Robert Richard : Serge Garant, mystique

Robert Richard : Serge Garant, mystique

Éditions Varia, Arts, Montréal 2020, 342pp

Serge Garant a été compositeur, il a aussi été directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec de sa fondation en 1966 jusqu’en 1986, à sa mort. Il a été un véritable promoteur pour les compositeurs de son époque, il a œuvré toute sa vie à faire connaître les autres, mais aujourd’hui, qui se souvient de lui?

Robert Richard vient de publier chez Varia un essai portant sur l’œuvre du compositeur. Il y défend avec fougue et profonde conviction, une thèse selon laquelle Serge Garant serait non seulement un des plus importants compositeurs du XXème siècle, mais qu’il serait un mystique; soit une personne qui œuvre par amour de l’humanité, un travail qui se projette vers l’avant, le futur de l’art. Avec beaucoup d’habileté, l’auteur nous explique, nous décrit avec des mots simples et compréhensibles quelques œuvres de Garant. Il ne s’agit pas d’une analyse en profondeur, mais cela permettra aux lecteurs-trices qui ne seraient pas familier avec cette musique (parions qu’ils et elles sont nombreux-ses), d’apprivoiser l’œuvre du compositeur. Robert Richard y explique entre autres les systèmes d’écriture tonale et sérielle dodécaphonique de façon claire, et ce même pour les néophytes! Ce livre ne s’adresse d’ailleurs pas spécialement aux musiciens, mais à celles et ceux qui s’intéressent aux arts, au cinéma, à la littérature… Avec raison, l’auteur constate que toutes les formes d’arts sont amplement discutées, enseignées, commentées, sauf ce qui touche à la musique de concert actuelle. Or la description, la brève analyse de cette musique qu’en fait Robert Richard est aujourd’hui essentielle à la compréhension de l’œuvre conceptuelle de Garant.

Mais l’auteur va beaucoup plus loin. S’appuyant sur des écrits du philosophe français Henri Bergson, il tente de prouver la grande importance qu’aurait l’œuvre de Garant dans l’histoire de la musique. Il en fait non pas un saint, mais presque : un mystique. Un artiste qui aurait écrit sous l’impulsion d’un dessein qui va au-delà de l’humain. Pour ce faire il met en opposition, d’un côté la musique de Garant et de ceux qu’il considère comme des compositeurs vrais, soit : Bach, Mozart, Beethoven, Liszt, Wagner, Schönberg—ainsi que les « chansons populaires très fines faites par et pour le peuple – Au clair de la lune, Frère Jacques »*  (sic) avec de l’autre côté ce qu’il considère comme des compositeurs de second ordre, et ce qu’il appelle la « musique de bastringue ». Dans ce fourre-tout on trouve autant Tchaïkovski et Rachmaninov que Lisa Leblanc, Pauline Julien ou encore « la danse à claquette dans les boîtes de nuit »**(re-sic). Ce qui frappe à prime abord, ce sont les oubliés. Entre Schönberg et Garant, il ne se serait rien passé ? Stravinski, Debussy, Bartok, Hindemith, Stockhausen, Kagel, et les autres : où sont-ils? Et ce qui énerve c’est le peu de cas qu’on fait des compositeurs et compositrices qui ont émergé depuis Garant. Il nomme Denis Gougeon (qu’il orthographie Goujon à deux reprises en page 184), et quelques autres, mais il ne convainc pas par ignorance, voulue ou réelle, d’une trop grande partie de la musique du XXème et du début du XXIème siècle, ceci incluant la musique de concert, mais aussi la musique populaire, le jazz, l’expérimental, l’électronique, etc. Il omet également de mentionner que Garant est très peu joué, plus jamais enregistré, et ce depuis fort longtemps. Si on retient un nom de cette époque de la musique contemporaine au Québec, c’est plutôt celui de Claude Vivier, qui lui est joué et reconnu partout sur la planète.

Alors qu’on salue la vulgarisation, l’approche éclairante du langage musical de Garant apportée par Robert Richard, ce qui nous aura donné l’envie d’aller réécouter ces œuvres, on se questionne sur la place et le rôle que semble vouloir donner l’auteur au compositeur québécois. D’autant plus que c’est lorsqu’il défend sa thèse avec ardeur que son langage s’obscurcit, s’embrouille, qu’il allonge indéfiniment les notes en bas de page et s’empêtre dans des montées de lait difficilement conciliables avec le monde actuel. Ce qui nuit à sa cause. Le livre sur Garant, qui nous éclairerais sur son rôle de défenseur de la musique d’ici, sur son travail de compositeur et sur l’influence qu’il a eu sur les générations suivantes reste donc encore à être écrit.

______________________

*   Robert Richard, Serge Garant, mystique Éditions Varia, 2020, page 183

**  ibid. page 185

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.