Judy Quinn : Tout est caché

Judy Quinn : Tout est caché

avec Ben Kingsley dans le rôle principal

illustrations : Anna Quinn

Éditions du Noroît, 2021, 82pp

Dans son plus récent recueil, Tout est caché, la poète Judy Quinn nous raconte l’après. L’après catastrophe environnementale. Le moment où « les morts prennent le pouvoir sur Terre ». Malgré cette prémisse, la situation ne semble pas dramatique. Les personnages errent sans but ni appréhension. Ici, la mort n’est pas désespérante, la mort ressemble en tous points à la vie. Sauf qu’elle est parsemée de souvenirs, de quelques regrets, de réminiscences et de deuils. Une vie qui serait éternelle, sans finalité. Et si la mort n’était en fait que l’inverse de la vie?

des colonies d’hommes et de femmes inversés

avec leurs cantiques lacrymogènes

et leurs lampions inversés

qui font du noir dans la lumière*

Judy Quinn a le rare talent de prendre les mots du quotidien et de leur donner une nouvelle lumière, non pas une nouvelle définition mais plutôt une utilisation inattendue. De la même façon, elle transforme une star du cinéma, Ben Kingsley, un président des États-Unis, Donald Trump, en personnages de fiction, comme s’ils n’existaient pas en réalité. La langue et la poésie de Judy Quinn se construit en ré-imaginant le vernaculaire et le populaire. Ici, nul besoin d’un dictionnaire pour comprendre la teneur du propos, mais plutôt d’une grande ouverture d’esprit, d’un regard curieux. Ce qui demande, on en conviendra, un peu plus de temps au lecteur. Le rythme de lecture, de la découverte est inversement proportionnel à la vitesse à laquelle les images nous éblouissent tout en candeur et en pudeur.

Voilà le mot qui manquait jusqu’ici. La poésie de Judy Quinn est pudique, humble même. La mort, thème souvent traité avec grandiloquence et larmoiements devient ici le quotidien, le banal, la norme. Puisque tout est caché, un voile recouvre le visage grimaçant, dissimule la douleur, camoufle l’agonie et autres vicissitudes reliées à la mort. La mort ne sera rien d’autre que la vie à l’envers. Tout simplement. Oublions donc ces vies après la mort, ces réincarnations. Inversons-nous. Désormais, l’humain entraine dans la mort plutôt que de donner la vie.

Touchant, Tout est caché est un recueil qui restera longtemps d’actualité. Les catastrophes environnementales ne peuvent aller qu’en s’amplifiant. La vie, on l’aura compris depuis quelques mois, est plus fragile qu’on ne le pense. La longévité chez l’humain s’est raccourcie à cause de la pandémie. Ce recueil puise à l’essence même de l’existence et anticipe un futur moins brillant qu’on ne pourrait l’imaginer. Mais, en dédramatisant la mort, en la rendant supportable, ces poèmes offrent une vision non-négative – on ne peut pas parler de positivisme ici – de la vie de demain. Les illustrations abstraites réalisées par Anna Quinn, les couleurs pimpantes utilisées sur la couverture et les dessins blanc sur noir qui s’intercalent entre les poèmes – l’inverse, comme le négatif d’une photo–, renforcent cette impression douce-amère, raffinée et subtile exprimée dans la poésie de Judy Quinn. Un très bel objet, un livre sensible qu’on prendra plaisir à lire et relire au fil du temps qui passe.

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* Judy Quinn, Tout est caché, Éditions du Noroît, 2021. page 35

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