Festival international Montréal Nouvelles Musiques 21

Parce que vous savez quoi, le Festival international Montréal Nouvelles Musiques 21 était, cette année, présenté en ligne, accessible et gratuit. On trouvera les crédits pour les concerts dont il est question ici en bas de page.

Après un premier concert qui semblait plus intéressant sur papier que dans la vraie vie virtuelle, le festival international Montréal Nouvelles Musiques, présenté par la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), a vraiment commencé avec le concert du quatuor Molinari et ses invités. Comme toujours, le quatuor Molinari a offert un concert de très haute tenue. Quoique le programme était composé d’oeuvres aux esthétiques un peu trop classiques pour ce qui devrait être un festival de découvertes et de nouvelles musiques, l’interprétation et la performance étaient en tout point époustouflantes et c’est ce qu’on en retiendra. Présenté en fin de concert, le quintette de R. Murray Schafer a été particulièrement brillant, la pianiste Louise Bessette apportant un souffle virtuose et fougueux qui clouait sur place l’auditeur, fut-il écrasé dans son fauteuil à la maison.

Le plus grand coup de coeur va toutefois au merveilleux Lachrimae. Encadré des Nova et Supernova de Thierry Tidrow, intercalés avec les Éphémérides de Trevor Grahl, jamais les Lachrimae de John Dowland n’auront été aussi passionnantes. Les deux compositeurs, ceux qui sont encore vivants on s’entend, ont réussi l’intégration de deux ensembles que beaucoup sépare normalement : le quatuor Bozzini, particulièrement aventureux en musique expérimentale et actuelle, et les Boréades de Montréal qui touche uniquement au répertoire ancien et baroque (plus maintenant!). L’orgue agissait comme une jointure entre les différentes sonorités dans cette excellente performance. Les pièces que Tidrow et Grahl ont écrites forment un véritable tout avec le Dowland. On peut parler ici d’une seule et grande oeuvre. Trevor Grahl a osé commencer sa sixième Éphémérides par-dessus la fin du sixième Lachrimae joué ici à l’orgue solo. Pas en reste, Thierry Tidrow allonge le dernier accord du dernier Lachrimae de Dowland pour commencer sa Supernova. Touchant, émouvant et surtout emballant. Entre les larmes du XVIIè siècle et le cosmos du XXIè on aura été ému et comblé. Mieux que dans notre imagination, on a entendu les étoiles mourir, les étoiles siffler et s’éteindre, les supernovas éclater. Les mots manquent pour expliquer l’émotion ressentie, il faut aller écouter : c’est en ligne et c’est par ici.

Productions Supermusique a réuni à peu près toute la scène de musique expérimentale et d’improvisation montréalaise pour présenter Le cabaret qui ruisselle. Une soirée qui nous a démontré qu’en laissant seulement cinq minutes à chaque participant on restera souvent sur notre faim. Les artistes ont besoin d’un peu plus de temps sur scène pour explorer plus en profondeur la matière sonore, c’est particulièrement vrai en improvisation. Toutefois, Maya Kuroki en duo avec Tamara Filyavich ont réussi à briller plus brillant. L’équipe de production a raté une belle occasion d’investir un plus grand plateau pour avoir peut-être sept ou huit zones de performance, ce qui aurait allégé autant l’ambiance que le rythme du spectacle.

Silvio Palmieri, La chute 2004 (détail)

Après la très émouvante soirée hommage au compositeur Silvio Palmieri, une question demeure : comment se fait-il qu’il ne soit pas plus connu? Son travail est accessible, en particulier ses oeuvres vocales. Sarah Albu, véritable révélation du festival, a ébloui dans une version bouleversante des Poesiole Notturne. Cette voix est capable de tout! Le baryton Dion Mazerolle, qui avait le plus grand rôle dans l’extrait de l’opéra Elia, a lui aussi chanté avec une extraordinaire intensité. Les deux préludes pour piano interprétés de main de maître par Louise Bessette ont été surprenants. Surtout le quatrième, L’ultimo agone , offert en création où la pianiste a improvisé (pour la première fois en public semblerait-il) avec succès. La pièce est construite autour des harmoniques du do#. Le onzième prélude est également construit autour du même do#, note de l’acouphène qui affligeait le compositeur. Répétée ainsi, un peu à la manière du Gibet de Ravel, le do# devient aussi une obsession pour l’auditeur. Enfin, l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+) auquel s’est joint les membres de l’ensemble Paramirabo a brillé dans ce répertoire qui lui sied si bien. Une soirée de performance de haut niveau. Une soirée forte en émotion. Une soirée qui nous a par contre rappelé que certains-es compositeurs-trices mériteraient une plus grande place dans le milieu de la musique actuelle.

