Symon Henry : voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire

Symon Henry : voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire (l’un.e sans l’autre)

Ensemble Supermusique, direction: Danielle Palardy Roger

Joane Hétu: saxophone alto, objets | Jean Derome: saxophone alto, flûtes, objets | Lori Freedman, clarinettes | Scott Thompson, trombone | Guido Del Fabbro, violon | Pierre-Yves Martel, viole de gambe, cithare | Alexandre St-Onge, basse électrique | Isaiah Ceccarelli, percussions | Guillaume Dostaler, piano | Rémy Bélanger de Beauport, violoncelle

Productions DAME, Ambiances magnétiques AM251

La pièce voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire de Symon Henry a déjà une vie. Créée pour l’ouverture du Pavillon Lassonde du Musée des Beaux-Arts du Québec par l’orchestre symphonique de Québec, c’est dans un arrangement de Danielle Palardy Roger pour l’Ensemble Supermusique qu’elle a été enregistrée fin 2018. La musique de Symon Henry a ceci de particulier qu’elle est à demi improvisée, ses partitions étant dessinées plutôt qu’écrites en notation traditionnelle. Les courbes, les montées, les descentes définissent le mouvement mélodique alors que la densité des traits et les couleurs définissent l’orchestration et les volumes sonores. La part des musiciens qui jouent cette musique est donc immense dans l’interprétation qui en est faite. Mais les personnes qui écoutent ont aussi leur voix dans l’interprétation de cette musique. Symon Henry écrit cette musique comme une poésie, laissant place aux diverses façons de la comprendre. Aussi, pour rendre compte de l’écoute que j’en aurai fait, il faudra accepter que cette interprétation en soit une parmi des milliers.

La pièce comporte six parties qui s’enchaînent sans interruption. voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire commence avec de Grandes horizontales et nuages d’étoiles. On devine donc que ces lignes droites ne se toucheront pas, que les lignes, aussi intranquilles soient-elles, ne se rencontrent pas. Cette prémisse est donc assez contemplative et extatique et exprime l’impossible connection, l’impossible communication. Les rencontres commencent à la deuxième partie. Les lignes droites, des sons filés en quelques sortes, sont superposées à un fond de cliquetis des cordes et du piano. Un solo de violoncelle, repris par le saxophone montre une plus grande tension dramatique, ce que donnent parfois les rencontres et les séparations qui s’ensuivent. Ce mouvement se termine sur des chants d’animaux qui semblent souffrir, à bout de souffle. Avec une transition au violoncelle —décidément, Rémy Bélanger de Beauport a la part belle dans cet enregistrement— la troisième partie, Entrelacs et épuration, voit le violoncelle et le piano poser les jalons de ce qui suivra. Après un arrêt dans le flux, les sons se font plus courts, plus dispersés. Ce qui mène à la presque mort du long souffle qui menait la pièce depuis le début. La quatrième partie, Accords et impulsions, va être le catalyseur du reste de la longue pièce. Le piano mène avec un fort pointillisme vers Les nues. —Ici on s’arrête pour définir ce que sont les nues, mot qu’on utilise surtout dans des expressions toutes faites: tomber des nues, porter aux nues. Mais que sont les nues? Le ciel, nuageux ou non, les nuages— Sur un rythme presque dansant avec moult tapotements se superposent de grandes descentes en glissandos, des montées en fusée, des climax exacerbés à l’image de coïts extatiques. Ici, c’est le grand tremblement de terre, là où tout se joue. Ça se termine sur un plateau, très haut dont les cordes et les bois ne descendront pas jusqu’à la fin de la dernière section, Résonances. Encore une fois, nous avons ici de grandes horizontales. Le piano, les percussions et le violoncelle sont dans le grave de leur registre respectif. Le tout se termine sans que ces lignes horizontales ne se touchent. Planant chacune de leur côté, les lignes vivent leur extase grandiose en aparté. 

Jusqu’à la fin du XXème siècle, la musique était surtout un art de reproduction. Les musiciens condamnés à reproduire de leur mieux ce qu’est une sonate de Beethoven, une symphonie de Bruckner, un opéra de Berg. Symon Henry, avec beaucoup d’autres compositrices et compositeurs écrit une musique qui laisse libre court à la performance, à l’expression des points de vue des musicienNEs interprètes. Ille laisse également la place à celles et ceux qui écoutent cette musique toute latitude dans ce qu’on peut y entendre, y voir, y ressentir. J’ai entendu beaucoup d’extase, de souffle dans voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire. J’y ressent certaines influences, comme celles de Ligeti, Stockhausen ou même Messiaen. Mais je suis parfaitement conscient que ce n’est là qu’une des multiples façons de percevoir cette musique. D’autres ensembles ou orchestres joueront cette musique. La barre sera haute, il faut bien le dire, car l’Ensemble Supermusique en fait ici une interprétation inspirée et de grande qualité technique. Mais ceux qui voudront interpréter cette musique à nouveau pourront nous donner une version assez différente de la présente. Tout comme en poésie, tout se trouve entre les mots, entre les notes. Le souffle et les pauses modifient le sens et incarnent l’interprétation qu’on en fait. Cette belle production est plurielle: on y trouve à la fois du dessin, extraits des partitions, de la musique bien entendu et de la poésie, la liste des titres se lit comme un véritable haïku.      

