Lori Roy : Écailles de Laurier

Lori Roy : Écailles de Laurier

avec des illustrations d’Anne-Marie Gratton,

éditions Omri, Montréal, 2020, 75 pages

Il est des livres qu’on prend plaisir à lire. Et il y a ceux qu’on aime relire. Les recueils de poésie fonctionnent souvent ainsi. On lit une première fois, parce qu’on veut savoir ce que ça a à dire. Et on relit pour savourer un peu mieux la musique des mots. À partir de la troisième lecture, on tente de s’approprier ces mots, on tente de se les mettre en bouche. On se surprendra à lire à voix haute. À écouter la beauté du texte. Bien entendu, tout ça ne peut arriver qu’à la condition de se trouver devant un texte qui en vaille la peine. Quand en plus, le livre est un bel objet en soi, que le papier, l’impression, le format ont été pensés et réfléchis, quand on y met des images: le recueil de poésie devient livre d’art. Un objet qu’on prendra plaisir à caresser, à ouvrir, à regarder et à relire.

Les éditions Omri semblent avoir misé sur la beauté. C’est donc d’un très beau, court et dense recueil de Lori Roy qu’il s’agit ici : Écailles de Laurier

Ses écailles s’accrochent à mes vêtements.

Une minuscule langue me chatouille la nuque.

La noirceur devient noire – un autre noir.

Je pense m’être endormie dans ce noir étranglé. 

L’artiste qui pratique à la fois l’écriture et les arts visuels mélange ici les genres littéraires. À la fois récit, conte et poème, l’histoire est celle d’un abus sexuel intergénérationnel, donc incestueux. Mais en véritable artiste que Lori Roy est, si l’histoire nous émeut, la façon qu’elle a de la raconter nous bouleverse davantage. À l’aide de la métaphore du serpent, de là l’aspect conte du livre, Lori Roy évoque le souffle délétère, l’étouffement, l’inéluctable, l’indésiré. La honte et l’aveu. Les sentiments ambivalents, les peurs et les espoirs. De la noirceur naitra la lumière: le livre est imprimé en blanc sur papier noir, symbolisant cet espoir qui peut sourdre de l’abîme. Les dessins d’Anne-Marie Gratton, également en blanc sur fond noir, concrétisent les émotions que le livre décrit et celles qu’il provoque. Ces personnages au cou tordu, imbriqués l’un dans l’autre au point de ne pas savoir lequel est qui. Ces corps tourmentés, déviants évoquent un peu les personnages dansants de Matisse, mais aussi Picasso par ses têtes diffractées, ces cassures dans la ligne des corps et enfin, on se souvient de dessins un peu punk, un peu trash. Le livre est donc très peu coloré. Seules les pages intérieures des couvertures sont violet, couleur du deuil pour certain, mais aussi couleur de la spiritualité, du calme. 

Deux artistes ont ainsi travaillé en parfaite symbiose. Un premier livre fort pour Lori Roy, qui laisse espérer de nombreuses oeuvres et une autre belle réussite pour les éditions Omri.  

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.