle très peu remplie pour accueillir la pianiste Louise Bessette à Toronto. Depuis plus de 30 ans maintenant, Louise Bessette est la pianiste préférée des compositeurs vivants. Elle reçoit chaque année des dizaines de partitions, elle commande aussi certaines œuvres, elle représente donc une source presque infinie de nouveautés et de découvertes musicales. Son immense répertoire couvre toutes les périodes historiques de la musique mais avec un accent marqué pour tout ce qui s’est écrit depuis 1950. D’ailleurs, le programme du concert Un piano autour du monde reflétait parfaitement cette préférence.

Il y a deux types de musique qui invite au voyage: la musique d’évocation comme La soirée dans Grenade de Debussy qui nous offre une vision fantasmée de l’Espagne ; et la musique basée ou inspiré par le folklore, les rythmes, les instruments locaux. Divisé en petits segments, le programme fait se côtoyer les pays non pas par proximité géographique mais plutôt par parenté musicale. Ainsi, à prime abord le couplage d’œuvres venant d’Australie, de la ville de Concord au Massachusetts et de la ville de Québec peut faire sourciller, c’est faute d’avoir entendu la musique. L’un des plus beau moment de ce concert a justement été le passage du très sirupeux Colonial Song de l’australien Percy Grainger vers The Alcotts extrait de la sonate Concord de Charles Ives qui a lui aussi de fort relents folkloriques, sonnant comme une vieille chanson écoutée sur un gramophone, pour ensuite voir le ciel se dégager et le discours se clarifier sous les franches mélodies de Maurice Dela. La musique de Dela, ici un portrait de la ville de Québec, est à la limite populaire, presque une chanson encore une fois, mais avec des harmonies plus sèches que dans les deux pièces précédentes, un son plus limpide très près de Fauré.

Louise Bessette aurait pu se cantonner dans un répertoire plus consensuel. Mais elle est avide de découvertes et de nouveauté, et c’est pourquoi presque l’entièreté du programme était inconnu du public. Impossible de résister au charme doux et chaloupé de la valse de Wim Statius Muller. Surnommé le Chopin de Curaçao, il écrit une musique aux forts relents folkloriques, avec un rythme antillais et une mélodie qui oui, pourrait très bien s’apparenter à du Chopin. On entend bien dans l’interprétation qu’en donne Louise Bessette un amour des rythmes sud-américain, la pianiste ne nous a-t-elle pas donné dans le passé de brulantes interprétations de tangos. Plus subtile et exigeante qu’on ne pourrait l’imaginer, la Valse Avila Beach devrait figurer au programme de pianistes plus régulièrement. Très exigeante également, le 38a Hill Street Blues de Michael Blake a très peu à voir avec le blues et nous fait entendre des rythmes africains qu’on aurait pas cru possible de recréer au piano. Quoiqu’il ait fait une partie de sa formation en Europe, Michael Blake s’est immergé dans la musique africaine, s’intéressant aux rythmes et aux instruments traditionnels. C’est ce qui a nourrit la riche musique qu’il écrit. La pianiste obtient du piano un son tout à fait différent, le rythme définit à la fois la structure du texte musical et le type de son, plus creux comme si tout à coup les marteaux ne frappaient plus des cordes mais des pièces de bois. Comme le Debussy suivait, on ne pouvait avoir plus grand, mais toujours subtil, contraste de sonorités. On aurait cru qu’il y avait plusieurs pianos dispersés dans la salle, tellement les divers plans sonores étaient bien rendus. Entourée de ce répertoire contemporain, cette Estampe semblait tout à coup beaucoup plus actuelle. Comme si la musique de Debussy découlait de ce que nous entendions alors qu’il s’agit plutôt du contraire.

Comme toujours, Louise Bessette est la musicienne attentive et raffinée qui porte cette musique à bout de bras. L’audace et la curiosité l’emportent toujours dans le choix de ce qu’elle interprète. Nous avons entendu celle qui comprend tout du discours musical, et c’est probablement pour cela que tant de compositeurs aiment travailler avec cette artiste. L’équilibre et l’amplitude extrême des sonorités, les phrasés brillants étaient remarquables. Une salle trop clairsemée, un public pas toujours à l’aise avec ce répertoire ont probablement tempéré les ardeurs de la pianiste qu’on a déjà entendu plus fougueuse. Que le faible achalandage ne rende pas Music TORONTO frileux, nous avons tous besoin d’entendre plus régulièrement ce type de concert. N’est-ce pas là l’avenir de la musique de concert?

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Louise Bessette

Louise Bessette : Piano Around the World

presented by Music Toronto

Jane Mallett Hall at St-Lawrence Arts Center, 27 Front Street East, Toronto, November 27, 2018, 8pm.

