CD

Intoxidation

Sarah Albu : voix, monotron, pédales, walkie-talkies | Vergil Sharkya‘ : synthétiseur, vocodeur, effets

Mikroclimat, MKR 116

Intoxidation est disponible sur Bandcamp

Qu’est-ce que le rétro futurisme sinon une façon de voir le futur en tenant compte des acquis du passé? Dans Intoxidation, première composition partagée entre le compositeur Vergil Sharkya’ et la vocaliste expérimentale Sarah Albu, il y a beaucoup de datas ingérées et reprogrammées. On sent ici l’influence de la musique concrète et électroacoustique des débuts, celle des années 60. Mais on y trouve également des lignes vocales presque classiques, dans Mâchoire de sirène par exemple. Un sentiment de déjà vu, une madeleine qui nous ramène à l’époque où le futur était fabuleux et propre. Mais plus on avance dans l’écoute, plus on comprend que le travail des deux artistes va beaucoup plus loin. On y entend une relecture des classiques et un collage, comme en art visuel, de différentes matières sonores. Superposée en plusieurs couches, la palette sonore est d’une grande richesse. Le collage nous ramène à l’époque des surréalistes, et c’est justement aussi un peu de surréalisme qu’on entend dans cette musique; un surréalisme qui se retrouve même dans le titre de certaines pièces. Un surréalisme rétro futuriste? Tout à fait! 

Dans coquillage radio vs. ancient sea receiver et récepteur de la mer antique vs. radioshell, les pistes 4 et 5, les artistes jouent un peu avec nous et nos oreilles. Difficile de dire s’il s’agit exactement des mêmes bandes présentées de façon différente, en passant d’une oreille à l’autre, en donnant plus de volume à une bande qu’à l’autre, mais ce petit tour de virtuosité fait forcément sourire, nous donne l’impression, vraie ou fausse, de comprendre ce qui se passe.

… merely a vehicle for the sauce est la pièce la plus ambitieuse de l’album. Ici Sarah Albu utilise toute la gamme de sons qu’une bouche puisse produire. La voix de Sarah Albu est remarquablement pure, elle utilise très peu de vibrato, une voix blanche qui tout à coup s’étrangle ou semble se diffracter. Ça va des arpèges chantés les plus purs et justes en passant par le miaulements, le bruits de vibration fait avec les lèvres, le chant de gorge, etc. L’entourage électronique sert surtout d’accompagnement et d’amplificateur. Voici donc ce à quoi pourrait ressembler un grand aria au XXIè siècle. Une pièce de virtuosité, un mini-drame où toute la technique et la sensibilité de la chanteuse sont mises à contribution. Une grande réussite tant au niveau compositionnel qu’au niveau de l’interprétation. 

Voici donc un album avec un programme, un début, une fin, de vastes et grands moments et des moments plus drôles, un album où la grande complicité entre les deux artistes se transcende dans ces magnifiques chants. 

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Intoxidation

Sarah Albu : voice, monotron, pedals, walkie-talkies | Vergil Sharkya‘ : synthesizer, vocoder, effects

Mikroclimat, MKR 116

What is retro futurism if not a way of seing the future holding on what comes from the past? In Intoxidation, first shared composition between composer Vergil Sharkya’ and the experimental vocalist Sarah Albu, there is a large number of datas that were entered and reprogramed. We can feel here influences from concrete musique and electronic music from its beginning around the 60s. But we can also hear some almost classical vocal lines, as in Mâchoire de sirène for example. A ‘déjà vu’ impression which bring us back when future was bright and clean. But as we dig in the listening, we understand the two artists want to bring us much further. We understand we are facing here a reinterpretation of the classics and a collage, as in visual arts, of diverse sound schemes. Superposed in many layers, this is a very rich sound palette. The collage reminds us of the surrealism era and, in fact, there is some surrealism in the music and the titles of the pieces. Is this retro futurist surrealism? Of course. 

In tracks number 4 and 5 : coquillage radio vs. ancient sea receiver and récepteur de la mer antique vs. radioshell the artists play with our ears. Hard to say if this is the same tracks  played differently, simply switching from one ear to the other, giving more volume to one track then to the other, but this little virtuosity trick makes you smile and makes you feel, true or not, you suddenly understand what is happening.

… merely a vehicle for the sauce is the most ambitious piece of the album. In this song, Sarah Albu uses the entire spectrum of sound a human can possibly produce with the voice. Sarah Albu’s voice is remarkably pure, she uses very little vibrato, a white voice that suddenly cracks or seem to diffract. From pure arpeggios to meows, vibration noises made with the lips to throat singing, etc. The electronic are there to accompany and amplifie. Here is what can be consider an aria from the 21st Century. This is a virtuoso music, there is a mini-drama, a story, so the technical and sensitive aptitudes of the singer are fully implied. Both the performance and the composition make this a very successful piece. 

This album has a program, a beginning, an end, some vast and great moments, some funny moments, this album reflects the perfect harmony between the two artists and this harmony transcends through magnificent songs.

Intoxidation is available on Bandcamp

Siamois Synthesis : Feu aimant

Sylvain Gagné : basse | Maya Kuroki : voix | Simon Trottier : guitare, steel pedal | Maxime Corbeil-Perron : claviers, électroniques

Ambiance Magnétique/collection qb | DAME

Voilà un Feu aimant qui a tout ce qu’il faut pour aimanter le regard et l’écoute. Le groupe derrière cet incendie jubilatoire, Siamois Synthesis, y proclame l’aspect synthèse de leur musique. Car l’album forme un condensé de diverses influences de musiques expérimentales, rock, techno, folk, ambiant et autres passant d’une piste plus énergique à une autre plus planante. Éclectique dans ses références, l’album est toutefois d’une grande cohérence, les pièces découlent naturellement l’une de l’autre. On pourrait penser à du Cibo Matto des débuts un peu moins fort en sucre particulièrement à cause de la voix de Maya Kuroki, à du Arca moins sombre à cause de la parfois très sale guitare électrique de Simon Trottier et de la basse de Sylvain Gagné. Musique très cinématographique, on rêve d’un show avec vidéo, un art où excelle Maxime Perron-Corbeil qui (pour l’instant) se trouve aux claviers et à l’électronique. Ce dernier a une longueur d’avance lorsqu’on parle de feu. Vu à Toronto l’an dernier, un vidéo musical, Displacement, nous donnait à voir un feu de camp, une image hypnotisante qui est scotchée sur ma rétine depuis. 

