Manif d’Art 9 – La biennale de Québec

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Manif d’Art 9 – La biennale de Québec

du 16 février au 21 avril 2019

site de la biennale

Alors qu’à Montréal on désespère d’y revoir un jour sa biennale perdue d’art contemporain, alors que Toronto est dans l’expectative de la première édition de sa propre biennale cet automne, il y en a une à Québec qui en est à sa neuvième édition et qui montre par la grande qualité des œuvres présentées une vitalité hors du commun. La Manif d’art met la ville de Québec sur la liste des lieux incontournables de l’art contemporain. Il semble que ce soit la seule biennale qui se tienne sous la neige, et de la neige il y en avait lors de ma visite. On pourrait croire que les présentations soient assoupies, assagies, répondant à la tentation de l’hibernation que partout ailleurs qu’à Québec on succomberait sous de telles températures. Il n’en est rien, la Manif, son nom le dit, est une prise de position, elle affiche sa nouveauté dans l’impudeur des gens sans peur et sans reproche.

Le centre nerveux de l’événement est au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), dans le nouveau pavillon Pierre-Lassonde. Mais, l’événement se répand partout en ville avec des expositions solos dans les nombreux centres d’artistes du complexe Méduse, à la Chambre Blanche, mais aussi à la villa Bagatelle, dans la Maison de la littérature, dans diverses bibliothèques municipales et autres. Enfin il y a un certain nombre d’installations en plein air, situées dans le Vieux-Québec et aux alentours.

Le thème Si petits entre les étoiles – Si grands contre le ciel, * nous confronte à l’immensité du cosmos, mais aussi au pouvoir que nous avons sur (contre) notre planète. Les réflexions tant des artistes que des commissaires portent principalement sur les façons de vivre notre époque actuelle en fonction des changements climatiques qui vont également affecter notre façon de vivre dans un avenir trop proche, qu’on le veuille on non. C’est donc sans surprise qu’on voit dans les multiples expositions un fort appui scientifique aux œuvres et aux artistes présentés. Ici la science cautionne et génère à la fois leur pratique et leur travail. Si certaines explications des œuvres demandent parfois une seconde lecture, les descriptions du travail et des expériences scientifiques étant peut-être un peu hermétique au commun des mortels, il ne suffit souvent que d’observer les œuvres, les installations pour comprendre, ressentir le message qui y est accolé.

Le musicien que je suis a adoré la Solar Symphony 10 de Haroon Mirza, une installation qui converti l’absorbation des photons lumineux en transmission électronique. L’éclairage artificiel projeté sur un panneau solaire se transforme en sons électroacoustiques et en lumières dont les variantes peuvent aller du noir à l’éblouissement complet. Ce sont d’ailleurs les installations complexes qui séduisent le plus dans l’exposition au MNBAQ. Le travail de Tomàs Saraceno est tout autant fascinant. Il crée une radio émettrice AM qui n’utilise aucune énergie électrique, le tout fonctionnant par énergie magnétique. On peut également voir une projection vidéo en direct qui nous donne à entendre les sons produits par les météorites entrant en contact avec l’ionosphère (une des couches de l’atmosphère) captés par une antenne sur le toit du Palais de Tokyo à Paris. Le résultat est un toile abstraite en mouvement perpétuel avec un son étrange venu d’ailleurs.

Meryl McMaster, Wingeds Calling, 2012 Épreuve numérique imprimée au jet d’encre / Inkjet digital print PHOTO : N.B.

Il y a bien entendu des œuvres plus traditionnelles. Des sculptures de l‘artiste Manasie Akpaliapik du Nunavut faites à partir de fragments organiques (os de baleine, ivoire, bois de caribou, etc.) évoquent avec passion le chamanisme, l’ordre spirituel face à l’immensité des lieux et des cieux. Les xylogravures de Christiane Baumgartner sont envoûtantes, la xylogravure est une technique ancienne d’impression à partir d’immenses matrices de bois gravé. On peut d’ailleurs voir d’autres œuvres de l’artiste allemande chez Engramme. Meryl McMaster, artiste d’ascendance crie et européenne, joue avec les codes en portant des costumes qu’elle confectionne. Ainsi transformée elle se photographie en pleine nature. Ses œuvres se retrouvent également à l’extérieur du musée sur la Place d’Youville. On ne peut passé sous silence un rare apparition du travail de Vija Celmins, artiste hyperréaliste donnant à voir ici un poétique ciel étoilé qui fera également l’affiche de la biennale. On voudrait s’y laisser emporter, contempler  pour l’éternité. Vija Celmins fera par ailleurs l’objet d’une exposition solo au Art Gallery of Ontario (AGO) en mai prochain.