John Adams : China Gates (China)
Qigang Chen : Instants d’un opéra de Pékin (China, Beijing)

Percy Grainger : Colonial Song  (Australia)
Charles Ives: Sonate no. 2 “Concord, Mass., 1840-1860” (United States, Concord, Massachusetts)
III- The Alcotts
Maurice Dela : La vieille capitale (Canada, Quebec city)
I- Prélude – Veille sous la porte Saint-Jean
II- Chanson – Ballade des petites rues
III- Divertissement – Danse sur la terrasse

Wim Statius Muller : Valse “Avila Beach” (Netherlands Antilles, Curaçao)
Heitor Villa-Lobos : Bachianas Brasilieras no. 4 – Suite  (Brazil)
I- Preludio

Jeffrey Ryan : Mirari (Seven Wonders)

Michael Blake : 38ª Hill Street Blues (Grahamstown, South Africa)
Claude Debussy : Estampes (Spain, Granada)
II- La soirée dans Grenade

Christophe Moyreau : La Canadienne (Canada)
Philippe Hersant: Le carillon d’Orléans – d’après les Cloches d’Orléans de Christophe Moyreau (1753) (France, Orléans)

Franz Liszt: Ave Maria “The Bells of Rome” (Italia, Roma)
Modest Moussorgsky: Pictures at an Exhibition X- The Bohatyr Gate of Kiev (Kiev)

It was a bit surprising to witness a far from full house to welcome the pianist Louise Bessette in Toronto. For over 30 years, Louise Bessette probably is the favourite pianist of every living composer. Every year she receives music scores, she also commissions some pieces, so by herself she is an incredible source of innovation and discovery. Her large repertoire reaches all historic periods of music with a strong accent given to music written after 1950, and the program of this last Tuesday concert, Piano Around the World, confirmed perfectly this preference.

There are two types of music to make you travel: the evocative music as La soirée dans Grenade by Debussy offering a fantasized vision of Spain, and the music based or inspired by the folklore, the rhythms and the instruments from where it is written. Divided in small sets, the program have countries mingle together not because of their geographic proximities but because their musical parenthood. If at a first glance having in the same set music from Australia, from Concord, Massachusetts and from Québec city altogether might have raised some questions, this was only until one heard the music. It actually was one of the most beautiful pairing in this program: the transition from the very schmaltzy Colonial Song by the Australian Percy Grainger towards the also folk but less syrupy The Alcotts extract from the Concord Sonata by Charles Ives which sounds like an old song listened on an old gramophone, to finally see the sky opening under the frank melodies of Maurice Dela. The music by Dela, here a portrait of Québec city, is almost popular, almost a song once again but with dryer harmonies than those heard in the latter two pieces, giving a sound very close to Fauré.

Louise Bessette could have chosen a more consensual repertoire. But she is craving for discoveries and novelties so it ended up that most of the program was totally unknown to the audience. It was absolutely impossible to resist to the swaying and soft charms of the waltz by Wim Statius Muller. The composer also known as the Curacao’s Chopin creates music with strong folkloric recalls, with Caribbean rhythms and yes, the melody is quite close to what Chopin could have written. We could hear in the performance a true love for South-American rhythms, and after all, we can remember the pianist gave us some smoking hot performances of tangos through the last few years. Much more subtle and difficult than it seems, the Valse Avila Beach should have a better spot in pianist’s repertoire. Very difficult also, the 38a Hill Street Blues by Michael Blake has little to do with blues but have us hearing African rhythms that no one could possibly think playing on a piano. This is what enriches the music of this South-African composer. Even though he made parts of his training in Europe, Michael Blake immersed himself in African music, mostly interested by the rhythms and the traditional instruments. The pianist gets here a different sound from the piano, the rhythm defines both the structure and the sound of the piece, and the piano sounds a bit as if the hammers where hitting pieces of wood instead of strings. The Debussy was following and there couldn’t be a more significant contrast in sonorities. As she played La soirée dans Grenade the multiple plans of sonority created a moment when it was as if there were many pianos all around the audience. Surrounded by contemporary compositions, this Estampe seems much more actual, as if Debussy’s music came from what we heard before when it is the exact opposite.

As always, Louise Bessette is this attentive and refined musician who hold this music as if her life depends on it. The audacity and the curiosity always win in curating her program. We have heard the pianist who truly understands what she plays, which probably is the reason why so many composers adore her. The balance and the extreme range of sonorities and the brilliant phrasing were remarkable. A sparse audience, maybe not always comfortable with this type of repertoire may have tempered the ardour of the pianist. We have heard more fiery. May the slow tickets sale not scares Music TORONTO, we need to hear more regularly this type of recitals. Isn’t it the future of concert music?

about the author:

Normand Babin is a pianist working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author. 

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à propos de l’auteur:

Normand Babin est pianiste, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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