Montréal hop 2

Manuel Bisson : L’ombre des choses

Galerie Bernard, 3926, rue Saint-Denis, Montréal   14.02.19 – 23.03.19

Manuel Bisson, L’ombre des choses, 2019 acrylic sur toile / acrylic on canvas

L’insaisissable Manuel Bisson présente un groupe d’œuvres nouvelles à la Galerie Bernard. L’artiste qui a beaucoup donné dans la performance dans le passé s’adonne désormais à la peinture, abstraite mais non sans concept. Des fonds flous, probablement peints à l’aérosol, des coupures hard-edge, faits avec des caches ou des pochoirs, donnent à voir des cieux, des paradis parfois spoliés par l’apparition de triangles mystérieux, mystiques peut-être, de quelques fantômes noirs, des coulisses, de petits espaces peints de couleurs contrastantes. Un terrain accidenté, une pente vers la désillusion. Il ne reste plus que l’ombre de ce qui a été, le passé fané rend son souffle laborieux.

On connaissait déjà le travail de Manuel Bisson. Avec les années cet artiste se raffine, apporte un soin méticuleux à la confection des formes et des finis contrastants et confirme à chaque nouvelle œuvre une signature désormais parfaitement reconnaissable. La vague et étrange proposition nous téléporte dans un monde parallèle, peut-être sous influence, un monde où le bleu du ciel côtoie le noir profond des jours pas bons.

Manuel Bisson, L’ombre des choses, 2019 acrylique sur toile / acrylic on canvas

The elusive Manuel Bisson is presenting a group of new works and the Galerie Bernard. The artist who did a lot of performance art in the past now dedicates himself entirely to painting, abstract but not less conceptual. Blurred backgrounds, probably done with spray paint, hard-edge cuts realized with cache or stencil, offers to our sight some skies, spoiled paradises by the appearance of mysterious and maybe mystic triangles, a few dark black ghosts, dripping drops, small spaces painted in contrasting colors. A rugged ground, a slow slope to disenchantment. Here is merely the shadow of what was, the flaccid past executes its laborious breath.

We already knew the work of Manuel Bisson. With years this artist gets more and more refined, he gives a meticulous attention in the confection of his forms, his contrasting finishes and every new work confirms his unique signature henceforth easily recognizable. The vague and strange world proposed teleports us into a parallel universe, maybe under influence, a world where the blue of the sky mixes with the deep blackness of the not good days.

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Kent Monkman : La maison de fous

Pierre-François Ouellette Art Contemporain, 963, rue Rachel Est, Montréal    14.03.19 – 27.04.19

Kent Monkman, Three Women in a Courtyard, 2018 acrylique sur toile / acrylic on canvas

Au même moment où on peut voir l’excellente exposition Honte et préjudices de Kent Monkman au Musée McCord, une exposition qui a connue un franc succès ailleurs au Canada, notamment au musée de l’Université de Toronto ; l’artiste d’ascendance crie présente une série de nouvelles œuvres à la galerie Pierre-François Ouellette Art Contemporain à Montréal. Délaissant momentanément les formats qui ne peuvent convenir qu’aux musées, il offre ici une série d’allégories peintes, allégories dans le sens où on l’entendait au XVIIIe siècle soit des représentations métaphoriques de faits et ou d’idées. Ici, les allégories sont d’une angélique violence, ce qui n’est en rien allègre. Les putti survolent des scènes d’arrestation qu’on devine abusives et qui témoignent des violences infligées aux peuples indigènes. Les occidentaux, stéréotypés, prennent le rôle des méchants. Si la technique, qu’on qualifierait d’hyper-réalisme est forte, c’est toutefois le message qui occupe toute l’espace. Le discours de Monkman résonne de mieux en mieux aux oreilles et aux yeux des colonisateurs que nous sommes malgré nous (ou non), ce discours dénonce le racisme et les torts subis. La courte vidéo présentée dans la petite salle noire de la galerie parodie à la fois une publicité gouvernementale et une publicité de produit de luxe, un message qui résume assez bien en 45 secondes tout son propos.

Le vernissage était en soi un événement de réconciliation et de reconnaissance. On y avait réunis des collectionneurs importants, des artistes, des amateurs d’art et aussi un nombre important de jeunes autochtones qui semblaient vivre un moment émouvant dans le long chemin vers la reconnaissance de leur culture. Mais Kent Monkman est une star, et peu parmi ces derniers.es ont osé l’approcher.