Les cinquième et sixième pistes, TriggerWarning_drumsdrumsdrums et Urizen, s’enchaînent sans arrêt et forment le coeur de cet enregistrement : une lente mais inexorable montée dramatique d’intensité. Urizen est un personnage mythologique dans l’univers littéraire de William Blake qui représente l’incarnation conventionnelle de la raison, de la loi. Un personnage inquiétant, menaçant que la musique de Siamois Synthesis rend avec beaucoup de réalisme. 

Disponible en version téléchargeable ou en vinyle LP, Feu aimant mérite de nombreuses réécoutes. Un album avec un concept qui marche, un band de quatre musiciens aux forces égales qui de toute évidence prennent un grand plaisir à travailler ensemble, une musique à la frontière entre musique expérimentale et musique pop qui nous fait croire en un avenir coloré et diversifié de la musique. Les concepts hybrides sont souvent vecteurs de changements, catalyseurs de nouveaux mouvements, Siamois Synthesis a tout pour connaître un succès planétaire et on attend avec impatience un deuxième album et surtout, le spectacle qui viendra avec. 

L’album est disponible sur le site de Actuelle cd et sur Bandcamp

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Siamois Synthesis : Feu aimant

Sylvain Gagné : bass | Maya Kuroki : voice | Simon Trottier : guitar, steel pedal | Maxime Corbeil-Perron : keyboards, electronics

Ambiance Magnétique/collection qb | DAME

If one would translate the title of this album, Feu aimant, this would probably give something as ‘magnetic fire’. Indeed, as a fire, this album acts as a magnet for the ears and the eyes. Siamois Synthesis, the name of the new band, also unveils the content of the album: a synthesis of different musical influences such as experimental, rock, techno, folk, ambiant and more, where tracks alternate between a more energetic music and a more floating and meditative one. If its references are quite eclectic, the album is very coherent though, tracks flow naturally one from the other. We could evoke some Cibo Matto from the first years in a less sweetened version mostly because of the voice of  Maya Kuroki, or we could also recall of a less dark Arca mostly because of the sometimes very dirty electric guitar of Simon Trottier and of the bass of Sylvain Gagné. The music is very cinematographic, we dream of a show with video, an art where Maxime Perron-Corbeil is excellent, for now you find him at the keyboards and the computer. Perron-Corbeil is a few steps ahead when talking about fire. Seen last year in Toronto, a musical video, Displacement, offered a bonfire, a mesmerizing image that still is glued to my retina since. 

The fifth and sixth tracks, TriggerWarning_drumsdrumsdrums and Urizen, follow each other with no stop and are the chore of this recording: a slow but relentless crescendo in a dramatic intensity. Urizen is a mythological character from the literary universe of William Blake, an embodiment of conventional reason and law. A frightening character that Siamois Synthesis renders with a strong realism. 

Available in downloadable format or in vinyl LP, Feu aimant deserves many listenings. An album with a good concept, a band of four equally talented musicians who obviously enjoy playing together, a music at the thin edge between experimental and pop which make us believe in a colorful and diverse future for music. Hybrid concepts are good change agents, catalysts for new movements, Siamois Synthesis has everything to get international recognition and we can’t wait for a second album and are impatient to see them on stage.

The album is available on the web site of Actuelle cd and Bandcamp 

Paolo Calvinato, fragment de/of : In the Room, 2020

Neglected Auguries

par Kevin Gironnay & Julien Vincenot

Kevin Gironnay : guitare préparée avec pédale | Julien Vincenot : électro

Elli records

Kevin Gironnay a enregistré, sur guitare préparée (bonjour Monsieur Cage) enrichi d’une pédale d’effets, en compagnie de Julien Vincenot, qui lui s’est amusé à créé des sons à l’ordinateur, un court album qu’on pourrait qualifié de musique électro-spatiale. Une musique minimaliste, dans le sens qu’elle ne demande pas la participation d’un orchestre complet, mais une musique qui n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Si vous fréquentez des artistes tels Aphex Twin ou Karlheinz Stockhausen vous serez en terrain familier. Improvisée mais structurée, cette musique explore la beauté et la profondeur du son. D’une dimension architecturale, le diverses couches sonores semblent distantes les unes des autres créant ainsi un espace et parfois un écho. Comme si les diverses sources sonores avaient été placées dans un immense entrepôt, cathédrale des temps moderne, et que le son s’amusait à s’y promener.


Les quatre pièces sont de textures et de sonorités très proches et s’écoutent d’une seule traite. Comme si on lisait un seul et long poème. La quatrième pièce, Then the cloud rolled back, se vit comme un lent crescendo, une ascension en montée. La répétition devient rythme, l’écho devient transition.  

L’enregistrement s’est fait à l’été 2019 lors d’une rencontre entre les deux musiciens. Un peu oubliée depuis, cette session d’enregistrement est revenu à leur mémoire au début de ce moment de grand ennui qu’est, qu’aura été le confinement. C’est donc le label Elli records (France) qui produit la version numérique téléchargeable, où on prévoit présenter une quinzaine (!) d’autres albums d’ici peu. Cette période de confinement sera donc une chance pour le label français d’éditer, de masteriser tout un tas de matériel qui attendait d’être mis au monde. On peut se procurer l’enregistrement sur Bandcamp qui fort justement les vendredis 5 juin et 3 juillet ne percevront pas les frais qu’ils retiennent normalement sur la vente, donc tout le produit des ventes ira directement aux artistes. En ces temps de vaches très très maigres pour les musiciens, les compositeurs et les performeurs voilà qui est bienvenu!

Disponible sur Bandcamp

Neglected Auguries

by Kevin Gironnay & Julien Vincenot

Kevin Gironnay : prepared guitar and pedal | Julien Vincenot : electro

Elli records

Kevin Gironnay has recorded, on prepared guitar (hello Mister Cage) and pedal, with Julien Vincenot, who had on his side created sounds on the computer, a short album of what one could qualify as electro-spatial music. For sure minimalist, meaning it did not need a full orchestra to create it, this music is far of being as simple as it may sound. If you are familiar with artists as Aphex Twin or Karlheinz Stockhausen, you should feel in secure ground. An architectural dimension is created by diverses layers of sound, made distant from each other offering space and sometime some echo. As if the numerous sources of sound had been placed in a huge warehouse, cathedral of modern eras, and as if the sound enjoyed strolling around. 

The four pieces have a pretty similar texture and aspect and are to be listen in one set, as the reading a long poem. The fourth piece, Then the Cloud Rolled Back, feels like a long crescendo, an ascent up. The repeated motif becomes rhythm, the echo becomes transition. 

