Charlotte Francoeur : Hier est une violence

Charlotte Francoeur : Hier est une violence

avec des oeuvres de Caroline Mauxion

Éditions Omri, 2020, 73pp

comme certains deviennent

humus et fumier

tu te sublimes givre

ou rosée

Il manque de mots pour décrire ces mots magnifiques et parfaits, pour décrire comment la poète Charlotte Francoeur écrit ce drame qu’est le suicide non conclu de la mère. Un acte de violence narré dans une grande paix morale. Des mots qui s’étalent sur une mer lisse et calme, alors que le récit qu’on y découvre déboule sur les flots houleux du fleuve, à l’image des sentiments et des passions. Car les seules pensées qui ne meurent pas avec ce rendez-vous manqué avec la fin, sont le désir d’en finir et les sentiments de la fille pour sa mère. C’est donc d’un chant d’amour qu’il s’agit. Peut-être pas l’amour de la vie, mais plutôt l’amour filial.

Avec une grande pudeur, l’autrice nous en dit juste assez pour que nous comprenions, bien assez pour que nous ressentions. Les phrases sont courtes, ciselées et fines, les mots sont sobres et lourds de sens à la fois, l’ambiance est à l’espoir. La poète transcende cet amour en respect, non pas en adoration, mais en réelle compréhension. La femme nous montre la voie vers la réconciliation avec elle-même, avec le futur, fût-il aussi conditionnel que possible. Sensible sans jamais tomber dans la sensiblerie, la poésie de Charlotte Francoeur se laisse apprivoiser à petits pas, à pas feutrés. Le texte se doit d’être lu et relu. Maintes fois. Nous en améliorerons notre compréhension, nos émotions s’épanouiront. 

Les images de Caroline Mauxion sont on ne peut plus appropriées. Là aussi la pudeur et le calme règne. Des photographies, en différentes teintes de blanc et de tons pastel, nous laisse voir des mains de plâtre, des pages de livre, des plis de tissus. Parfois figuratives, parfois non, ces images se contemplent comme on contemple l’infini de la mer. Car l’eau est sans aucun doute l’élément le plus présent dans ce recueil, tant comme métaphore que dans le réel. Le fleuve règne ici, comme une déité inaltérable, d’airain.

Un livre beau tant dans son contenu que dans son contenant. Ici la beauté bouleverse autant qu’elle apaise. Avec un tel sujet, certains-nes seraient tombés-ées, dans la fange et le bas-fond, Charlotte Francoeur sublime ici ce qu’elle touche en poésie aérienne et libre.  

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