A1.1 La bibliothèque de Réjean Ducharme

A1.1 La bibliothèque de Réjean Ducharme

Jacinthe Martel, Monique Bertrand, Monique Jean

Éditions Nota Bene, 2020, 306 pages

Si, lorsque vous voyez une bibliothèque bien remplie, vous ne pouvez pas vous empêcher d’y jeter un coup d’œil, ce livre est pour vous! Plus éloquent qu’une biographie, A1.1 La bibliothèque de Réjean Ducharme nous en apprends un peu plus sur ce qui a formé l’écrivain qu’il était. L’homme qu’on a presque jamais vu était évidemment un grand lecteur et aussi un mélomane. Au moment de sa mort, tout a été conservé en état, on a figé dans le temps les lieux où Ducharme s’adonnait à la lecture.

Éparpillée dans son bureau, sur les étagères mais aussi sur les bords des fenêtres, la table de travail, dispersée partout dans la maison jusqu’à sa table de nuit, la collection de livres, de dictionnaires et de disques de Réjean Ducharme prépare à son écriture : une apparence de chaos qui sous-entends un sens certain de l’organisation. L’auteur s’y retrouvait sans doute entre, pêle-mêle, les grands classiques, les vieilles éditions de polars, les livres sur les oiseaux et les disques de musique de Leonard Cohen ou de Karlheinz Stockhausen. Cet ouvrage fait la liste de tout ce qu’on y retrouve, tout y est mis sur un pied d’égalité. On remarque que certains écrivains ont une place prépondérante pour Ducharme : Artaud, Balzac, Céline, Kafka, Le Clézio, Shakespeare sont dispersés en plusieurs endroits dans la maison. On y trouve également beaucoup de livres dédicacés, dont ceux de Marie-Claire Blais ou encore de Gérald Godin. Mais on remarque inévitablement les absents, ou ceux qui n’y sont presque pas. Boris Vian par exemple, un seul livre : L’écume des jours, mais aucun livre de Michel Tremblay, ni de Cocteau, ni de Borges. Est-ce à dire qu’il ne les pas lu? Pas nécessairement. Il était, semble-t-il, un grand utilisateur des bibliothèques publiques. On a ajouté une courte liste de ses emprunts, mais là encore, il y a trop peu de titres pour que ce soit signifiant. Une aura de mystère entoure donc les sources d’influences de l’écrivain. Du côté des références, hormis les nombreux dictionnaires et précis de grammaire, on remarque un intérêt marqué pour la faune (surtout les oiseaux) et la flore. On remarque enfin qu’il y a très peu de livres sur la littérature ou de biographies.

Intéressant donc que ce répertoire, forcément incomplet, qui nous aide à comprendre comment Réjean Ducharme créait. Les très belles photographies de Monique Bertrand documentent l’états des lieux et nous laisse découvrir de belles couvertures de livres, parfois assez anciennes, souvent abîmées. Cette documentation sera fort utile dans un avenir rapproché. « La Succession Réjean Ducharme a fait don, au Musée de la civilisation (Québec), de la totalité du contenu du bureau et de la bibliothèque de chevet de l’écrivain ainsi que de son atelier. » Reconstituée à l’identique, la bibliothèque de Réjean Ducharme sera montrée au public en 2022. Les livres placés dans le même (dés)ordre, on pourra donc s’y promener avec ce livre en main et épier la bibliothèque de l’écrivain le plus secret que le Québec ait jamais eu.

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