Raphaëlle B. Adam : Servitude

Raphaëlle B. Adam : Servitude

chroniques d’une ville-mirage

collection Satellite, Triptyque, août 2020, 218pp

Dix-sept courtes nouvelles: voilà tout ce dont la jeune autrice Raphaëlle B. Adam aura besoin pour vous faire remettre en question votre équilibre mental. À la frontière entre réalité et science-fiction, à mi-chemin entre recueil de nouvelles et collection de vignettes littéraires, Servitude surfe sur notre appétit à remettre constamment en question notre façon de percevoir les chose et les situations, nous demandant si nous ne sommes pas devenue-es fous-folles. 

Dans une ville imaginée mais tout-à-fait réaliste, Riverbrooke, il se passe beaucoup de petits événements qui pourraient sembler sans importance. Seulement, ces situations provoquent éventuellement un malaise. Parfois, ces malaises s’amplifient au point de faire pencher vers la folie les personnages qui l’habitent. Tout au long du livre, on retrouve certains endroits, dont la librairie Fin Mot, le café Mélise. Le docteur Naud, psychanalyste, est parfois un personnage secondaire dans ces nouvelles, mais dans Psychanalyse, il est ce protagoniste qui doute de la fidélité de sa femme. Jusqu’ici rien d’extraordinaire. Mais de tels doutes peuvent mener à toute sortes de comportements, voire la violence. Et si le psychiatre… Dans Rencontre, le rendez-vous de Florence avec une ancienne flamme la fait douter qu’elle est bien en présence de la bonne personne, tant l’apparence de cette personne a changée… Dans Le pantalon, plusieurs femmes essaient un vêtement qui d’abord les séduit pour ensuite sembler les faire douter d’elle-même. Comme si ce pantalon avait un pourvoir de persuasion… Voilà donc des situations non-événementielles qui virent dans l’irréel, qui se compliquent de facto ou dans l’imagination des personnages. Les faisant douter d’elles et d’eux-mêmes. Une brèche s’ouvre et la déraison s’y engouffre. 

Avec une écriture directe, sans fioritures, ce qui rend les faits narrés d’autant plus réalistes, Raphaëlle B. Adam enrobe ces chroniques d’un air légèrement poisseux, une ambiance juste assez glauque pour qu’elle devienne inconfortable. Petit à petit, la ville de Riverbrooke devient un endroit où il ne fait pas trop bon vivre. Les lieux et les personnages semblent porter un poids les faisant glisser vers un lent dérapage. Comme ces contes que nos ancêtres se racontaient au coin du feu: ils sont tous crédibles, mais jamais vérifiables. 

Avec ce premier livre, l’autrice installe un monde où le malaise est roi, un monde qui ne donne pas envie d’être visité, mais qu’on ne peut s’empêcher d’observer. Comme on regarde un film d’horreur avec une main devant les yeux, tout en écartant légèrement les doigts pour être certain de ne rien manquer. Un livre qui nous mène là où on préférerait ne pas aller, mais auquel on ne résiste toutefois pas. Au fond: nous, lectrices et lecteurs, sommes damnés-es à cette Servitude

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