Kent Monkman, Love Conquers All, 2017 feuille d’or sur bouleau et giclée archive montée sur acrylique / gold leaf on birch and archival giclée face mounted to acrylic

At the same moment the Kent Monkman’s exhibition Shame and Prejudice can be seen at McCord Museum, an excellent show presented successfully all around Canada, notably at the Art Museum of the University of Toronto; the Cree artist introduces us to a series of new works at his Montreal’s gallery Pierre-François Ouellette Art Contemporain. Momentarily neglecting formats that can be sold exclusively to museums, he offers here a group of painted allegories, allegories being understood as it was in the XVIII century, a metaphoric representation of facts and ideas. Here, these allegories show some angelic violence, which are everything but happy. The putti fly over what we can easily guess is abusive arrest scenes and witness the systemic violence inflicted towards the indigenous peoples. The Occidentals, quite stereotyped, take the role of villains. If the technique, which could be qualified of hyperrealism, is pretty strong, the message fills the entire space. Kent Monkman’s rhetoric sounds more and more clearly to the ears and the eyes of the colonizers we are, despite our will or not, the artist criticizes the racism and the harm suffered. A short video that can be seen in the small dark room in the gallery shows a parody of some kind of governmental publicity mixed with some luxury product add; the message summarizes quite well in 45 seconds his statements.

The opening was by itself an event of reconciliation and recognition. It gathered important art collectors, artists, art lovers and a certain number of young members of the indigenous community who seemed to live a moving episode in the long road to the recognition of their culture. But Kent Monkman is a star and is impressing, so few of those young dared approaching him.

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Spirituals

Charles Gaines | William Kentridge | Ibrahim Mahama | Robin Rhodes

Galerie Catalogue, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, suite 516, Montréal     09.02.19 – 06.04.19

Charles Gaines, Librettos: Manuel de Falle/Stokely Carmichael, 2015 impression d’Encre sur plexyglas, inkjet print on plexyglass photo : Guy L’Heureux

La galerie Catalogue n’est pas une galerie comme les autres. Il s’agit ici plutôt d’un centre d’exposition, d’un cadeau offert aux montréalais par le mécène et protecteur des arts qu’est Pierre Bourgie. Il pige dans sa vaste collection et offre des expositions de haut vol. En ce moment on y voit donc des œuvres d’artistes africains, probablement montrées pour la première fois à Montréal sinon au Canada. Toutes parlent d’une même voix d’un lourd passé esclavagiste et abusif. L’immense pièce qui nous submerge dès l’entrée est une sorte de bâche fabriquée avec des toiles de jute ayant d’abord servi au transport de matières premières telles le charbon ou le cacao, cousues ensemble par des migrants. L’artiste ghanéen Ibrahim Mahama les installent normalement devant des immeubles ou dans l’espace public. Trop haute pour la salle d’exposition, la toile traine par terre, occupe une place excessive en transmettant son message public vers l’espace traditionnel d’exposition avec pertinence.

Touchante, cette partition de La Vida Breve de Manuel de Falla doublée d’un texte de Stokely Carmichael datant de 1971 qu’on lit en filigrane, From Black Power to Pan-Africanism. L’esthétisme de l’objet d’art nous fait en rien oublier la troublante relation qu’entretient l’occident avec la culture africaine. Également musicale, l’œuvre de William Kentbridge, Singer Choir/Chorus, est constituée de six machines à coudre Singer doublées d’un cornet qui, lorsqu’on active la manivelle, deviennent des haut-parleurs transmettant des chants d’esclaves des champs de coton. L’intriguant objet témoigne d’un lourd passé et offre plusieurs niveaux de lecture. Enfin plus poétique, les pièces de Robin Rhodes évoquent le passage du temps de façon métaphorique avec les différentes phases de la lune, par le dessin d’un plan géométrique dont les cases se remplissent petit à petit, offrant une perspective nouvelle sur l’avenir de la jeunesse africaine.

Cette exposition pourrait bien être la meilleure des réponses aux multiples controverses entourant l’appropriation culturelle. Puisque ces œuvres existent déjà, plutôt que de tenter de les reproduire de façon plus ou moins adroite, pourquoi ne pas nous les montrer, nous aider à les comprendre, les appréhender avec ouverture. Une grande sérénité se dégage de ces œuvres matures et réfléchies. L’histoire de l’art reste encore à être écrite et de la production actuelle, nul ne peut prévoir ce qui en sera retenu…

William Kentridge, Untitled (Singer Choir/Chorus) 2013 bois, acier, aluminium et objets trouvés / wood, steel, aluminium and found objects Derrière/Back : Ibrahim Maham, Gemtu Boxe, 2016 cuir, sacs de charbon / leather, charcoal bags PHOTO : Guy L’Heureux

The Catalogue gallery is unique. It is a space for exhibitions, a gift offered to the population of Montreal by the philanthropist and patron of the arts Pierre Bourgie. He picks into his own art collection and presents world-class exhibitions. This spring we can see at Catalogue works by African artists, works probably shown for the first time in Montreal, maybe in Canada. These works open the conversation about a heavy history of slavery and abuse. The huge piece that overwhelms as soon as we enter the gallery is some kind of a tarp made of jute canvases first used to carry charcoal or cocoa that were sewn together by migrants. The Ghanaian artist Ibrahim Mahama installs them in front of buildings or in public spaces. Much too high for the ceiling of the gallery, the toile spreads partly on the floor, occupy too much space so it efficiently carries its message from the public space to the traditional exhibition walls.