The recording was made in summer 2019 when the two musicians met. They forgot about it for a while and it came back to their memory at the beginning of this long moment of boredom that is and will be the confinement. The label Elli records (France) produced this downlable version, and is planning to present about fifteen (!) more albums soon. This period of isolation will then be a chance for the French label to edit, masterize a lot of material that was just waiting to be heard. The album is available on Bandcamp which very wisely will not perceive the normal fees they withdraw from the sales on Friday June 5 and July 3, so the entire revenu from the sales goes directly to the artists. In these very dry times for musicians, composers and performers, this is more than welcome.

available on Bandcamp

normand babin 

Gabriel Dharmoo : Quelques fictions, pour voix

Gabriel Dharmoo : compositeur et voix | Élizabeth Lima : voix | Priya Shah : voix | collectif vocal Phth | choeur des campeurs du Camp musical Père Lindsay

Production DAME, Ambiance Magnétique AM253

Gabriel Dharmoo pratique l’humour en musique depuis un certain temps. Dans ce tout nouvel enregistrement, il présente sept pièces écrites entre 2009 et 2019, toutes pièces pour voix, toutes surfant à la frontière entre réalité et fiction, là où le compositeur se sent le plus à l’aise… Quand on connait un peu son parcours, on sait qu’il a étudié les musiques traditionnelles de plusieurs pays asiatiques et sud-asiatiques. Il a aussi appris des techniques vocales complexes comme celle du chant de gorge. Évidemment, il a aussi une vaste culture en musique occidentale classique que tout compositeur se doit d’avoir. Fort de toute cette richesse, de cet immense savoir, il compose des parodies, des pastiches qui sont si près de ce qu’on imagine parfois être la réalité, qu’on se surprend à cligner des… oreilles, tellement l’impression d’authenticité est frappante. 

Gabriel Dharmoo combine quelques techniques, quelques caractéristiques de certaines traditions musicales et en fait un habile mélange, créant ainsi une fausse nouvelle tradition. Prenons Vaai Irandu, la dernière piste de l’album, qui devrait peut-être être écoutée en premier tellement cette musique est séduisante. On semble entendre une basse statique, grave, nous donnant l’impression d’un chant tibétain, d’un ‘om’ de méditation. Mais la mélodie qui s’y rajoute explose et devient semblable à celle de la danse kathak, la musique dhrupad, une mélodie enlevée, vivante et virevoltante. Le très beau contraste entre les deux parties rend cette musique irrésistible. Avec une énergie toute différente, Notre meute, une des pièces les plus souvent jouées du compositeur, interprétée ici par son groupe vocal Phth (arrangez-vous pour le prononcer) emprunte à tellement de sources, recréé tellement de traditions, vraies ou fausses, que l’auditeur est véritablement dépaysé, dans le sens d’être dépourvu d’un pays, si cela se peut. Ça commence par ce qui semble un appel à la prière ou au rassemblement, un chant de muezzin remixé. Au cours des brèves 12 minutes que dure la pièce, on y entendra des chants funèbres, des pleurs, des chants grégoriens, du beat box, du chant gitan ou peut-être arménien, qui sait? du vent, du chant à bouche fermée. Quand je dis qu’on y entend, il faudrait plutôt dire qu’on y ressent, qu’on a l’étrange impression d’avoir déjà entendu tout ça mais toujours par petits bouts, dans d’autres contextes. Un peu comme si il s’agissait d’une collection de citations vocales. Ravigotante musique, on y entend aussi un opéra de poche, un drame s’y passe. Parce qu’après tout, il y a souvent dans la musique vocale, presque toujours en fait, une histoire, un récit. Comme ce récit est en langue inventée, chacun peut à loisir interpréter à sa guise les détails de l’histoire racontée. 

Alors qu’il pastiche des traditions imaginées, Gabriel Dharmoo fait aussi partie d’une certaine tradition: celle des poètes et compositeurs qui ont inventés des langues, forgés des mots nouveaux. Dans cette lignée, on compte aussi Claude Gauvreau et Claude Vivier qui ont, chacun à leur façon, créé une oeuvre fleurie où la langue est inventée et poétique. Gabriel Dharmoo amène le concept un peu plus loin en nous faisant croire que cette langue existe vraiment. Tellement bien calquée sur de véritables langages qu’elle devient crédible. Pour rendre cette oeuvre de façon aussi convaincante, qui de mieux que le compositeur lui-même pour l’interpréter. Il est à l’avant plan ou en solo dans toutes les pièces de l’album. Il est même son propre duettiste dans l’amusant Duo de Moogeon. En tout  l’interprétation est impeccable et vive avec une prise de son qui rend bien l’intense présence des voix. Parce qu’il y croit profondément, chaque son, chaque note, chaque syllabe nous convainc. Que ce soit le bruit de la pluie, du vent, que ce soit un chant funèbre, on y croit sans retenue et on écoute avec fascination. Le compositeur pratiquerait donc l’humour en musique, mais quand allons nous rire? Après. Seulement lorsqu’on se rendra compte qu’il nous a bien eu. Et à tout coup, il nous aura. 

Disponible sur Actuelle CD, sur Bandcamp et autres…

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Gabriel Dharmoo : Quelques fictions, pour voix

Gabriel Dharmoo : composer and voice | Élizabeth Lima : voice | Priya Shah : voice | vocal collectiv Phth | choir of campers at Camp musical Père Lindsay

Production DAME, Ambiance Magnétique AM253

Gabriel Dharmoo has been successfully using humor in music for quite a while. In this new recording, he presents seven pieces written between 2009 and 2019, all music for voice, all surfing on the thin edge between reality and fiction, exactly where the composer feels the most comfortable… When we know a bit about his background, we know he has studied traditional music of many asian and south asian countries. He also has learned complex vocal techniques as throat singing. Obviously, he also has a vast culture in occidental classical music as any composer must have. With the strength of all this richness, this immense knowledge, he composes parodies, pastiches that are so close to what we imagine reality sometimes is, we surprise ourselves blinking… with our ears, the impression of authenticity being so stunning.

Gabriel Dharmoo combines a few techniques with a few trademarks of some musical traditions and remixes it, creating new false traditions. In Vaai Irandu for example, last track of the album, which maybe should be listened first, this music being so attractive; we hear a static low voice, giving us the impression of a Tibetan chant, a meditative « om ». But then a melody is added to this, explosive and joyful, the melody recalls of kathak dance, dhrupad music, a thrilling, lively and fluttering melody. The very beautiful contrast between the two parts makes this music absolutely irresistible. With a totally different energy, Notre meute, one his most popular compositions, performed here by his vocal group Phth (just try to say this) borrows to so many sources, recreates so many different fake or real traditions that the listener is disoriented, as if there were no east, no west. It begins with what sounds like a call to pray, to gather, a remixed version of a muezzin song. Through the short 12 minutes the piece lasts, you will hear funeral songs, tears, Gregorian chants, beat box, gypsy singing, Armenian music maybe, who knows? wind, closed mouth singing. When I say we hear, I should rather say we feel, we have the feeling that we have heard something like that somewhere, but always just by bits and pieces. As if it were a collection of vocal quotations. Invigorating music, we can also hear there a pocket opera, a drama happening. Because after all, often and almost always, there is a story in vocal music. Because this story is written in an imaginary language, each and everyone can choose how to perceive the details of the drama being told to us. 

