J.D. Kurtness

Au cours des prochains jours/semaines/mois, comme nous sommes toutes et tous interdits de voir et d’entendre en direct; NEOMEMOIRE vous proposera d’explorer les oeuvres que vous pourrez expérimenter chez vous, devant votre ordinateur. J’y parlerai d’enregistrements récents, de vidéos, de livres… Suivez-moi dans cette aventure en temps rationnement artistique!

De vengeance de J.D.Kurtness trainait sur ma liste de souhaits sur leslibraires depuis un bon deux ans lorsqu’en octobre dernier j’ai télécharger ce roman qui m’a éblouit dès la première ligne. Une jeune femme débarque à Montréal et se charge d’éliminer les gens qui la dérange. Elle devient tueuse en série. Un voisin bruyant, des gens qui l’empêchent de réaliser ses rêves, un vieux qui fait caca dans sa culotte, un camarade d’école; tous ont en commun d’avoir le malheur de se trouver en travers du chemin de la narratrice. Raconté sans fard, dans une langue directe pimentée d’une forte dose d’humour noir, De vengeance est aussi, curieusement, un roman pudique. On y décrit avec moult détails les raisons pour lesquelles cette personne sera éliminée, on fait une liste exhaustive de tous les préparatifs et on passe généralement assez rapidement sur l’acte en soi. Il est même parfois simplement évoqué. La tueuse s’est découverte ce « talent » dès l’adolescence. Les meurtres sont plus ou moins gratuits mais tous les personnages/victimes, toutes les situations nous rappellerons des moments, des énervements que nous, lectrices et lecteurs avons vécus à de multiples reprises. C’est donc là, précisément sur ce point, que l’autrice fait mouche. Comment condamner cette tueuse en série alors qu’elle ne fait que réaliser nos fantasmes les plus profonds? cachés? (mais pas toujours). On a toutes et tous à faire face à l’autre qui nous énerve, nous fait sortir de nos gonds, bouffe notre oxygène, on a toutes et tous avec plus ou moins de sérieux souhaité la mort, ou à tout le moins la disparition de certaines personnes. Mais jamais nous ne passerions à l’acte. Ici la narratrice le fait pour nous… Libérateur. 

Secoué par la force de ce premier roman, je me suis immédiatement précipité sur le deuxième opus de J.D. Kurtness: Aquariums, paru en septembre 2019. Dans un roman d’anticipation, l’autrice met en scène une humanité qui se meurt d’un virus violent qui infecte et tue une vaste majorité de la population mondiale. La rage, virus vieux comme le monde, qui se serait muté, qui se transmettrait d’humain à humain sans contact physique et pour lequel on aurait pas de remède, sinon un vaccin, qui administré après infection serait inefficace… Si je parle avec quelques mois de retard sur neomemoire de ce roman d’anticipation, il va sans dire que la pandémie mondiale qui secoue et transforme notre façon d’être et d’agir -en espérant que ce soit pour le mieux, mais ne soyons pas trop optimistes…- si j’écris donc aujourd’hui sur ce roman et vous en suggère fortement la lecture est parce que je n’arrête plus d’y penser et d’y repenser. Il faut savoir que dans le livre, la pandémie se déclare dans la dernière partie du roman. Le livre est plutôt la biographie d’une fille à l’existence plus ou moins tranquille et qui se trouve à être invité sur un bateau de chercheurs dans l’Arctique. C’est d’ailleurs ce qui assurera sa survie, car en étant en autarcie sur ce bateau, elle et son équipe voient la crise mondiale de loin, par oui-dires et rumeurs. Tout au long du livre, l’autrice met en parallèle la disparition des humains à celles des nombreuses espèces animales. Le roman se termine alors qu’elle revient sur la terre ferme, munit d’un vaccin qui lui promet la survie dans un monde totalement dévasté, dépeuplé. Un monde à reconstruire, un monde à repeupler selon des critères nouveaux. Ce qui est certes la seule lumière au bout de ce roman plus sombre que noir. L’écriture de J.D. Kurtness y est certes toujours efficace, la structure du roman est plus complexe que celle de De vengeance. Dans Aquariums, chaque chapitre nous transporte dans une époque différente, à différents stages de la vie de la narratrice, et c’est en lisant les dernières pages que nous comprendrons finalement la totalité du livre. D’une lecture plus ardue donc que son premier roman, Aquariums me hante toutefois depuis sa lecture et de façon de plus en plus intense face à la bousculade des événements des derniers jours. À lire sans réserve.

J.D. Kurtness est née à Chicoutimi d’une mère québécoise et d’un père ilnu de Mashteuiatsh. Découvrez J.D. Kurtness et sa langue acérée, son humour grinçant, sa force de frappe et son intransigeante actualité. Si les bibliothèques sont toutes fermées, si les librairies n’ont pas ces livres en stock, si vous ne voulez pas sortir de chez vous, rendez-vous sur leslibraires.ca pour vous procurer une version numérique, et encouragez en même temps votre librairie chouchou, en choisissant où vous achetez.  

De vengeance

L’Instant même, Montréal 2017, 132pp (disponible également en poche, PDF et ePub)

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Aquariums

L’instant même, Montréal 2019, 160pp (disponible également en PDF et ePub)

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J.D. Kurtness

Within the next few days/weeks/months, because all of us are forbidden to see and hear live arts; NEOMEMOIRE will offer to explore artworks you can enjoy at home, in front of your computer. I will review recent recordings, videos, books…Follow me in this adventure in times of artistic rationing.

I was not supposed to translate this article, but then I realized the first novel by J.D. Kurtness, Of Vengeance, had been translated and published in Toronto by Dundurn. And I feel you also should discover the first novel by this fabulous young writer. Of Vengeance just dazzled me from the first line. A young woman moves to Montreal and decides to get rid of everyone who bothers her. She becomes a serial killer. A noisy neighbour, those people who try to block her from realizing her dreams, a grandpa who shits in his pants, a fellow student; all have in commun to be in the way of the narrator. Written quite frankly and plainly, into a direct tone spiced with a strong dose of dark humour, Of Vengeance also is, curiously, a modest novel. The author describes carefully with many details why this person will be eliminated, a long list of the preparation to the ‘elimination’ is done but generally when comes the moment, it goes by very quickly, sometimes it is barely mentioned, not more. The murderess discovered her special talent very young, as she was a young teenager. Her murders are more or less senseless but every character/victim, every situation will recall you moments, those irritations we all, humans as we are, have gone through multiple times. This is where, exactly on this point that the author succeeds. How could we condemn this serial killer when she does nothing else than realizing our deepest and not always well-hidden fantasies. We all had to face, one day or another, someone who gets on our nerves, who makes our blood boils, who takes too much of our oxygen; we all, to a certain extend, wished this person dead, or at the least its disappearance! But never will we take action. The narrator does this for us… Liberating. 

Eventually the second novel of J.D. Kurtness, which was published in French last September, should be translated. This anticipation novel is the story of a worldwide pandemic, where a vast majority of the population dies from rabies that mutated and became transmissible from human to human. As dark as it may sound, this novel is one for hope to renew, restart humanity, human kind. No doubt this book anticipates a reality we are now facing. I will be back to you when I know this is available. 

J.D. Kurtness was born in Chicoutimi, Québec, her mother being québécoise and her father is Ilnu from Mashteuiatsh. Libraries might be closed and your favorite bookstore might not have the first opus by J.D. Kurtness in stock, but in these times of confinements, consider buying a numeric version available on Kobo… 

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Of Vengeance

translated by Pablo Strauss, Dundurn Press, Toronto 2019, 160pp (available also on PDF and ePub)

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