Disponible sur Actuelle CD, Bandcamp et autres

Symon Henry, Voir dans le vent, page 88

Ensemble Supermusique, direction: Danielle Palardy Roger

Joane Hétu: alto saxophone, objects | Jean Derome: alto saxophone, flutes, objects | Lori Freedman, clarinets | Scott Thompson, trombone | Guido Del Fabbro, violin | Pierre-Yves Martel, viol, zither | Alexandre St-Onge, electric bass | Isaiah Ceccarelle, percussions | Guillaume Dostaler, piano | Rémy Bélanger de Beauport, cello

Productions DAME, Ambiances magnétiques AM251

voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire by Symon Henry already had a life. Created for the opening of the new Pavilion Lassonde at the Musée des Beaux-Arts du Québec by the Québec symphonic orchestra, it is under the arrangement of Danielle Palardy Roger for the ensemble Supermusique it has been recorded in 2018. The music of Symon Henry is particular by being partly improvised, their scores being drawn instead of being written with traditional notation. Curves, ascents and descents lines define the melody when the density of the traits and the colors define the orchestration and the volume of the sounds. The part of the musicians playing this music is then huge in the interpretation being done. But the listeners also have their voice in the interpretation of this music. Symon Henry writes (draws) their music as poetry, leaving space for diverse ways of understanding. Then, in order to review the listening I have done, you reader have to accept this is nothing more nothing less than my personal way of hearing this music. One between thousands.

The piece has six sections which will be played without stop. voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire begins with Grandes horizontales et nuages d’étoiles. We can guess that these long horizontal lines will not touch each other, these lines, as unstable as they are, do not meet. This premiss is quite contemplative and ecstatic and express the impossibility of some connections, some communications. Les rencontres (meetings) happen in the second part. The straight lines are superposed to a clattering background from the strings and the piano. A solo by the cellist, took back by the saxophone shows a greater dramatic tension, what meetings and splittings sometimes also have. This movement ends on animals songs, those animals sounds like they are suffering, are breathless. With a transition at the cello —decidedly, Rémy Bélanger de Beauport hits it here— into the third part, Entrelacs et épurations, see the cello and the piano put down the marks for what will be following. After a stop in the flow, the sounds are shorter, sparser. Which brings to the almost death of this long breath that lead the piece from the very beginning. The fourth part, Accords et impulsions will be the catalyst for the end of the piece. The piano leads with a strong pointillism through Les nues. —we have here to define what « nues » means. In French it is a word frequently used in idioms without anyone knowing what it really means. It should be understood as the skies, cloudy or not, the clouds— On an almost dancing beat with a lot of pats is superposed huge descending glissandos, rocket ascending lines, exacerbated climaxes, ecstatic coitus. Here is the big earthquake, where everything happens. It ends on a plateau of high pitched strings and woodwinds, not coming back from their cloud until the end of the last section, Résonances. Once again, we hear long horizontal lines. The piano, the percussions and the cello are in the low of their respective register. Everything ends without having these extremes meet. Soaring each on their side, those lines live their grand ecstasy apart.

Until the end of the 20th Century, music mostly was an art of reproduction. Musicians damned to reproduce as well as they could what is a Beethoven sonata, what is a Bruckner Symphony, what is a Berg opera. Symon Henry, with many other composers writes a music which offers a lot of freedom to the performance, to the expression of views by the musicians-interpreters. They also leave a lot of space for the listener to hear, see and feel what the listener wants. I heard a lot of ecstasy, a lot of breath in voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire. I feel some influences, maybe from Ligeti, Stockhausen or even Messiaen. But I am totally conscious that it is only one in a million ways to listen to this music. Other ensembles or orchestras will play eventually this work. The standard will be pretty high considering how this recording is very inspired and has a brilliant technical render. But those who will perform this music anew will give us eventually a pretty different version from this one. As in poetry, everything happens between the words, between the notes. The breath and the rests modify the meaning and embody the interpretation. This beautiful production is plural: it shows drawings, extracts from the score, of course this has a lot of music and also some poetry, as you can read the list of the titles as a haiku.  

Available at Actuelle CD, Bandcamp and others 

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