As he mimics imaginary traditions, Gabriel Dharmoo is also part of a certain tradition, the one of poets and composers who created languages, moulded new words. Claude Gauvreau and Claude Vivier also have, in their own way, created a flourishing work where the language is new and poetical. Gabriel Dharmoo brings the concept a bit further trying to make us believe this language truly exists. So well copied on real languages that it becomes trustworthy. To play these compositions convincingly, no one could be better than the composer himself. He is up front or soloist in every pieces on the album. He even is his own duettist in the funny Duo de Moogeon. Everywhere the performance is impeccable and crisp with a sound recording that renders well the intense beauty of the voices. Because he believes deeply in what he writes, each sound, each note, each syllable convince us. May it be the noise of the rain or the wind, may it be a funeral song, we believe unconditionally and we listen, fascinated. I said the composer is using humor, but when are we going to laugh? After. Only when we’ll realize that he got us. And every single time, he will get us. 

Available on Actuelle CD, Bandcamp and others…

Symon Henry : voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire (l’un.e sans l’autre)

Ensemble Supermusique, direction: Danielle Palardy Roger

Joane Hétu: saxophone alto, objets | Jean Derome: saxophone alto, flûtes, objets | Lori Freedman, clarinettes | Scott Thompson, trombone | Guido Del Fabbro, violon | Pierre-Yves Martel, viole de gambe, cithare | Alexandre St-Onge, basse électrique | Isaiah Ceccarelli, percussions | Guillaume Dostaler, piano | Rémy Bélanger de Beauport, violoncelle

Productions DAME, Ambiances magnétiques AM251

La pièce voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire de Symon Henry a déjà une vie. Créée pour l’ouverture du Pavillon Lassonde du Musée des Beaux-Arts du Québec par l’orchestre symphonique de Québec, c’est dans un arrangement de Danielle Palardy Roger pour l’Ensemble Supermusique qu’elle a été enregistrée fin 2018. La musique de Symon Henry a ceci de particulier qu’elle est à demi improvisée, ses partitions étant dessinées plutôt qu’écrites en notation traditionnelle. Les courbes, les montées, les descentes définissent le mouvement mélodique alors que la densité des traits et les couleurs définissent l’orchestration et les volumes sonores. La part des musiciens qui jouent cette musique est donc immense dans l’interprétation qui en est faite. Mais les personnes qui écoutent ont aussi leur voix dans l’interprétation de cette musique. Symon Henry écrit cette musique comme une poésie, laissant place aux diverses façons de la comprendre. Aussi, pour rendre compte de l’écoute que j’en aurai fait, il faudra accepter que cette interprétation en soit une parmi des milliers.

La pièce comporte six parties qui s’enchaînent sans interruption. voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire commence avec de Grandes horizontales et nuages d’étoiles. On devine donc que ces lignes droites ne se toucheront pas, que les lignes, aussi intranquilles soient-elles, ne se rencontrent pas. Cette prémisse est donc assez contemplative et extatique et exprime l’impossible connection, l’impossible communication. Les rencontres commencent à la deuxième partie. Les lignes droites, des sons filés en quelques sortes, sont superposées à un fond de cliquetis des cordes et du piano. Un solo de violoncelle, repris par le saxophone montre une plus grande tension dramatique, ce que donnent parfois les rencontres et les séparations qui s’ensuivent. Ce mouvement se termine sur des chants d’animaux qui semblent souffrir, à bout de souffle. Avec une transition au violoncelle —décidément, Rémy Bélanger de Beauport a la part belle dans cet enregistrement— la troisième partie, Entrelacs et épuration, voit le violoncelle et le piano poser les jalons de ce qui suivra. Après un arrêt dans le flux, les sons se font plus courts, plus dispersés. Ce qui mène à la presque mort du long souffle qui menait la pièce depuis le début. La quatrième partie, Accords et impulsions, va être le catalyseur du reste de la longue pièce. Le piano mène avec un fort pointillisme vers Les nues. —Ici on s’arrête pour définir ce que sont les nues, mot qu’on utilise surtout dans des expressions toutes faites: tomber des nues, porter aux nues. Mais que sont les nues? Le ciel, nuageux ou non, les nuages— Sur un rythme presque dansant avec moult tapotements se superposent de grandes descentes en glissandos, des montées en fusée, des climax exacerbés à l’image de coïts extatiques. Ici, c’est le grand tremblement de terre, là où tout se joue. Ça se termine sur un plateau, très haut dont les cordes et les bois ne descendront pas jusqu’à la fin de la dernière section, Résonances. Encore une fois, nous avons ici de grandes horizontales. Le piano, les percussions et le violoncelle sont dans le grave de leur registre respectif. Le tout se termine sans que ces lignes horizontales ne se touchent. Planant chacune de leur côté, les lignes vivent leur extase grandiose en aparté. 

Jusqu’à la fin du XXème siècle, la musique était surtout un art de reproduction. Les musiciens condamnés à reproduire de leur mieux ce qu’est une sonate de Beethoven, une symphonie de Bruckner, un opéra de Berg. Symon Henry, avec beaucoup d’autres compositrices et compositeurs écrit une musique qui laisse libre court à la performance, à l’expression des points de vue des musicienNEs interprètes. Ille laisse également la place à celles et ceux qui écoutent cette musique toute latitude dans ce qu’on peut y entendre, y voir, y ressentir. J’ai entendu beaucoup d’extase, de souffle dans voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire. J’y ressent certaines influences, comme celles de Ligeti, Stockhausen ou même Messiaen. Mais je suis parfaitement conscient que ce n’est là qu’une des multiples façons de percevoir cette musique. D’autres ensembles ou orchestres joueront cette musique. La barre sera haute, il faut bien le dire, car l’Ensemble Supermusique en fait ici une interprétation inspirée et de grande qualité technique. Mais ceux qui voudront interpréter cette musique à nouveau pourront nous donner une version assez différente de la présente. Tout comme en poésie, tout se trouve entre les mots, entre les notes. Le souffle et les pauses modifient le sens et incarnent l’interprétation qu’on en fait. Cette belle production est plurielle: on y trouve à la fois du dessin, extraits des partitions, de la musique bien entendu et de la poésie, la liste des titres se lit comme un véritable haïku.      

