Gabriel Cholette : Les carnets de l’underground

Gabriel Cholette : Les carnets de l’underground

illustrations de Jacob Pyne

Éditions Triptyque, collection Queer, 2021. 168pp

Instagram carnetunderground

Il cherche : l’ailleurs, l’inouïe, l’inédit, l’intoxication, la complicité, l’amitié, le grand frisson, l’extase, le coup du siècle, le plus beau, le plus sexy, l’amant insatiable, le grand amour.

Il perd : du temps, parfois sa dignité, son sens de l’orientation, son équilibre, ses repères, ses espoirs, son innocence, sa virginité, ses amants, certains contrats, mais surtout ses illusions. Il se perd.

Il trouve : (finalement) le complice de ses nuits, celui avec qui il sublimera le récit de ses aventures pour en faire une œuvre écrite et dessinée. Il apprend possiblement à se projeter dans le futur.

Gabriel Cholette pose ainsi en club kid insatiable, toujours au bon endroit au bon moment. Dans son désir d’aller toujours plus loin dans la débauche des sens, il trimballe sa joie dans l’excès à Montréal, Paris, New York ou Miami, mais surtout à Berlin, plus précisément au plus que réputé club Berghain. Il nous décrit par le menu tout ce qu’il consomme : parfois de l’alcool pourvu que ça frappe, mais surtout toute une ribambelle de drogues sniffées ou avalées. Sous influence, il arrive parfois à rencontrer quelqu’un, pour un bref moment d’intimité. Mais l’idéalisation d’une sexualité débridée semble suppléer à sa concrétion. Les visées de l’auteur sont ailleurs. Spécialiste en littérature du Moyen-Âge, Gabriel Cholette semble aussi vouloir analyser ce qu’il fait et ce qu’il voit. Ces fêtes n’ont-elles pas un petit air rabelaisien? Ces longs moments où le temps semble s’arrêter, à la fois très lent et très court ne réfèrent-ils pas à la temporalité médiévale? Il lui aura fallu quatre pèlerinages dans la ville éternelle des excès, Berlin, pour comprendre que ce qu’il cherchait était peut-être à portée de main. Jacob.

Jacob Pyne qui a fait les illustrations et Gabriel Cholette ont d’abord créé une page Instagram, carnetunderground, pour ensuite élaborer ce livre-objet plus ambitieux qui vient tout juste de paraître chez Triptyque dans la collection Queer dirigée par Pierre-Luc Landry. Dans la lignée des Guillaume Dustan, Hervé Guibert, Brett Easton Ellis, Tao Lin et autres, l’auteur écrit, pour emprunter une fois de plus au médiéval, dans une langue bien vernaculaire, rauque et brute qui laisse peu de place à l’imagination. Un français qui inclut beaucoup de mots et d’expressions anglaises, comme dans la vie. Les dessins sont encore plus explicites. Toutefois ce ne sont pas les trips de drogues qui sont dessinés mais les fantasmes sexuels, les garçons nus, bandés, en action. L’auteur nous prévient d’emblée : « Envoyez pas ça à ma mère. » Le visuel du livre offre un contrepoint à l’histoire, nous fait voir la partie rêvée du récit.

Dans une brève incursion dans son passé adolescent où il raconte sa hantise des vestiaires de gymnase, l’auteur ouvre une brèche sur ce qui pourrait bien être ses écrits du futur. Un romancier qui pratique l’introspection et l’auto-fiction sans pudeur . On voudrait savoir ce qui a construit celui qu’est devenu Gabriel Cholette au goûts pour le moins éclectiques. Et on trépigne d’impatience de connaître ce que le futur lui/nous réserve.

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