Nicholas Dawson : Désormais, ma demeure

Nicholas Dawson : Désormais, ma demeure

collection Queer, Triptyque, 2020. 169pp.

Une longue hésitation avant d’écrire à propos de ce livre. Parce que son sujet est un peu trop dans l’air du temps : la dépression. Mais trop peu a été écrit sur ce livre, probablement pour les mêmes raisons. 

Désormais, ma demeure est un livre aussi éblouissant par son contenu que par sa forme. Nicholas Dawson, jeune auteur queer québécois d’origine chilienne y expose toutes les facettes de la dépression qui l’habite et qui l’abîme. Il s’agit de plusieurs livres en un. À la fois récit, essai, recueil de poésie et livre de photos. Il approfondie son sujet via son expérience et la compréhension qu’il en recueille.

Il s’agit d’un récit. Du récit de ses quelques rares sorties de la maison alors qu’il s’est claquemuré à cause de sa maladie. Il raconte ses rendez-vous avec des professionnel-les de la santé qui ne semble pas toujours très professionnel-les justement. Une sortie au restaurant pour son anniversaire, une rencontre avec le département des ressources humaines au CÉGEP où il travaille. Chaque pas est une épreuve. Chaque mot coûte. Récit cru du quotidien d’un dépressif. Un récit qu’il avait commencé avec son premier roman, Animitas, mais un récit dans lequel il n’avait pas été autant en profondeur, y ajoutant les parfums et les ornements que le roman exige.  

Il s’agit d’un essai. L’auteur réfléchie à sa situation, à toutes ses différences. Il lit pour nous et nous rapporte ce qu’il découvre sur la dépression. Comment est-ce vécu en tant que membre d’une communauté qui a subi racisme et homophobie, condamné à toujours s’exprimer dans une langue seconde. L’espagnol étant la langue maternelle et le français la langue de son éducation, ni l’une ni l’autre ne semble répondre entièrement à ses besoins lors de ses sessions de thérapie. Aussi, dans ses écrits, il alterne régulièrement entre mots et expressions d’une langue à l’autre. L’auteur a beaucoup lu, il cite de nombreux ouvrages. Il nous fait réalisé que la dépression est, à priori, une affaire de privilégiés. Il doit donc en plus d’accepter le verdict, le faire valider par ceux/celles qui l’entourent, comprendre qu’il a ‘le droit’ d’être dépressif. Cette recherche fouillée le portera non pas vers la guérison, mais vers une porte de sortie, vers un flottement au-dessus de ces eaux agitées, vers la création. Il comprendra que ce qu’il désire le plus et ce qu’il appréhende avec effroi, la création, sera sa porte de sortie. De là les deux autres aspects de l’oeuvre. 

Sous mes paupières, encore la tempête. Bateau, radeau, chaloupe : le matelas chavire. Je m’enroule dans mes draps et je plonge pour me sauver. Longtemps, je gis au sol, le regard tourné vers le béton, égaré dans le temps.*

Il s’agit d’un recueil de poésie. Une poésie nue. Le protagoniste se vautre, rampe et contemple sa débâcle avec ou sans le souci/regard de l’autre. Une première démarche qui servira à reprendre contact. Un premier pas vers l’apparence de la normalité. Une démarche vers l’acceptation. Que la dépression qui l’habite devienne la dépression qu’il habite. D’où le très beau titre. 

Il s’agit d’un livre de photos. Artiste multi, Nicholas Dawson est aussi photographe, il a présenté de nombreux reportages de voyages, avec textes, impressions, images et parfois documents sonores. Dans Désormais, ma demeure, la photo devient grise. L’artiste nous donne à voir du flou, du détail macro, des poussières de vies. Les photos ponctuent le livres comme autant de preuves de l’état d’esprit de l’auteur. Ces images questionnent notre volonté de voir par les yeux de l’autre. Jusqu’à quel point sommes-nous prêt-es à percevoir de la même façon que l’auteur. 

On ne guérit pas de la dépression, mais on apprend à vivre avec, à en prévoir les épisodes qui seront douloureux, à en prévenir les dérapages. De la même façon, on ne sortira pas de ce livre indemne. Mais grandi-e. Amélioré-e du pouvoir de compréhension et du désir du mieux. La forme du livre est unique. Elle fonctionne parfaitement et sert le propos en en faisant tous les contours. Un livre, le temps venu, qui deviendra celui dont vous vous souviendrez. 

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* Nicholas Dawson, Désormais, ma demeure, collection Queer, Triptyque, 2020, page 152. 

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