Disponible sur Actuelle CD, Bandcamp et autres

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Symon Henry, Voir dans le vent, page 88

Ensemble Supermusique, direction: Danielle Palardy Roger

Joane Hétu: alto saxophone, objects | Jean Derome: alto saxophone, flutes, objects | Lori Freedman, clarinets | Scott Thompson, trombone | Guido Del Fabbro, violin | Pierre-Yves Martel, viol, zither | Alexandre St-Onge, electric bass | Isaiah Ceccarelle, percussions | Guillaume Dostaler, piano | Rémy Bélanger de Beauport, cello

Productions DAME, Ambiances magnétiques AM251

voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire by Symon Henry already had a life. Created for the opening of the new Pavilion Lassonde at the Musée des Beaux-Arts du Québec by the Québec symphonic orchestra, it is under the arrangement of Danielle Palardy Roger for the ensemble Supermusique it has been recorded in 2018. The music of Symon Henry is particular by being partly improvised, their scores being drawn instead of being written with traditional notation. Curves, ascents and descents lines define the melody when the density of the traits and the colors define the orchestration and the volume of the sounds. The part of the musicians playing this music is then huge in the interpretation being done. But the listeners also have their voice in the interpretation of this music. Symon Henry writes (draws) their music as poetry, leaving space for diverse ways of understanding. Then, in order to review the listening I have done, you reader have to accept this is nothing more nothing less than my personal way of hearing this music. One between thousands.

The piece has six sections which will be played without stop. voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire begins with Grandes horizontales et nuages d’étoiles. We can guess that these long horizontal lines will not touch each other, these lines, as unstable as they are, do not meet. This premiss is quite contemplative and ecstatic and express the impossibility of some connections, some communications. Les rencontres (meetings) happen in the second part. The straight lines are superposed to a clattering background from the strings and the piano. A solo by the cellist, took back by the saxophone shows a greater dramatic tension, what meetings and splittings sometimes also have. This movement ends on animals songs, those animals sounds like they are suffering, are breathless. With a transition at the cello —decidedly, Rémy Bélanger de Beauport hits it here— into the third part, Entrelacs et épurations, see the cello and the piano put down the marks for what will be following. After a stop in the flow, the sounds are shorter, sparser. Which brings to the almost death of this long breath that lead the piece from the very beginning. The fourth part, Accords et impulsions will be the catalyst for the end of the piece. The piano leads with a strong pointillism through Les nues. —we have here to define what « nues » means. In French it is a word frequently used in idioms without anyone knowing what it really means. It should be understood as the skies, cloudy or not, the clouds— On an almost dancing beat with a lot of pats is superposed huge descending glissandos, rocket ascending lines, exacerbated climaxes, ecstatic coitus. Here is the big earthquake, where everything happens. It ends on a plateau of high pitched strings and woodwinds, not coming back from their cloud until the end of the last section, Résonances. Once again, we hear long horizontal lines. The piano, the percussions and the cello are in the low of their respective register. Everything ends without having these extremes meet. Soaring each on their side, those lines live their grand ecstasy apart.

Until the end of the 20th Century, music mostly was an art of reproduction. Musicians damned to reproduce as well as they could what is a Beethoven sonata, what is a Bruckner Symphony, what is a Berg opera. Symon Henry, with many other composers writes a music which offers a lot of freedom to the performance, to the expression of views by the musicians-interpreters. They also leave a lot of space for the listener to hear, see and feel what the listener wants. I heard a lot of ecstasy, a lot of breath in voir dans le vent qui hurle les étoiles rire et rire. I feel some influences, maybe from Ligeti, Stockhausen or even Messiaen. But I am totally conscious that it is only one in a million ways to listen to this music. Other ensembles or orchestras will play eventually this work. The standard will be pretty high considering how this recording is very inspired and has a brilliant technical render. But those who will perform this music anew will give us eventually a pretty different version from this one. As in poetry, everything happens between the words, between the notes. The breath and the rests modify the meaning and embody the interpretation. This beautiful production is plural: it shows drawings, extracts from the score, of course this has a lot of music and also some poetry, as you can read the list of the titles as a haiku.  

Available at Actuelle CD, Bandcamp and others 

Ensemble ILÉA : Post.Variations

Enregistrement, montage et mastering par Kevin Gironnay

Ensemble ILÉA : Alexandra Tibbitts, harpe | Alexis Langevin-Tétrault, électroniques | Ana Dall’Ara-Majek, électroniques | Charlotte Layec, clarinette basse | Geneviève D’Ortun, saxophone | Jeremy Chignec, flûte | Kevin Gironnay, électroniques | Olivier Marin, alto | Pierre-Luc Lecours, électroniques | Simon Aliotti, percussions | Vincent Fliniaux, contrebasse

Cuchabata Records 2019 CUCH-153

En octobre dernier paraissait le nouvel album de l’ensemble d’Improvisation Libre Électro-Acoustique (ensemble ILÉA) : Post. Variations. Pris dans un tourbillon de travail, c’est seulement aujourd’hui que je vous en parle, mais je m’en voudrais de laisser passer cette brillante proposition sans en dire un mot. L’ensemble est né sous l’impulsion de Kevin Gironnay, ensemble à modalités variables mélangeant électroniques et instruments acoustiques. L’ensemble propose une musique expérimentale où la part de composition et la part d’improvisation varient selon les projets. D’où le très beau néologisme « comprovisation ». Celui-ci ne saurait mieux décrire là où la musique actuelle se dirige. Les interprètes de musique expérimentale prennent part à la création de la musique, et la composition se résume plutôt à un cadre, une structure, peut-être juste une ambiance. Ici la partition est probablement très mince, tout le travail se faisant d’abord dans le vif de la performance et ensuite dans le montage et l’édition qui seront faits en studio. 

Post. Variations nous transporte dans différent univers. Dans Atmolysis on nous amène dans une forêt où les oiseaux chantent, où le son foisonne dans une générosité presque baroque et où la flûte et la clarinette basse ont la part belle. Dans Jeux Ombragés on se retrouve dans une jungle où la percussion semble caribéenne. One And None semble évoluer dans un espace extra-terrestre, passant implacablement du féérique à l’oppressant. On le comprendra chaque pièce est fouillée, raffinée, généreuse et le tout mérite plusieurs ré-écoutes.

