Gabriel Dharmoo : Quelques fictions pour voix

Gabriel Dharmoo : Quelques fictions, pour voix

Gabriel Dharmoo : compositeur et voix | Élizabeth Lima : voix | Priya Shah : voix | collectif vocal Phth | choeur des campeurs du Camp musical Père Lindsay

Production DAME, Ambiance Magnétique AM253

Gabriel Dharmoo pratique l’humour en musique depuis un certain temps. Dans ce tout nouvel enregistrement, il présente sept pièces écrites entre 2009 et 2019, toutes pièces pour voix, toutes surfant à la frontière entre réalité et fiction, là où le compositeur se sent le plus à l’aise… Quand on connait un peu son parcours, on sait qu’il a étudié les musiques traditionnelles de plusieurs pays asiatiques et sud-asiatiques. Il a aussi appris des techniques vocales complexes comme celle du chant de gorge. Évidemment, il a aussi une vaste culture en musique occidentale classique que tout compositeur se doit d’avoir. Fort de toute cette richesse, de cet immense savoir, il compose des parodies, des pastiches qui sont si près de ce qu’on imagine parfois être la réalité, qu’on se surprend à cligner des… oreilles, tellement l’impression d’authenticité est frappante. 

Gabriel Dharmoo combine quelques techniques, quelques caractéristiques de certaines traditions musicales et en fait un habile mélange, créant ainsi une fausse nouvelle tradition. Prenons Vaai Irandu, la dernière piste de l’album, qui devrait peut-être être écoutée en premier tellement cette musique est séduisante. On semble entendre une basse statique, grave, nous donnant l’impression d’un chant tibétain, d’un ‘om’ de méditation. Mais la mélodie qui s’y rajoute explose et devient semblable à celle de la danse kathak, la musique dhrupad, une mélodie enlevée, vivante et virevoltante. Le très beau contraste entre les deux parties rend cette musique irrésistible. Avec une énergie toute différente, Notre meute, une des pièces les plus souvent jouées du compositeur, interprétée ici par son groupe vocal Phth (arrangez-vous pour le prononcer) emprunte à tellement de sources, recréé tellement de traditions, vraies ou fausses, que l’auditeur est véritablement dépaysé, dans le sens d’être dépourvu d’un pays, si cela se peut. Ça commence par ce qui semble un appel à la prière ou au rassemblement, un chant de muezzin remixé. Au cours des brèves 12 minutes que dure la pièce, on y entendra des chants funèbres, des pleurs, des chants grégoriens, du beat box, du chant gitan ou peut-être arménien, qui sait? du vent, du chant à bouche fermée. Quand je dis qu’on y entend, il faudrait plutôt dire qu’on y ressent, qu’on a l’étrange impression d’avoir déjà entendu tout ça mais toujours par petits bouts, dans d’autres contextes. Un peu comme si il s’agissait d’une collection de citations vocales. Ravigotante musique, on y entend aussi un opéra de poche, un drame s’y passe. Parce qu’après tout, il y a souvent dans la musique vocale, presque toujours en fait, une histoire, un récit. Comme ce récit est en langue inventée, chacun peut à loisir interpréter à sa guise les détails de l’histoire racontée. 

Alors qu’il pastiche des traditions imaginées, Gabriel Dharmoo fait aussi partie d’une certaine tradition: celle des poètes et compositeurs qui ont inventés des langues, forgés des mots nouveaux. Dans cette lignée, on compte aussi Claude Gauvreau et Claude Vivier qui ont, chacun à leur façon, créé une oeuvre fleurie où la langue est inventée et poétique. Gabriel Dharmoo amène le concept un peu plus loin en nous faisant croire que cette langue existe vraiment. Tellement bien calquée sur de véritables langages qu’elle devient crédible. Pour rendre cette oeuvre de façon aussi convaincante, qui de mieux que le compositeur lui-même pour l’interpréter. Il est à l’avant plan ou en solo dans toutes les pièces de l’album. Il est même son propre duettiste dans l’amusant Duo de Moogeon. En tout  l’interprétation est impeccable et vive avec une prise de son qui rend bien l’intense présence des voix. Parce qu’il y croit profondément, chaque son, chaque note, chaque syllabe nous convainc. Que ce soit le bruit de la pluie, du vent, que ce soit un chant funèbre, on y croit sans retenue et on écoute avec fascination. Le compositeur pratiquerait donc l’humour en musique, mais quand allons nous rire? Après. Seulement lorsqu’on se rendra compte qu’il nous a bien eu. Et à tout coup, il nous aura. 

