Jean-Simon Leduc : dites-leur qu’ils ont un don

Jean-Simon Leduc : dites-leur qu’ils ont un don

avec des photographies de Geneviève Grenier

éditions Omri, Montréal, 2020, 88pp

Le comédien et désormais poète Jean-Simon Leduc a fort probablement eu une jeunesse heureuse. En témoigne ce recueil, son premier, qu’il vient tout juste faire paraître aux éditions Omri : dites-leur qu’ils ont un don.  Empreint de nostalgie, ces poèmes évoquent la naïveté perdue, les amours de jeunesse, les anciennes odeurs et couleurs. En quinconce avec la poésie, les photographies de Geneviève Grenier renforcent le sentiment de paradis perdu.

L’amour semble être la principale motivation à l’écriture chez Jean-Simon Leduc. C’est le sujet principal du recueil. Mais l’environnement dans lequel évoluent ces amours parfume ces poésies. Toutes les descriptions et les nombreuses listes évoquent un temps retrouvé, on y voit réapparaître des objets, des odeurs du passé. Un temps qu’on pourrait aisément situer quelque part dans les années 70-80. L’action, si on peut parler d’action en poésie, se situe parfois en milieu urbain, mais souvent à l’endroit où les vacances se passent, que ce soit au balcon ou au chalet. L’amour, toujours au cœur de cette poésie, motive la parole autant que le geste. L’amour nouveau, l’amour heureux, l’amour déçu, l’amour oublié ou à oublier. Le poète relate l’émoi des premières amours, les sentiments purs et parfois intransigeants de la jeunesse. Toutes ces amours, il est important de le souligner, sont à destination non-genrée.

Les photographies pourraient avoir été prises dans ces mêmes années. Le grain un peu jauni, la courte profondeur de champs, mais surtout l’objet photographié. Deux cannettes de Labatt 50 dans la neige, une rose en plastique dans un globe de verre, des bouts de cigarettes un peu partout, un père Noël en plastique dont la face a disparu. Ces photos évoquent non seulement un temps révolu, mais aussi une façon d’être, une façon de vivre qui n’est plus. Le décor est surtout urbain avec une prédilection pour les fonds de ruelles.

Divisé en six courtes sections, le recueil cite, en exergue à ces sections, des amis-es, réels ou imaginaires; citations parfois assez rigolotes.

« J’attends que mes parents meurent pour me faire tatouer dans face -Mon ami punk »

Le langage et la façon d’écrire est très proche du langage parlé, penchant vers un certain trash tant dans le propos que dans la façon de l’exprimer. « boire à pisser clair / à remplir la toilette à ras bord / parce qu’au chalet / on flush pas pour un pipi ». Les strophes sont courtes, parfois répétées comme dans le couplet d’une chanson, souvent il énumère autant des objets que des actions.

le jaune d’œuf pas pété

le verre le plus plein

la fourchette qui n’a pas gouté

la place qui a la vue

la plus grosse moitié

la deuxième crêpe

le Mr Freeze blanc

en secret pour toi

Le vocabulaire et les thématiques sont aisément abordables. Cette poésie s’adresse au cœur et réconforte avec ses images nostalgiques, poésie qui pourrait facilement devenir textes de chansons tant son oralité semble naturelle. Voici donc une première incursion réussie dans le monde de la poésie écrite pour Jean-Simon Leduc. Un joli objet à laisser traîner sur la table du salon, des textes qu’on pourra utiliser quand les mots nous manquent pour déclarer notre amour, des mots qui sont eux, sans temps.

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