Ce qui est admirable avec l’ensemble ILÉA est la façon de traiter le son. On sent que le son est pris à pleine main, un peu comme de la glaise, le son est manipulé, transformé pour devenir une oeuvre d’art, un monde à part où il fait bon rêver.  

Post.Variations est disponible ICI en téléchargement où en version CD avec une magnifique pochette de collection

Ensemble ILÉA : Post.Variations

Recorded, mixed and mastered by Kevin Gironnay

Ensemble ILÉA : Alexandra Tibbitts, harp | Alexis Langevin-Tétrault, electronics | Ana Dall’Ara-Majek, electronics | Charlotte Layec, bass clarinet | Geneviève D’Ortun, saxophone | Jeremy Chignec, flute | Kevin Gironnay, electronics | Olivier Marin, viola | Pierre-Luc Lecours, electronics | Simon Aliotti, percussion | Vincent Fliniaux, double bass

Cuchabata Records 2019 CUCH-153

Post. Variations, the latest album by the ensemble d’Improvisation Libre Électro-Acoustique (ensemble ILÉA) was launched last October. Lost in a swirl of work, it is only today that I write about this brilliant album. I wouldn’t forgive myself not to talk about this one. Kevin Gironnay initiated the ensemble which varies according to each projects, bringing together electronics and acoustics instruments. The ensemble creates an experimental music where the proportion of composition and the proportion of improvisation also vary according to each projects. This brought the fabulous neologism « comprovisation ». This is the best possible way to describe where today’s music is going. The performers of experimental music are part of the creative process and the composition mostly is a frame, a structure or even just an ambiance in which music grows. Here the score is probably very thin, the creation happens on the spot, during the performance and also in the edition and post-production made afterward in studio. 

Post. Variations carries us in diverse universes. In Atmolysis, we are brought to explore a forest where birds are singing, where the sound flourishes, is generous in an almost baroque way and where the flute and the bass clarinet lead the game. Jeux Ombragés finds us into the jungle and the percussions sounds Caribbean. One And None seems to evolve in an extraterrestrial space, going relentlessly from ferric to oppressive. You understood: each and every piece of this album is detailed, refined, generous and the whole deserves many listenings. 

What is remarkable with the Ensemble ILÉA is the way they handle the sound. We can feel that the sound is somewhat like clay: they play with it, manipulate it, transform it into an artwork, a world in itself, a space for dreaming. 

Post.Variations is available HERE for download version or CD version with a fabulous collectable cover

Alone and unalone :

James O’Callaghan, composer | Ensemble Paramirabo

Ravello Records RR8020

subject / object (2016) | On notes to selves (2016) | AMOUNG AM A (2015) | Alone and unalone (2019)

Quiconque ayant déjà entendu la musique de James O’Callaghan en concert sera un peu surpris d’apprendre qu’il présente aujourd’hui un enregistrement de quatre de ses pièces. Mettre en boîte sa musique qui normalement s’expérimente autant en temps qu’en espace exige une transformation radicale de notre façon de l’aborder. La spatialité est un peu aplatie et les jeux avec les différents acoustiques où les oeuvres sont entendues et l’expérience théâtralisée sont à oublier. Notre attention se transporte donc sur l’écriture et la structure de la musique. 

La pièce la plus récente, Alone and unalone, est l’exemple parfait de la deuxième vie qu’une oeuvre puisse s’offrir. En concert, chaque auditrice/eur est muni de son propre casque d’écoute, et ce qu’on y entend entre en quelque sorte en compétition avec ce qui est exécuté sur scène au même moment, faisant croire au passage que la bande sonore a été personnalisée, conçue pour son plaisir personnel. Il n’en est rien bien entendu, et quoiqu’on doive toujours se remémorer que chacun entend bien ce qu’il/elle veut bien entendre, il n’y a au fond qu’une seule oeuvre qui soit entendue. Une fois enregistrée, l’auditeur confondra ce qui est acoustique avec ce qui est acousmatique. Ce qui est à la fois le but recherché et la raison d’être de cette musique, qui s’amuse à « musicaliser » les sons du quotidien et à rendre concrets les gestes musicaux. 

On découvre donc sous un nouvel éclairage le travail de James O’Callaghan. On y perçoit une partition minutieusement écrite, de toute évidence difficile d’exécution et ne laissant pas de place à l’imprécision. L’Ensemble Paramirabo, connait et comprend très bien son langage et l’interprète avec soin et conviction. Les deux première pièces sur l’enregistrement, datant toutes deux de 2016, évoquent un peu la musique théâtralisée de Mauricio Kagel, qui ,elle aussi, se doit de se transformer en passant de la scène au studio d’enregistrement. Pour bien comprendre cette musique, une référence vidéo (plusieurs sont disponibles entre autre sur son site) s’avère plus qu’importante. On peut ainsi comprendre tout le travail tant à l’écriture qu’à la préparation des interprètes que cette musique commande. 

Alone and unalone est disponible en version téléchargeable ou en version CD Ravello Records 

If you ever heard music by composer James O’Callaghan, you might be surprised by the fact he just launched a recording of four of his pieces. To make this music fit in a box, music you normally experience in time and space, requests a radical change in your way of approaching it. The spatiality is a bit flattened, the game with different acoustic and the theatrical aspects of the work has to be forgotten. Our focus goes then on the writing and the structure of James O’Callaghan work. 

The most recent opus, Alone and unalone, is a perfect example of how to bring a second life to a musical work. Live in concert, everyone has its own headphone and what everyone hears is in a certain way in a competition with what is played on stage, making the illusion that the track is personalized, made just for you. It, of course is the same track for everybody, and if we can recall that everyone hears really what they intend to hear, at the end of the day there is only one music to be heard. Once recorded, the auditor will confuse what is acoustic to what is acousmatic. Which is both what the composer is looking for and the raison d’être of this music. He plays with the concept where « everyday sounds are musicalized and music gesture are made concrete ».

We then discover under a new light the work of James O’Callaghan. We can perceive a music score carefully written, obviously quite difficult to perform, leaving no space to vagueness. The Ensemble Paramirabo knows and understands very well his musical language and perform it with care and commitment. The first two tracks, both from 2016, recall somewhat the music of Maurizio Kagel, which also has to transform when passing from stage to studio. In order to understand better this music, a video reference —many being available on his web site— is highly recommended. One can then understand all the work done both on composing and on preparing the performers this music request.