Disponible sur Actuelle CD, sur Bandcamp et autres…

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Gabriel Dharmoo : Quelques fictions, pour voix

Gabriel Dharmoo : composer and voice | Élizabeth Lima : voice | Priya Shah : voice | vocal collectiv Phth | choir of campers at Camp musical Père Lindsay

Production DAME, Ambiance Magnétique AM253

Gabriel Dharmoo has been successfully using humor in music for quite a while. In this new recording, he presents seven pieces written between 2009 and 2019, all music for voice, all surfing on the thin edge between reality and fiction, exactly where the composer feels the most comfortable… When we know a bit about his background, we know he has studied traditional music of many asian and south asian countries. He also has learned complex vocal techniques as throat singing. Obviously, he also has a vast culture in occidental classical music as any composer must have. With the strength of all this richness, this immense knowledge, he composes parodies, pastiches that are so close to what we imagine reality sometimes is, we surprise ourselves blinking… with our ears, the impression of authenticity being so stunning.

Gabriel Dharmoo combines a few techniques with a few trademarks of some musical traditions and remixes it, creating new false traditions. In Vaai Irandu for example, last track of the album, which maybe should be listened first, this music being so attractive; we hear a static low voice, giving us the impression of a Tibetan chant, a meditative « om ». But then a melody is added to this, explosive and joyful, the melody recalls of kathak dance, dhrupad music, a thrilling, lively and fluttering melody. The very beautiful contrast between the two parts makes this music absolutely irresistible. With a totally different energy, Notre meute, one his most popular compositions, performed here by his vocal group Phth (just try to say this) borrows to so many sources, recreates so many different fake or real traditions that the listener is disoriented, as if there were no east, no west. It begins with what sounds like a call to pray, to gather, a remixed version of a muezzin song. Through the short 12 minutes the piece lasts, you will hear funeral songs, tears, Gregorian chants, beat box, gypsy singing, Armenian music maybe, who knows? wind, closed mouth singing. When I say we hear, I should rather say we feel, we have the feeling that we have heard something like that somewhere, but always just by bits and pieces. As if it were a collection of vocal quotations. Invigorating music, we can also hear there a pocket opera, a drama happening. Because after all, often and almost always, there is a story in vocal music. Because this story is written in an imaginary language, each and everyone can choose how to perceive the details of the drama being told to us. 

As he mimics imaginary traditions, Gabriel Dharmoo is also part of a certain tradition, the one of poets and composers who created languages, moulded new words. Claude Gauvreau and Claude Vivier also have, in their own way, created a flourishing work where the language is new and poetical. Gabriel Dharmoo brings the concept a bit further trying to make us believe this language truly exists. So well copied on real languages that it becomes trustworthy. To play these compositions convincingly, no one could be better than the composer himself. He is up front or soloist in every pieces on the album. He even is his own duettist in the funny Duo de Moogeon. Everywhere the performance is impeccable and crisp with a sound recording that renders well the intense beauty of the voices. Because he believes deeply in what he writes, each sound, each note, each syllable convince us. May it be the noise of the rain or the wind, may it be a funeral song, we believe unconditionally and we listen, fascinated. I said the composer is using humor, but when are we going to laugh? After. Only when we’ll realize that he got us. And every single time, he will get us. 

Available on Actuelle CD, Bandcamp and others…

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