On voudrait parler de toutes et de tous. Il faut assurément prévoir quelques jours pour avoir la chance de voir la Manif d’Art 9 dans son ensemble. La ville de Québec étonne une fois de plus. On y retrouve sans conteste un musée à la fine pointe de la muséologie, le Musée national des beaux-arts du Québec, et jusqu’à preuve du contraire, la plus importante biennale d’art contemporain au pays.

* Le titre provient de la chanson : Stories of the Street, 1993 de Leonard Cohen

Vija Celmins, Untitled (Large Night Sky) 2016 Mezzotinte sur papier, 3/40 / mezzotinto on paper 3/40

Manif d’Art 9 – The Quebec City Biennial

from February 16 to April 21, 2019

wed site of the biennial


As Montreal is longing to see the return of a lost contemporary art biennial, as Toronto is expecting its first one for September, there is an art biennial in Quebec City celebrating its ninth edition going strong, showing an incredible vitality through the quality of the artworks shown. The Manif d’art puts Quebec City on the list of the unavoidable places to visit for contemporary arts. It seems to be the only biennial under the snow, and there was tons of it when I visited. Anywhere else in the World, the temptation to hibernate under this type of weather would go strong and bring quieter and calmer presentations. Not the case here. The name of the biennial, “Manif”, refers to an abbreviation for the word “manifestation” meaning both a protest and an appearance. So it is an opinionated exhibition, showing out and loud its newness.

The corps of the event is held at the Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) in its new extension, the pavilion Pierre-Lassonde. Then, the event spreads all around town with solo exhibitions in the different artist’s center of the Complexe Méduse, or the Chambre Blanche, but also at Villa Bagatelle, at the Maison de la littérature, some municipal library and others. Finally a number of pieces are installed outside, mostly in the old part of the city.

The theme, Small Between the Stars, Large Against the Sky*, faces us towards the vastness of the cosmos, but also towards the infinite power we have on (or against) our planet. Curators and artists mainly reflected of how living through this difficult era we are in, due to climate changes, which in a much too near future will affect our way of life, like it or not. It is then no surprise that many artworks exhibited show a strong scientific influence, science acting both as a justification and a creative impulse. If sometimes the explanations besides the art need a second read, scientific language sometimes being hermetic, most of the time the works just need to be looked at, to be felt in order to understand the message behind.

As a musician I particularly loved Solar Symphony 10 by Haroon Mirza. In this installation, the artist transforms the photon absorption of light into electronic transmissions. The artificial light project on solar panels transforms into electroacoustic sounds and into lights that can vary from dark to total blast. The complex installations are probably the best part of this exhibition. The work of Tomàs Saraceno is particularly fascinating. He creates an AM radio transistor without any electric energy, using instead magnetic energy. He also show a video projection in direct which let us hear the sounds of meteorites entering the ionosphere (a layer of the atmosphere) as caught by an antenna on the roof of the Palais de Tokyo in Paris. The result is a perpetually moving abstract image coupled with a come from another world strange sound.

Christiane Baumgartner, The Wave, 2017, Phoenix, 2018 xylogravure PHOTO : MNBAQ, Idra Labrie

There are of course more traditional art works. Some sculptures from the Nunavut artist Manasie Akpaliapik made of organic moieties (whale bones, ivory, caribou antlers, etc.) evokes with passion shamanism, spirituality face to the vastness of the skies. The xylogravures by Christiane Baumgartner are simply enchanting. This ancient technique of printing from carved woodblock is at the opposite of all the other artists presenting here. More of the German artist’s work can be seen at Engramme in the Complexe Méduse. Meryl McMaster who has both Cree and European roots play with codes, make and wear costumes to photograph her transformed self in nature. A series of her photographs can also be seen outside the museum on Place d’Youville. Finally, it is absolutely impossible not to mention the rare appearance of a piece by Vija Celmins, hyperrealist artist who show here a poetic view of a starry sky, a print that was also used for the poster of the biennale. To know more her work, you will have to go to the Art Gallery of Ontario (AGO) where she is having a solo show in May.

There is so much more to say about this fantastic event. You have to plan a few days to have time to see everything. Once again, Quebec City creates the surprise. One can find there, without any doubt the edgiest museology at the Musée national des beaux-arts du Québec, and still, until proof the contrary, the best and most important contemporary art biennial in this country.

* Title is from the song Stories of the Street, 1993, by Leonard Cohen

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À propos de l’auteur :

Normand Babin est pianiste, il vit et travaille à Toronto depuis 2014 et il écrit sur les arts depuis plusieurs années. À Montréal il écrivait pour son blog montrealistement, la Scena Musicale, La recrue du mois et autres, il a lancé en avril 2018 neomemoire où il agit à titre d’éditeur et d’auteur. 

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about the author :

Normand Babin is a pianist working and living in Toronto since 2014, he also writes about arts for many years. In Montréal he was writing for his blog montréalistement, la Scena Musicale, La Recrue du Mois and others, he launched neomemoire in April 2018 where he is chief editor and author.

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