Alone and unalone comes in physical and digital version Ravello Records  

Jardin le soir, Jean-François Primeau [Kohl041]

Depuis quelques années déjà, Jean-François Primeau construit un univers bien à lui. Un univers qui s’adapte à son environnement, aux mouvements atmosphériques et corporels. En se rendant sur son site web on peut par exemple trouver des musiques web interactive. ISS Terrain Music se construit autour de la position de la station spatiale internationale, alors que Interactive Mood Music offre la possibilité à l’auditeur de transformer le matériau sonore à l’aide de simples curseurs selon l’humeur et l’ambiance désirés. Dans son album Jardin le soir, Primeau expérimente une ambiance sonore d’une immense amplitude par de multiples couches de sons, un champ de profondeur qu’on pourrait croire infini qui nous transportent dans un monde virtuel fascinant. Trois saisons à se balader dans ce jardin mystérieux. On y entend bien entendu ce qui ressemble un peu à des insectes, des oiseaux, mais ce cinéma sonore nous exporte de notre quotidien auditif. Solennel comme une promenade dans la forêt, la dernière piste, plus longue et plus élaborée, est structurée comme une œuvre orchestrale. On pourrait penser à Lonely Child de Vivier ou à certaines œuvres de Sibelius. On y entend d’ailleurs plus d’instruments de musique, particulièrement des bois (contrebasson, hautbois… ) même si ce sont probablement des sons synthétiques. Cette troisième et dernière pièce apporte beaucoup de profondeur à l’ensemble d’un album qui aurait pu paraître à première écoute un peu décoratif alors qu’il n’en est rien. Le compositeur nous démontre qu’il a un souffle long, un sens de la dramatisation, qu’il excelle autant à écrire la musique qu’à construire le scénario qui la sous-tend.

Jean-François Primeau has been constructing his very own universe for a while. His universe has the capacity to adapt to the environment, to the movements of the atmosphere and to the body. On his web site we can find, for example, some web interactive music. ISS Terrain Music is based on the actual position of the International Space Station (ISS), and the Interactive Mood Music offers the possibility to the listener to transform the sound material according to the mood, the ambiance desired with the help of simple sliders. In his new album Jardin le soir, Primeau experiments with a sound ambiance of immense amplitude by multiple layers of sound, an almost infinite depth of focus, carrying us into a virtual and fascinating world. Three seasons of traveling into this mysterious garden. As expected, we can hear sounds of insects, of birds, but this cinematographic music exports us out of our daily hearing. Solemn as a promenade in a dark forest, the longer and more elaborated last track, is structured as an orchestral work. One could remember Lonely Child by Vivier or some works by Sibelius. We can hear more of music instruments, mostly woodwinds (contrabassoon, oboe…) although these sounds are probably synthetic. This third and last piece brings a lot of deepness to the album, which could have seemed decorative on a first listening but is not in any ways. The composer shows he owns a long breath, a sense of dramatization and that not only is he excellent at writing music but he also is great at building the scenario that sustains it.  

Cet album est disponible uniquement sur le site de Kohlenstoff Records : ICI

This album is available exclusively on Kohlenstoff Records site : HERE

N.B.

Amphigouri, Dominic Jasmin [Kohl043]

Les 13 miniatures musicales de Dominic Jasmin séduisent par leur intensité dramatique. Quoique certains thèmes et sons reviennent sur quelques pièces, le compositeur nous transporte dans un univers différent à chaque piste. Amphigouri, le titre de l’album, se définit comme une figure de style, un texte, un dessin, ici une musique volontairement obscure, un galimatias. Parfois assez violente, parfois tendue, toujours à fleur de peau, cette musique ingère de très nombreuses influences. On pourrait penser à Schoenberg pour la forme de la miniature : la pièce la plus courte fait 39 secondes alors que la plus longue fait 2 minutes 35. On pourrait aussi voir l’influence du jazz expérimental avec des rythmes déconstruits et des syncopes gonflées aux hormones, et bien entendu on y perçoit les couleurs des musiques électroniques actuelles comme celles de Autechre, Funkstörung et autres maîtres du glitch et de la déconstruction. Les bruits de pas, le son de la guitare modifiée apportent une touche plus humaine à l’ensemble qui fascine par sa grande cohérence sonore.

The 13 musical miniatures by Dominic Jasmin entice with their dramatic intensity. Although some themes, some sounds come back on some of the pieces, the composer carries us into a different universe at each track. Amphigouri, the title of the album, means a nonsensical text, drawing, here a music voluntarily obscure. Sometimes quite violent, sometimes tensed, always on the edge, this music mingles with many influences. One could think of Schoenberg because of the format of miniatures: the shortest piece last 39 seconds when the longest one is 2 minutes 35. One could also hear the influence of experimental jazz with deconstructed rhythms and hypertrophied syncopations, and of course we also can perceive the colors of actual and more popular electronic music such as Autechre, Funkstörung and other masters of glitch and deconstruction. The noise of steps and the modified sound of the guitar humanize the whole, a fascinating and coherent collection of sounds.

Cet album est disponible uniquement sur le site de Kohlenstoff Records : ICI

This album is available exclusively on Kohlenstoff Records site : HERE

N.B.

Album Aux frontières de nos rêves

Aux frontières de nos rêves / The Bounds of Our Dreams

Alain Lefèvre, piano | Alexander Shelley, direction | Orchestre du Centre national des arts du Canada / Canada’s National Arts Center of Canada

Ravel, Pavane pour une infante défunte, Boudreau : Concerto de l’asile, Rimsky-Korsakov : Shéhérazade opus 35

Analekta 2 CD AN 28874-5

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Ils devaient un jour se croiser. Le pianiste Alain Lefèvre et le compositeur Walter Boudreau ont en commun une certaine extravagance, un sens du théâtre qui vire parfois à l’esbroufe et bien entendu une grande compréhension de la musique. Voici donc qui met la table pour une excellente interprétation du Concerto de l’asile. Boudreau l’a certes écrit en pensant au caractériel Claude Gauvreau, mais il a tenu compte de toute la dimension que cet aspect de folie prendrait avec Lefèvre à la barre. Le compositeur s’est ici plié aux formes traditionnelles du concerto: trois mouvements, soit deux mouvements rapides encadrant un mouvement lent, avec des cadanzas laissant toute la place aux exploits techniques du pianiste. Car, là aussi, on a collé à la tradition: ce concerto est exigeant pour le pianiste, et fera le bonheur de jeunes virtuoses qui voudront s’attaquer à une œuvre contemporaine au texte musical assez facile à comprendre. La création du Concerto de l’asile à Montréal en 2013 avait été fait sous haute tension (vous pouvez lire mon compte rendu à l’époque sur montréalistement ICI), le chef avait dû stopper la machine en plein concert le premier soir parce que tous semblaient s’être perdu. La présentation suivante avait été empreinte de raideur. Il est donc heureux que nous ayons la chance d’entendre cette pièce dans un contexte plus flatteur. La musique contemporaine, on ne le répétera jamais assez, se doit d’être entendue dans des conditions optimales pour être appréciée à sa juste valeur.