Écouté par petits bouts ici et la, La grande nuit 2021 – Au-delà de la notation séduit par ses musiques mais lasse par ces long palabres de compositeurs-trices qui avaient pour tâche de répondre à deux questions : Au-delà de la notation? Au-delà des frontières? Exercice un peu futile. La formule est à revoir. On ose espérer qu’en salle le concert prendrait une forme plus énergique. Seul événement réellement international du festival, il était toutefois étrange de constater que la partie électronique du festival, donc la plus aisément virtuelle, ne réussisse pas à trouver la bonne formule pour être présentée en ligne.

En clôture de festival, un concert de l’ensemble Paramirabo nous aura laissé perplexe. Les musiciens sont plus que compétents et la volonté et le dévouement à bien rendre la musique qu’ils interprètent transparaît en tout temps et toutes circonstances. Ce qui déçoit par contre est le choix du répertoire. À l’écoute de la très naïve et immature In My Twenties de Ivana Quehl ou du brouillon Zone V de Vincent Collard on est en droit de se demander s’il y a une direction artistique à bord. Ces pièces ne méritent tout simplement pas une telle diffusion. Il a fallu attendre la fin du concert, avec les pièces de Filidei et Murail pour enfin entendre de quoi l’ensemble est capable. Et Paramirabo est justement, très capable!

Si on comprend que le festival international (?) Montréal Nouvelles Musiques soit une création de la SMCQ et de son directeur artistique Walter Boudreau, il semble qu’il serait plus que temps pour le festival de prendre un virage vers la musique… nouvelle. Trop ethno-centré sur la production québécoise, trop égo-centré sur son directeur artistique à qui deux concerts sur 11 étaient consacrés, le festival dans sa mouture actuelle ne peux plus porter le nom de musiques nouvelles. Et encore moins une thématique Au-delà des frontières alors qu’aucun concert ne nous soit venu de l’extérieur justement. C’était pourtant l’année idéale pour ce faire, on aurait très bien pu diffusé en ligne des concerts provenant de grandes capitales culturelles en économisant sur les frais de tournée des musiciens-nes. On l’aura compris, la scène de la musique actuelle québécoise est riche d’ensembles et d’interprètes hors pair. Par contre les voix de trop de compositrices et de compositeurs ne sont pas ou peu entendues. Il n’est pas nécessaire d’attendre que les compositeurs-trices meurent, comme Silvio Palmieri, pour les jouer. Trop d’artistes véritablement innovants-es sont marginalisé-es, écartés-ées par la direction artistique du festival et de la SMCQ. Où étaient les James O’Callaghan, Symon Henry, Maxime Corbeil-Perron, Alexandre David, Émilie LeBel, et autres Joseph Glaser?

Avec enthousiasme et espoir, souhaitons un rapide changement et à la tête du festival MNM et à la tête de la SMCQ!

Molinari à la carte

Oeuvres de John Zorn, Krzysztof Penderecki, Quinsin Nachoff et R. Murray Schafer

Quatuor Molinari | André Moisan : clarinette | Louise Bessette : piano — vendredi 19 février 2021, 19h30

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Lachrimae

oeuvre de Thierry Tidrow, Trevor Grahl et John Dowland

Quatuor Bozzini et Les Boréades de Montréal — dimanche 21 février 2021, 19h30

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Le cabaret qui ruiselle

Productions Supermusique avec : Michel F. Côté | Danielle Palardy Roger | Duo Freedman/Thompson |House of Gold | Gabriel Dharmoo | Nous perçons les oreilles | Kathy Kennedy/Virgil Sharkya | Pierre-Yves Martel | Jennifer Thiessen/Ida Toninato | Duo Girard-Charest/Gironnay | Provisional Mailorder | Palacio-Quintin + Lauzier | Tamayugé | Eguiluz trio | Chorale Joker — mercredi 24 février, 19h30

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Poesiole – Hommage à Silvio Palmieri

ECM+ Ensemble contemporain de Montréal et Ensemble Paramirabo, Véronique Lacroix, cheffe |Louise Bessette, piano | Sarah Albu, soprano | Dion Mazerolle, baryton | Florence Bourget, mezzo-soprano — jeudi 25 février, 19h30

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Couleurs et lumières

oeuvres de Linda Bouchard, Ivana Quehl, Mario Davidovsky, Vincent Collard, Francesco Filidei et Tristan Murail.

Ensemble Paramirabo — dimanche 28 février, 19h30

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