Moving: the music score of La Vida Breve by Manuel de Falla doubled with a text by Stokely Carmicheal from 1971, From Black Power to Pan-Africanism, that literally can be read through the staffs. The beauty of the art object does not let us forget the twisted relationship the Occidentals have with African culture. Also a musical piece, the work of William Kentbridge, Singer Choir/Chorus, is made of six Singer’s sewing machines on which horns were added and, when the crank is activated, become speakers from which we hear songs from the slaves in the cotton fields. The puzzling object witnesses of a heavy past and offers many layers of understanding. In a more poetic manner, Robin Rhodes evokes the passage if the time metaphorically with the phases of the moon or the slow progression of the drawings of a geometrical set. He presents some new perspectives on the younger generation of African.

This exhibition could be the best answer to the multiple controversies around cultural appropriation. Considering these works do exist, instead of a more or less accurate attempt to reproduce them, why not just show them, help us to understand, to welcome this art with more opening. A strong feeling of serenity comes from those mature and well-thought artworks. Art history still has to be written, and from the actual production, nobody can predict what will be remembered…

Robin Rhodes, Under the Sun, 2017 C-Print PHOTO : Guy L’Heureux

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« […] le voile de l’illusion […] »     « […] the veil of deception […] »

Simon Belleau | Adam Bergeron | Mathieu Cardin | Philippe Harvey | Christian Messier | Mélanie Myers | Leslie Reid | Dominique Sirois | Anna Torma | Laurence Veri  |  commissaire / curator :  Jean-Michel Quirion

Galerie Laroche/Joncas, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, suite 410    02.03.19 – 30.03.19

Gauche/Left : Mathieu Cardin, Sans titre (untitled) 2019 matériaux divers / mixed mediums Droite/Right : Leslie Reid, Resolute II 1948-08-28; 2013-08-15, gravure sur papier Hahnemuhle / etch on Hahnemuhle paper

Jeunesse et fraîcheur : voilà qui pourrait résumer à première vue cette exposition de groupe. Leslie Reid a un peu plus de 70 ans, qu’à cela ne tienne, ses préoccupations sont trop actuelles pour être ignorées. Elle présente une double photo où on voit l’évolution, ou plutôt la dévolution, la détérioration des sols du grand nord canadien, une première photo prise par son père il y a plusieurs décennies et l’autre prise lors d’une récente résidence artistique auprès de l’armée canadienne. Eh oui, cela se peut.

Leslie Reid est ici entouré d’artistes engagéEs de toutes générations. Elles et ils nous montrent des fausses roches (Mathieu Cardin), de faux cieux faisant tourner de faux nuages (Simon Belleau), de faux déchets électroniques en céramique (Dominique Sirois), et tutti quanti. Pourquoi tout ce qui brille n’est pas or ? Pourquoi doit-on aujourd’hui recréer ce qui existe déjà en trop grande quantité ? Le voile de l’illusion, pèse comme une chape de plomb, tombe. L’illusion s’évapore et on ressort de cette exposition de fin du monde avec l’impression qu’au fond, les illusionnistes ne sont pas ceux qu’on croit, que les artistes ne seront jamais -espérons le- les égaux de ces grands manitous de la surproduction, ces géants manipulateurs de nos consciences.

L’illusion de la jeunesse serait-elle la plus galvaudée des illusion ? En fait, la jeunesse ne tient pas à un nombre d’années mais bien aux préoccupations et aux passions qui l’animent. Donc, toutes et tous ici sont forcément jeunes.

Dominique Sirois, Sous verre sous terre V, 2018, matériaux divers / mixed mediums

Youth and newness: voilà what may seem to describe at first sight this group show. Leslie Reid is a bit more than 70 years young, nevertheless her worries are much too actual to be ignored. She offers a double photograph where we see the evolution, or more likely the devolution of grounds in the northern territories of Canada. A first photograph shot by her father many decades ago is paired with a photograph she did a few years ago during an artist residency with the Canadian Forces. Yes, such a thing exists.

Committed artists from all generations surround Leslie Reid. They show us fake stones (Mathieu Cardin), fake skies blowing fake clouds (Simon Belleau), fake electronic waste made of ceramics (Dominique Sirois), and so on. Why all that glitters is not gold? Why should we re-create what already exist in too large quantity? The veil of deception weights as a lead blanket, it falls, the illusion evaporates and we leave this exhibition of the end of the World with the feeling that finally, the best illusionists are not necessarily the artists. See how these artists try to compare -hopefully- unsuccessfully with these gurus of mass production, giant manipulators of our conscience.

Youth might be the most overused of the illusions. If in fact, youth is much less a number of years than a number of concerns and passions, we will have to admit here that all these artists must be quite young

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