Le premier mouvement, Les oranges sont vertes, est le plus théâtral des trois. On entend, on voit presque, les piétinements de rages du poète. Le pianiste rend avec ardeur ces crises de désarrois. Le second mouvement, titré Saint-Jean-de-Dieu, tout en évoquant le célèbre « hôpital pour les fous » est plus onirique. À l’écoute on imagine un univers de blancheur, un peu flou. La musique devient plus fluide et aérée. On y entend enfin La valse de l’asile, musique écrite pour le théâtre à l’origine, qui est la base de tout le matériau de cette longue composition. Enfin, le concerto se conclue dans un très, un peu trop en fait, long mouvement qui prend presque la forme de variations autour du thème de la valse. Il y a quand même un peu de redite dans cette œuvre de Boudreau. Cette partie est la plus facile à apprécier pour l’auditeur qui fréquente plus assidument la musique pour piano que la musique contemporaine. Avec de très sérieuse influences de Chostakovitch et doté d’un thème qui revient constamment sous diverses formules : dans une version un peu pompier, une version musette, une version « Dead Can Dance » amorcée par des cloches et des sons graves dans les deux sens du mot, et enfin avec la lente, immense et très efficace montée dramatique de la fin: ce dernier mouvement pourrait très bien se suffire par lui-même.

Mais la redite et la répétition aident à la compréhension et au succès d’une œuvre musicale. Pensez à Rimski-Korsakov qui avait bien compris le principe. Le couplage de Shéhérazade et du Concerto de l’asile n’est pas fortuit et s’explique en partie par cette force séductrice de la reprise sans fin d’une mélodie et surtout par l’exubérance dont les deux œuvres sont colorées. On s’explique par contre un peu mal pourquoi on a senti le besoin commencer le programme de cet enregistrement, réalisé en public, par la Pavane pour une infante défunte de Ravel qui ne démontre pas de liens stylistiques ni d’époque avec les deux autres œuvres. L’orchestre ne s’y trouve d’ailleurs pas à son meilleur, avec le son trop lourd de ses cors français, trop chevrotant des bois pour donner au final une pavane qui manque d’air.

Le pianiste Alain Lefèvre s’attaque avec ferveur et intensité à l’interprétation du Concerto de l’asile. Sa palette sonore et son phrasé sont plus romantiques que contemporains, mais cette œuvre conçue sur mesure pour lui penche vers le romantisme et lui convient parfaitement. Bien évidemment, les prouesses techniques ne semblent présenter aucune difficulté pour lui. L’orchestre se fait généreux et opulent, tant dans le Rimski-Korsakov que dans le Boudreau, et on entend bien que ces deux pièces ont bénéficiés de beaucoup de temps de répétition. Cela permet à l’orchestre une grande souplesse dans l’accompagnement des solistes, tant pour le pianiste pour le concerto que pour la brillante violoniste Yosuke Kawasaki dans le Rimski-Korsakov. Voici donc l’enregistrement de référence du Concerto de l’asile accompagné d’une riche Shéhérazade.

N.B.

It was written in the sky that they would eventually meet. The pianist Alain Lefèvre and the composer Walter Boudreau share a certain taste for the extravagant, the theatrical, and some pleasure in showing off, but they also share a certain understanding of what music is or can be. This sets the table for an excellent performance of the Concerto de l’asile. As he composed this piece, Boudreau probably kept in mind the sturdy character of the poet Claude Gauvreau, the inspirational source of the whole piece. But he certainly also knew how Lefèvre could bring this craziness to its paroxysm. The composer followed the tradition with a concerto in three movements, two fast movements surrounding a slower one with long cadenzas leaving all the space needed to the pianist to show all of his technical skills. On this point, Boudreau also follows tradition and offer a huge playground for pianists, and we can easily imagine that young musicians will enjoy working on this contemporary but still easily understandable music. The premiere of the Concerto de l’asile in 2013 was tumultuous, you can read the review I wrote about this at that time in French for montrealistement HERE. The conductor had to stop everything during the performance because musicians and pianist where not at all synchronized. On the following evening, the second performance was stiff and tensed. It is good to hear this music in a cooler context. Contemporary music, this will never be said enough, needs to be heard in the ideal conditions to be fully appreciated.

The first movement is the most theatrical of them all. We can hear and almost see the rage of the mentally ill poet. The pianist renders with ardour and passion these despaired crises. The second movement recalls the gore ambiance a mental health institution. The atmosphere is white and blurry, the music is more fluid and airy. In this movement, we finally get to hear the waltz that inspired the entire piece. That melody was originally written for a theater production of a Gauvreau’s play. To conclude, the very long, somewhat too long, third movement could be heard as a set of variations on the theme of the waltz. There are certainly some repetitions in this movement so this part of the concerto is the easiest to understand for the music-lover who hear more frequently piano music than contemporary music. With some serious influence of Shostakovich, with a theme that comes back in different flavours: the pompous, the valse-musette, the “Dead Can Dance” version with bells and low and deep notes, and finally with its slow, stupendous and efficient rise to the final coda, this movement could easily survive by itself.

Repetitions and repeats help both the understanding and the success of a musical work. Just think of Rimsky-Korsakov who understood pretty well this concept. The pairing on this recording of Rimsky’s Shéhérazade with the Concerto de l’asile is not a coincidence. It can be explained by the massively seductive usage of repetition and certainly by the exuberance both works are tainted by. More difficult to explain though is why this program, which was recorded in public, begins with Ravel’s Pavane pour une infante défunte. Neither stylistics nor compositional links are shown. The orchestra is not there at its best with too heavy French horns and some shaky woodwinds. As a result this Pavane lacks air.

The pianist Alain Lefèvre digs with intensity in the performance of the Concerto de l’asile. Both his sound and his phrasing are more romantic than contemporary, but the concerto, custom made for him is romantic enough and fits his playing perfectly. It seems pretty obvious that technical challenges do not bother him in any way. The orchestra is generous and opulent in the Rimsky-Korsakov as well as in the Boudreau, we easily can hear that those works had an important number of rehearsal hours. This allows the orchestra to offer a limber and attentive accompaniment for both soloist, Lefèvre in the piano concerto and the brilliant violinist Yosuke Kawasaki in Shéhérazade. You will find in this newly released recording the referential recording of the Concerto de l’asile coupled with a rich Shéhérazade.

N.B.